vendredi 3 octobre 2014

Le livre de la folie humaine

La lecture du Brooklyn Follies de Paul Auster me renvoie à l’image du narrateur dans ses prétentions littéraires :
Si humble qu’il fût, je décidai d’attribuer à ce projet un tire grandiose, voire pompeux – afin de donner l’illusion que je m’étais lancé dans une œuvre importante. Je l’appelai Le livre de la folie humaine, et j’avais l’intention d’y noter dans un langage aussi simple et clair que possible toutes les gaffes, tous les lapsus, tous les embarras, toutes les stupidités, toutes les faiblesses et toutes les actions ineptes que j’avais commises durant ma carrière longue et accidentée .
Rapprochement douloureux : encore que je ne pense pas finir en Bios Unlimited et que je n'aie en aucun cas l'intention ni même l'impression fugitive de me lancer dans une œuvre de quelque importance que ce soit, il n'en reste pas moins qu'Auster formalise clairement le pourquoi et le comment des trucs et des machins écrits lors de tel ou tel de mes déplacements professionnels et, plus généralement, dans mes activités. Ces rapports off à diffusion très restreinte (voire sans aucune diffusion, mais le plus souvent à David et/ou Laurent ...) qui ont, au fil du temps, donné naissance à un blog.

N’empêche, c’est pas marrant d’être confronté à ses propres insuffisances et de les trouver pathétiques pour, finalement, n’y rien changer (surtout quand un autre que toi en sort un beau bouquin !).

Sur la partie œnologique de ce qu'il faut bien nommer ma carrière et qui apparaît parfois ici : embarras, stupidités et autres faiblesses ont été plus ou moins visibles : très visibles en Chine, plus ou moins en Bulgarie et bien d'autres endroits. Mais pour ce second passage professionnel en Grèce - essentiellement à Thessalonique - il en a été autrement.


Encore que comme trop souvent çà avait commencé par un café brûlant posé à côté du fauteuil et qui attendra là mon retour car trop chaud, trop tard, trop peu de temps.
Puis charger la voiture, partir, oublier un truc, revenir.
Le speed de rater l’avion.
Ca m’arrivera un jour, çà va m’arriver.
C’est sûr je vais le rater.
C’est celui là.
Non, merde, trop con, faut que je l’aie.
Pas rater celui là. Pas celui là, pas celui là
.
Le prochain mais pas celui là !
Finalement non, ce n’a pas été celui là. Juste qu’à l’enregistrement je me rends compte que j’ai oublié le kakémono. Probablement laissé dans le coffre de la voiture (quelques jours plus tard un coup de téléphone m’apprendra qu’il est en fait resté posé contre la porte de la maison, dehors. Suis vraiment parti à l’arrache ce coup ci …).

A Munich (oui : pour aller de Toulouse à Thessalonique je passe par Munich ....) je retrouve Christophe parti lui aussi aux aurores, mais de Marseille (là aussi : logique pour aller en Grèce) : 2 heures à roder dans l’aéroport de Munich, puis téléphoner et regarder nos powerpoints en buvant du café. Deux bonnes grosses caricatures.

A Thessalonique, Sotiris nous récupère puis nous conduit aux locaux de sa boite.
Et c'est un sacre bon gars, Sotiris !  
Là on passe une paire d’heures à préparer les échantillons que Christophe a amené avec lui, en vrac. Il a une 50aine de kgs en excédent Christophe et il m'éclate (il a peut-être aussi éclaté son budget sur ce coup là ?). Puis penser qu’on est payés pour venir ici mettre des poudres en boites me laisse mi goguenard mi perplexe. Surtout perplexe en fait.
On finit par aller au centre de congrès et expositions, Samedi j’y ferai mes confs … mais avant faut aussi assurer sur le stand de notre importateur.
Sauf qu’au bout de quelques heures Christophe et moi nous effondrons comme 2 loques sur l'une des tables présentes sur le stand. On n’en peut tout simplement plus.
Enfin, nos spartiates ont pitié de nous et nous proposent de lever le camp. Mais, bon, avant on va manger un morceau hein ?
Moi, le seul truc que j’ai envie d’avaler, c’est un petit déjeuner. Mais pas avant le lendemain, et pas trop tôt de préférence !
Mais on se laisse entraîner dans un restau.
Nos grecs passent la commande.
Si on veut du vin ? ben ouais, un peu.
Comme au verre ils font pas, on commande un pichet d’1 kg. Ouais, j’te jure, le vin est vendu au poids. Pas au volume, AU POIDS.
J’adore.
Ca me réveille un peu.
Bien sûr ils ont commandé pour 15 et on reste à table jusqu’à point d’heure.
Mais c'est bon et ils sont agréables.
Enfin, après, dormir …

Le lendemain et les jours suivants étaient, comme il est d’usage, plutôt semblables : lever matinal (surtout avec la petite heure de décalage horaire), petit déj en chargeant sur les fruits frais, journée sur le stand à espérer un visiteur parlant français ou anglais, à la rigueur espagnol ... mais ils sont plutôt rares alors la communication est compliquée, pas de repas à midi (car je considère qu’un bretzel, un cookie et de fortes doses de café ne constituent pas un repas), fin à point d’heure, hôtel, douche, restau jusqu’à je sais pas quand.
Et rebelote.

