dimanche 1 février 2015

Chateau Meylan


Avec mes précédents billets à propos des Dief, des Peyruse, de Latifa Saïkouk ou encore d'Alain Albistur j'ai déjà évoqué certains des vignerons et des vins rencontrés lors de mon expérience d’œnologue conseil.
Pour autant il y eut d'autres rencontres, moins formelles, moins contractuelles, mais pas moins agréables : l'une de celles ci est avec Nicolas Meylan.
Il passait au labo pour un suivi analytique de ses vins et, également, pour des points moins fréquents mais pas moins réguliers sur ses cuves, leur évolution ou les options d'assemblage.

Quitter le labo, en Juin dernier, a permis de discuter autrement, plus librement.
De se recroiser dans un autre contexte, aussi.



Nicolas Meylan est régisseur de propriétés médocaines et, en outre, élabore son propre vin depuis le millésime 2012. Son millésime 2012 a d'ailleurs été salué, en particulier dans Le Point avec un joli portrait, ainsi qu'un coup de cœur dans le Spécial Vin. Il y a pire débuts ...
Pour la petite histoire : les vignes qu'il travaille et exploite pour son Meylan appartiennent à l'un des vignerons que je suivais en conseil. Peut-être en parlerai je dans un futur billet, si je me décide à poursuivre la série des "j'étais œnologue conseil" ?

Tout çà pour dire que j'ai fini par passer au Château Meylan !





De petites parcelles, plantées aux 2/3 de Cabernet, et situées sur le secteur d'Ordonnac, sur des sols calcaires et peu profonds.


Ce jour là il pleuvait, et c'était pas génial (en tous cas pour un tour dans les vignes).
Mais ce qui, surtout, n'est pas génial c'est que la première parcelle visitée est en "taille grêle", parce qu'elle fait partie de celles qui ont méchamment été touchées en Mai 2014.






Sur la grêle et la vigne pas la peine d'en faire des tonnes, autant laisser la parole à Mauriac, par exemple dans "Le nœud de vipères" :
Un sifflement de bête, puis un fracas immense en même temps qu'un éclair ont rempli le ciel. Dans le silence de panique qui a suivi, des bombes, sur les coteaux, ont éclaté, que les vignerons lancent pour que les nuages de grêle s'écartent ou qu'ils se résolvent en eau. Des fusées ont jailli de ce coin de ténèbres où Barsac et Sauternes tremblent dans l'attente du fléau. La cloche de Saint-Vincent, qui éloigne la grêle, sonnait à toute volée, comme quelqu'un qui chante, la nuit, parce qu'il a peur. Et soudain, sur les tuiles, ce bruit comme d'une poignée de cailloux ... Des grêlons ! Naguère, j'aurais bondi à la fenêtre. J'entendais claquer les volets des chambres. Tu as crié à un homme qui traversait la cour en hâte : "Est-ce grave ?" Il a répondu : "Heureusement elle est mêlée de pluie, mais il en tombe assez." Un enfant effrayé courait pieds nus dans le couloir. J'ai calculé par habitude : "cent mille francs perdu ..." mais je n'ai pas bougé. Rien ne m'eût retenu, autrefois, de descendre - comme lorsque l'on m'a retrouvé, une nuit, au milieu des vignes, en pantoufles, ma bougie éteinte à la main, recevant la grêle sur ma tête. Un profond instinct paysan me jetait en avant, comme si j'eusse voulu m'étendre et recouvrir de mon corps la vigne lapidée.




Depuis 3 ans un gros boulot est fait à la vigne afin de mettre tout ça en forme et faire simple.
Enfin pas simple, plutôt évident.
Si tant est qu'il y ait des évidences !?
Oui, certaines.

En tous cas côté boulot à la vigne cette simplicité là n'est pas simple à mettre en place : travail du sol, moutarde et fèverole, complantation sur l'ensemble des parcelles.

Un gros boulot ...







Le chai est dans un hangar de Peyressan.
Petit, mais avec ce qu'il faut : ni trop ni trop peu.

La couleur de fond est un peu space et donne l'impression d'être enfermé dans un macaron à la pistache. Reste à savoir quelle est l'influence réelle de la couleur environnante sur la perception de la qualité du vin : y a des trucs plus ou moins crédibles et rigolos sur le sujet.
(Enfin le plus rigolo reste quand même le running gag fleur / fruit / racine avec Pascal D. (et quelques autres). Je m'en lasse pas. Enfin, faut voir ... et puis c'est un tout autre sujet).




Bref, les vins ...

2014 gouté sur fut
.


Le Merlot a une très grosse couleur, et son nez annonce une belle maturité. En bouche c'est rond, de bonne structure, déjà fin avec une belle fraîcheur et une jolie finale sur le fruit.

Le Cabernet a un nez ... qui joue au Cabernet : en version mûre, là aussi. Un peu de poivron, mais dans la version au four. Le truc noble, quoi.

En bouche, l'attaque est franche et suivie d'une belle matière. C'est structuré, avec des tanins de qualité. De l'équilibre, avec un fruit qui supplante rapidement les notes d'entrée de bouche.

A ce stade il y a déjà un beau potentiel.





2013, 1er essai d'assemblage.



A l’œil, rien à redire.
Au nez le boisé est présent mais sans excès, cool.
Beaucoup de suavité à l'attaque en bouche, et une finale sérieuse, voire un peu sèveuse.
Par contre, en milieu de bouche c'est pas çà : y a un creux, ça manque de cohérence avec le reste.







Y a de bonnes bases, mais je trouve qu'en l'état ce vin n'est pas encore pleinement convaincant : l'assemblage doit pouvoir être retravaillé et amélioré, en jouant sur quelques pouillèmes du final, afin d'avoir un vin plus plein et harmonieux.

(bon, en même temps ce vin c'est pas le mien, et c'est pas que moi qui l'achète, alors mon avis ...)





2012 (mise de Mai 2014)



La robe est sombre et profonde.
Beau nez de fruits noirs et d'épices. Légère pointe empyreumatique.
Comme le 2013, l'entame a une belle suavité avec une bouche qui restera sur le volume. C'est plein, mûr et équilibré avec, en finale, cette fraîcheur qui contribue à l'équilibre d'ensemble.
Déjà long en bouche, c'est appréciable dès maintenant mais gagnera sans aucun doute à être attendu quelques années.

14.5 € la bouteille, au chai ? Pas de souci !
Sauf le stock qui est très limité.

Je repars avec quelques bouteilles. J'arriverai bien à en mettre quelques unes de côté pour commencer à y revenir dans 4 ou 5 ans !?








Château Meylan

13, route de Saint Yzans
Peyressan
33340 Ordonnac


Invariablement :
L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération











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