lundi 7 juillet 2014

Animal on est mal


Animal on est mal ?

 Non, c'est pas que je me suis retapé L'île du Docteur Moreau, c'est juste que j'ai répondu à une invitation.

C'était l'une de ces multiples invitations à telle ou telle dégustation, celles qui tombent régulièrement dès lors que tu zones à peine plus que vaguement dans la blogosphère pinardière.
Alors pourquoi aller à celle là plutôt qu'une autre ?
Sans doute le lieu, où je ne m'étais encore jamais arrêté, aussi le programme avec des appellations dans lesquelles je n'ai mis ni le nez ni les papilles depuis belle lurette, bien sûr la date qui collait et aussi l'envie d'aller voir des gens, dehors.
En tous cas ce n'était pas la présentation un peu flippante qui annonçait fièrement tant une "approche novatrice de la viticulture" que "des vins signés nature".

En même temps, sur ce coup là, j'ai le garde fou de ce repas commandité par d'anciens collègues de la levure : vers la fin, déjà bien imbibés, ils me demandent ce que je peux leur faire découvrir. Parmi les très recommandables, je leur sors un beau Carignan de côteaux, dans les Corbières (La Mariole de Xavier Ledogar, au Domaine Grand Lauze. Et c'était une bien belle quille !).
Un peu plus que vaguement rigolard je leur indique que celle là ne fait peut-être pas partie de leurs habitudes puisque le producteur est en biodynamie.
Aussitôt s'élève un : "ah mais moi je bois pas de çà !" définitif lancé par une donzelle. Lui faisant part de ma surprise tout en l'assurant de la qualité du nectar, je me vois assener un non du genre ferme, définitif et sans appel.
Ca m'avait vaguement - un peu plus que vaguement !- fatigué ce truc : les chapelles m'emmerdent souverainement (sauf les baroques avec du Vivaldi).
Alors, forcément, aujourd'hui quand je sens que je suis prêt a renoncer devant l'obstacle de la communication prise de chou (qui généralement annonce des vins qui le sentent, le chou), je me remets cet épisode en mémoire.
En quelque sorte : "qu'importe le discours et le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse".

Et c'est cool : le lieu est plaisant, très plaisant même.
Tout comme l'agréable sommelier qui se sent malheureusement et trop rapidement obligé de me faire le catéchisme en précisant que ce sont "des vins sans chimie et sans soufre" (ou si peu que ça vaut même pas la peine d'en parler), que donc "ce sont des vins droits, purs, qui parlent de leurs terroirs".
Je ravale mon pedigree, ma chimie et autres fariboles et le laisse savourer son introduction sans prendre la peine d'essayer d'argumenter ne serait ce qu'un peu : mon côté Sainte Rita (sainte patronne des causes perdues) a en effet tendance à s'estomper avec l'âge.

Je me tais d'autant plus volontiers que le premier vin est joli :
plein, rond, belle profondeur, bonne longueur. C'est pas le truc mortel qui te fait tomber à la renverse, mais c'est très joli. Et on lui en demande pas plus.

Le second est pas super net au nez. En bouche il y a cette fâcheuse finale métallique, en outre il serait un peu chargé en volatile que je n'en serais pas autrement étonné.
Paf : belote.

Le troisième est un blanc, fièrement annoncé comme "ni filtré ni collé".
En même temps vu les voltigeurs (du genre sous marin nucléaire) tu te doutes qu'il a pas été filtré le picrate, ou alors avec un mouchoir de poche !
Quant à la couleur ...
Le dernier vin que j'ai vu qui se rapprochait (sans toutefois les "égaler") de ces niveaux de trouble et de couleur c'était le Rayne Vigneau 2013, en primeurs, début avril 2014. Attention, pas d'erreur : le Rayne Vigneau était en primeurs et, surtout, était en tous points superbe (j'attends sa sortie avec une impatience même pas dissimulée).
En revanche, l'autre, le Chenin, était cuit.
J'imagine (d'une certaine manière j'espère) qu'il recherche l'oxydatif car le Chenin c'est typé poire en principe. Qu'il le recherche ou le subisse ne change rien à l'affaire : là on les sentait bien les pommes. Blettes, les pommes ! Le tout bien lourd, bien caricatural, écorce d'oranges en prime. Avec un peu de mauvaise foi, la pelure d'oranges on doit bien pouvoir en faire un argument marketing. Un sel minéral quelconque, voire même des schistes (avec un peu de mica).
Ennui profond et grand moment de solitude, malgré les (à cause des ?!) commentaires enthousiastes du sommelier. Eh, garçon, dis voir : c'est quoi, là, l'intérêt de ce type de vin quand tu revendique la pure expression du terroir ? y aurait pas comme une erreur de casting ??
Hop : Belote et rebelote.