A propos de restau : qu’on ne me parle plus du régime crétois ! 
S’il est au niveau de ce que j’ai mangé en Grèce çà me laisse perplexe ! Bien sûr c’est très bon et varié. Mais au menu, ce n’est pas 5 ou 7 fruits et légumes … c’est plutôt 7 ou 8 différentes sources de protéines !! C’est Georges qui est chargé du choix des restaus. Il fait de très bons choix : on mange et boit bon, très bon même.
Premier soir dans une taverne, nourriture, vins et musique locale (non, pas genre Zorba le Grec. Quoique) : du bruit + de la vie ? grand moment !
Deuxième soir pareil, avec moins de bruit. Bon, en même temps, j’étais dans la préparation interne de mes confs du lendemain, donc j'ai pas du tout entendre !? Toujours ce stress de l'avant.
Etre bon.

Ca c’est bien passé la conf d’ailleurs. Bien sûr Sotiris a été un poil surpris quand je lui ai laissé le micro pour aller me balader dans la salle : le micro j’en ai pas besoin puisque ma voix porte assez et que je vais au devant de l auditoire, et puis c'est Sotiris qui traduit en grec pour ceux qui suivent pas. Y en a quelques uns quand meme. 
Mes promenades les laissent perplexes, souvent, mais çà me permet de casser les codes, de créer un contact et ensuite, si j’arrive à les attraper, c’est tout bon.
Là çà l’a été je crois.
Vraiment : dans mon taf ce genre d'exercice, c'est ce que je préfère. Y a rien de meilleur que de sentir que cet auditoire d'inconnus ça y est, tu le tiens. Il est à toi.
Après, par contre, je suis sur la descente : l’énergie dépensée me fait défaut et je m’éteins.
Du coup, avec George on est allé se faire la tournée des stands. Déguster les vins, rencontrer les œnologues et propriétaires de domaines, voire diagnostiquer et faire des propositions directement sur le stand.
Sotiris en était perplexe, il faut dire que Sotiris est très corporate (et extrêmement sympa), alors que Georges ne manque pas d’air (et est aussi extrêmement sympa).
C’est d’ailleurs un personnage intéressant, Georges, en outre il parle -  ainsi que Manos - un français plus que parfait (il faut dire que le premier a fait ses études à Toulouse et le second a
Grenoble).
Il aime et connaît les vins, ce qui me permet de goûter de très jolies choses et d'échanger aimablement.

On s'est connu, on s'est reconnu.
Sotiris, Georges et Manos font partie des belles rencontres. T'es dans le business mais des fois tu te dis "lui ce serait bien d'en faire un ami", tu sens que c'est possible, que ça y est presque, mais ça se fait pas. Le temps ? La distance ? La flemme ? Va savoir ...
Grâce à Georges, vraiment de très jolies bouteilles (comme d'ailleurs cet Oremus que la hongroise du stand d'en face m'a offert après quelques échanges approximatifs, et que j'ai bue quelques années après, avec un grand plaisir).
Le soir, re-restau : il ne paye pas de mine mais, oh joie, on s’y régale de multiples légumes et autres verdures, ainsi que de poissons parfaits.
Table marrante entre les bulgares, les grecs, les français, le serbe, …
Encore une excellente soirée. En vie. En voyage. 
Ailleurs.
Ce que j'aime par dessus tout.
Le lendemain rebelote, bien sûr : un tour chez les vinificateurs - du moins ceux qui ne sont pas passés nous voir - et encore de belles dégustations. De superbes vins, et pas seulement les muscats qui sont, pour certains, hallucinants ! Dommage : je sais plus ou sont mes commentaires de dégustation et autres photos de bouteilles.
Juste que c'était bien, et c est sans doute l essentiel.
Goûter et parler de ce que j aime et ce a quoi je crois ? Je fais un métier difficile ... C'est sans doute pour cette raison qu'à midi Georges et Manos me kidnappent !?

Nous mangeons alors dans ce qui est sûrement la meilleure adresse qu ils m'aient fait connaître !
On n'y commande pas : menu unique, bâti autour de 2 ou 3 plats immuables, le reste changeant selon l’humeur du cuisinier et ses trouvailles du marché.
Un peu surpris de voir le plafond semé de flèches qui y fixent des billets de banque, George m’explique que le cuisinier, après la soirée d’ouverture, a sorti son arc et envoyé au plafond sa première recette.
Bon …

Bon ? 
Simple mais bon ! 
Le goût des aliments, de bons produits simplement préparés et, en y regardant de plus près : la préparation est pas si simple que çà. Juste pas prétentieuse.
Un régal.




Ensuite ?
Je sors du restau et c'est ce déclic qui, parfois, se produit et m'indique que je suis parti mais que ça y est, là je viens d'arriver ailleurs.

Là, comme souvent, ce n'est rien. Un détail.
Le truc qui cloche.
Oui : les voitures soigneusement alignées sur le trottoir.
Garées.
Garées, mais sans plaque minéralogique !?
Mes hôtes m'expliquent qu'on n'a pas le droit de se garer là. Que mettre une amende s'est s'exposer à ce qu'elle ne soit jamais payée pour telle ou telle raison. Alors les keufs s'emmerdent plus à mettre des amendes ! T'es en infraction ? ils sortent la perceuse, te prennent ta plaque et si tu veux la récupérer tu va la chercher au commissariat ... et tu paye l'amende.
J'adore l'idée, aimerais voir une patrouille récupérer des plaques et leur explique que ça y est, je viens d'arriver en Grèce et aimerais bien y rester une paire d'heure. Genre le temps de rentrer, à pieds, au Palais des Congrès.
Ca les fait marrer et ils me laissent là, dans mon trip.

Je ne verrai pas l'ombre d'un policier perceur, mais quelques ruines grecques















Aussi des chats.















Je n'ai toujours pas vu l'Acropole, ni quelque autre indispensable monument.
Mais voyager ce n'est pas (ou pas que) voir ce qu'il convient de voir.
Et là c'était un joli voyage.

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