mardi 30 septembre 2014

En vert, et contre tout.


Certains des billets de ce blog pourraient laisser croire que je ne suis qu'un sale type vendu au Grand Capital, absolument pas concerné par le bien de la planète, le bio et la nature.

Il n'en est rien !

J'ai eu une conscience politique, j'ai été concerné par l'environnement : un vert activiste. Limite khmer !
Je faisais même mon pain, c'est dire si j'aimais la Nature !
C'est juste que j'ai été victime des circonstances, et que la Nature ne m'a pas rendu tout cet amour.

J'étais en fac, de bio, forcément : à Lyon I, sur le campus de La Doua
Là, parmi les espaces laissés vides par les tréfonds des amphis il y avait des salles tristes, plus que vaguement grises et poussiéreuses et, somme toute, assez mystérieuses.
L'une d'entre elles était indiquée comme accueillant le "groupe éco de La Doua".
Je trouvais ça curieux, qu'un groupe économie officie dans un repaire où se portent les tue l'amour en cuir de yak, les vieux jeans, pulls col roulé informes et autres coiffures approximatives.
Curieux autant que courageux j'ai fini, un jour, par pousser la porte : l'éco valait non pas pour économie, mais bien pour écologie
Les choses étaient en place.

Il y avait deux ou trois têtes connues : l'un élevait des phasmes (çà pue terriblement, un élevage de phasmes), l'autre jouait aux échecs (mieux que moi, mais c'était pas dur) et le dernier venait aussi des îles (pas les mêmes que les miennes, mais des îles tout de même).
Alors je suis resté.
C'est ainsi que je suis devenu membre d'une société sinon secrète du moins quasi souterraine et qui œuvrait, dans l'ombre des passages sous amphis, au bien de l'humanité et à la transformation du système depuis l'intérieur.
On récupérait aussi les vieux papiers (sauf le papier glacé) pour les recycler.

Nous étions prêts pour le matin du Grand Soir : le ver(t) était dans le fruit. Ou, en tous cas, aspirait à y entrer.
Et le Grand Soir est venu : 1981 aidant je me suis retrouvé sur une liste électorale vert automne (vert automne ? Oui : il y avait plein de nuances car c'était un vrai patchwork en poil de chèvre angora, cette liste !).
J'y étais installé bien au fond, dans un quasi anonymat réconfortant : réconfortant car il s'agissait de rien moins que de monter à l'assaut de la Mairie de Villeurbanne et, donc, de Charles Hernu.
Autant dire que, même en étant en tête de liste, les chances (les risques !) d'accéder à ne serait ce que l'antichambre du pouvoir local donnaient une très bonne approximation (par le bas) de l'infiniment petit ...

Notre campagne fut irréprochable !

S'il dût bien y avoir quelques tracts sur papier recyclé je me souviens surtout de ces improbables réunions publiques au cours desquelles nos têtes de liste déroulaient leurs idées et projets, les yeux brillant de champs de panneaux solaires et de vélos en libre accès (j'aurais été moins con, je serais sorti en courant pour aller déposer le brevet du vélib !)
Je me souviens surtout de l'absence de budget pour des affiches (même en papier recyclé) et donc de bombages nocturnes. Le point d'orgue de ce qu'il faut bien nommer "notre campagne" fut sans doute la pose nocturne de ce slogan qui n'entra fort heureusement pas dans l'Histoire : "le nucléaire caca, le nucléaire pipi,le nucléaire cacapipitalisme"



Comme quoi faire de la politique, même au seul niveau local, demande a fédérer de nombreuses bonnes volontés pour mener à bien les projets les plus ambitieux (en particulier quand on n'a pas l'esprit de synthèse, que l'on revendique une vague culture cinématographique et surtout que l'on se met en tête d'associer tout çà dans un méga bombage nocturne, sur un mur de l'EDF).




Au retour il y eut aussi cette affiche de la mère Denis

"Vedette le savoir faire"
finement complété du judicieux
Pipi


Car tenter de sauver le vaste Monde n'empêche ni d'avoir l'humour douteux, ni de finir de vider sa bombe de peinture.





Ce n'est que quelques années plus tard que je me suis radicalisé en passant du vert au kaki.
C'était à l'occasion des quelques mois passés à Saint Cyr - Coëtquidan. C'est aussi là que j'ai compris qu'être un visionnaire n'allait pas sans quelques menus désagréments : dans le wagon me ramenant pour une permission à Lyon, trois de mes condisciples parlaient politique en comparant les avantages respectifs du manche de pioche et de la matraque télescopique (je n'invente - malheureusement - rien) quand l'un d'entre eux me tendit sournoisement une embuscade en me demandant où je militais, moi ?
Pas de bol : il était alors de notoriété publique que j'étais extrêmement efficace à 600 mètres avec un FR-F1 en mains, mais qu'en close combat j'étais une truffe. Or le fusil de tireur d'élite dans un compartiment de train c'est moyen, et répondre le GUD ou Ordre Nouveau n'était pas un choix envisageable (même pour éviter de me retrouver attaché sur la voie).
Il ne me restait donc plus qu'à tenter un repli stratégique et en bon ordre en indiquant que j'avais fait partie des quelques téméraires qui étaient montés au combat contre Hernu, alors Ministre de la Défense (nous avions rassemblé 2.35% des voix, ce qui semble indiquer que nos mères n'avaient pas été les seules à voter pour nous. D'autant que la mienne n'avait pas voté pour moi.).
Me draper de ce glorieux fait d'armes contre un ennemi commun me valut sans doute de pouvoir rester dans le wagon, mais au prix de quelques "tu es la honte de l'armée française" ou "tu es indigne d'être officier".
Je résume.


Sans doute est ce pour cela que, le moment du choix venu, je décidai de renoncer au vert comme au kaki en optant pour le bleu de la tenue chasseur (les 3 autres partirent dans les paras).



Au delà du fait que j'ai occupé sans faillir et bien au delà de mon mandat initial la fonction prestigieuse (et essentielle à la Défense Nationale) de popotier du Club des Lieutenants du 19ème Groupe de Chasseurs j'y fus aussi (accessoirement) chef de section.

Lors de la préparation de ma première manœuvre de nuit, je reçus instruction formelle de mon commandant de compagnie de ne pas faire creuser de trous individuels aux hommes de la section : il fallait absolument utiliser les trous déjà creusés. J'imagine que c'est le respect pointilleux de ces instructions délicates qui me valut, quelques mois plus tard, de recevoir la Médaille de la Défense Nationale ?
En tous cas cela démontre que Charles Hernu était soit mal renseigné, soit pas rancunier : puisque ma tentative d'opposition municipale ne m'empêcha pas de recevoir la décoration qu'il venait de créer.
Si les instructions étaient précises autant que pressantes, c'est que les écolos locaux étaient du genre vindicatif et déposaient protestation sur protestation dès que nous creusions un peu trop, abîmant au passage les racines de ces chers arbres !
C'est ce dogme de la préservation des racines au prix de mon sommeil et de mes côtes qui sonna le glas de mes convictions écologiques : ceux qui, comme moi, ont passé plusieurs nuits d'hiver couchés dans un trou creusé de longue date et soigneusement tassé par des successions de bidasses qui en ont assuré l'inconfort dur et froid me comprendront sûrement !

Quoiqu'il en soit ce fut mon initiation à la biodynamie (: pas de camping en jour racine) et, plus généralement, le cruel apprentissage de l'éternel combat entre l'intérêt individuel et le bien de la collectivité.

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