Pour le quatrième (2011) on entrait de plein nez dans le poulailler pour ne plus en sortir.

Le cinquième était un vin de corrida : le genre de vin où tu sens bien que le cheval du picador a bien frotté le taureau de près avant de tomber dans la cuve et de s'y noyer.
Il a donc très rapidement rejoint les deux précédents au fin fond du crachoir.
Pauvre 2013.
Sur ce coup là pas convaincantes, les amphores. Ouais y avait des amphores. Carton plein.

Et grosse fatigue.
Belote, rebelote et 10 de der !



Alors, malgré quelques assiettes joliment préparées, franchement : la seule option était la fuite. Pourtant, au moins pour l'un des deux, bonne blogoréputation. On doit pas goûter pareil, ou alors j'ai le palais faussé par la chimie. Va savoir ?

En tous cas la fuite car à ce stade d'incompatibilité quand, en plus, le sommelier commence à allègrement revendiquer son choix affirmé du vrai bon goût de la Nature, et t'annonce les prochaines dégustations prolongeant ce calvaire liquide ... dans la même veine que je crains un tantinet délétère : ce sera sans moi ! (et je pense qu'ils y survivront).

La fuite, donc.
Salutaire autant qu'immédiate, et suivie d'un repli stratégique vers chez Lionel (La Maison d'Ausone - Rue Ausone, à Bordeaux) :

"Vas y Yoyo, fais péter la chimie ! Pas des trucs d'artisan poète genre Tariquet, hein ? envoie du lourd, c'est pour une décontamination !"

Bon, il fait pas dans la chimie lourde, Yoyo. Et c'est regrettable.
Du coup ça a été un Chenin de chez Laroche, au Domaine de la Chevalière, vers Béziers.
Somme toute un vrai Chenin, celui qui est typé poire et au travers duquel tu peux voir sans devoir porter un masque de plongée avec essuie glaces intégré.
OK : c'est pas un monstre de complexité, mais çà se boit bien, et pas seulement parce que t'as pas besoin d'avoir une thèse en cosmogonie pour le comprendre, le pinard.
Bien sûr j'ai bu mieux quelques jours après, chez Stéphane Dief (non, il font pas du Chenin les Dief, c'est juste qu'ils en achètent et le partagent. J'en parlerai plus tard, quand j'aurai pensé à leur demander d'où venait la superbe viande !), mais c'est parce qu'il y a mieux (plus terroir ?) que c'est pas bien à boire.
Puis des huitres, des tartines, un guacamole.
La routine quoi : manger, boire, papoter, le tout sans se faire bourrer le moût par un type qui est persuadé de sauver le Monde juste parce qu'il tente de te faire boire d'infâmes tisanes vendues au prix de l'or liquide.


Et, Samedi midi, pour finir en beauté :



- un beau Chablis - 1er Cru Vosgros (2010) des frères Picq,

- aussi le Reynats (2007) d'Ali Bouakkaoui (se goûtent bien les 2007, là, maintenant).







Aussi deux / trois autres trucs autour, pour meubler :
- un Crémant de Bourgogne,
- un autre premier cru de Chablis (pas chez Picq, pour le coup) : un Fourchaume 2011 fort bien fait mais plus sur la fraîcheur - on dit la minéralité, non ? - que ce beau Vosgros ample à souhaits ! Du coup je l'ais moins bien goûté le Fourchaume, mais tôt ou tard j'y reviendrai avec plaisir.


(un jour, peut-être, raconterai je cette belle visite de Chablis et des Picq avec Graeme A. mon ex collègue australien qui ne comprenait pas pourquoi on s'emmerde à planter en coteau alors qu'il y a de si belle plaines disponibles (et qui perdit un morceau de tibia à l'occasion de notre amical match de rugby).

Il y avait aussi un très joli Sec de Rayne Vigneau, en 2011.

Quoiqu'il en soit : même pas besoin de se poser la question de la chimie ou pas la chimie quand tu rencontres ce genre de vins : c'est juste (très) bon.


Oui : un peu marre des vins intellectualisés proposés par de soit disant esthètes qui, sous prétexte qu'ils revendiquent l'élevage intensif de Brettanomyces, se croient autorisés à te donner des leçons de nature, de biodiversité, et de bon goût !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire