vendredi 27 février 2015

VdV #73 : Vos 50 Nuances de Vin


Au début, j'ai un peu pris peur : "50 nuances ..." ?

Oui, c'était bien çà le thème de cette 73ème édition des Vendredis du Vin ! Le choix du président du mois. Et, au premier abord, je l'ai pas trouvé cool sur ce coup là, le président du mois !

Putain, 50 nuances ...
Bon, ok : je l'ai pas lu et doute fort le lire un jour et puis je suis pas non plus allé voir le film, et j'irai pas le voir.
Alors quoi ? Je suis coincé ou snob ? voire snob et plein d'a priori ?
Non (quoique) !
C'est juste qu'en matière d'érotisme, de rupture avec la société et la morale publique du moment, voire même d'écriture (pourtant, l'écriture de D.H. Lawrence ...) mais aussi tout simplement d'histoire d'Amour, ma conviction est qu'il y a certainement bien plus à prendre dans L'amant de Lady Chaterley (ah, ma pauvre Earley ...) que dans ces 50 nuances dans lesquelles je subodore qu'il n'y a pas de quoi fouetter une chatte !

Chaterley ? Extraits :

"Tha's got such a nice tail on thee," he said, in the throaty caressive dialect. "Tha's got the nicest arse of anybody. It's the nicest, nicest woman's arse as is! An' ivery bit of it is woman, woman sure as nuts. Tha'rt not one o' them button-arsed lasses as should be lads, are ter! Tha's got a real soft sloping bottom on thee, as a man loves in 'is guts. It's a bottom as could hold the world up, it is!"
.../...
It cost her an effort to let him have his way and his will of her. She had to be a passive, consenting thing, like a slave, a physical slave. Yet the passion licked round her, consuming, and when the sensual flame of it pressed through her bowels and breast, she really thought she was dying: yet a poignant, marvellous death.

Oui : ces 50 nuances me semblent avant tout destinées au côté midinette dévoyée de lectrices lisant les "meilleures pages" (les moins niaiseuses ?) pour une pseudo mise en danger à l'eau de rose.

Mais j'ai tout de même lu le pitch du président mensuel, mon côté légaliste sans doute ?

Comment passer à côté de 50 Shades of Grey (50 Nuances de Grey sous nos latitudes francophones) ?
Le livre d’abord, puis maintenant le film. Et en plus avec la Saint-Valentin, je vous raconte pas comment vous allez en manger du Christian Grey et de l’Anastasia Steele.
Entre les menottes à fourrure, les loups et les cravaches, nous, nous allons dégainer nos bouteilles, sacrebleu (et non, pas dans le sens de Gone Girl, je vous vois venir bande de coquins) !
Pour cette 73e présidence des Vendredis du vin, nous collerons donc à l’actualité cinéma avec les 50 Nuances de Vin. Qu’entendre par 50 Nuances de vin ? Et bien c’est ce vin. Cette bouteille.
 
Nous en connaissons tous une.
Elle est là.Elle vous observe.Tapie dans l’ombre.C’est la bouteille que vous aimez mais qui vous fait mal.Tu n’aimes que le vin nature ? Tu ne bois que ça, mais tu ne peux pas t’empêcher en douce de boire cette cuvée industrielle que tu adores car elle te rappelle un bon souvenir, ou juste car tu l’adores..Tu ne jures que par la Bourgogne, mais tu as toujours ce Bordeaux caché au fond de la cave que tu bois en secret.Bref, ces 50 Nuances de Vin, ce sont ces bouteilles que vous aimez, pour lesquelles vous vous damneriez. Mais en même temps, cela vous fait mal de les aimer, car « vous ne devriez pas ». Et pourtant.50 Nuances de Vin, c’est ce plaisir solitaire, un peu comme cette chanson de Britney Spears perdue au milieu de votre playlist de métalleux (NON, CE N’EST PAS MON CAS !). Elle vous fait du mal, vous la cachez, mais vous l’aimez.Allez, avouez-nous tout, on sait que vous avez cette bouteille en cave…






Du coup (si j'ose dire ...) en seconde lecture c'est un autre problème qui s'est posé : c'est que je n'ai pas de vin caché, pas plus que de vin que j'ai du mal à aimer.
Sinon je les aurais pas, ces vins.
Forcément !

Puis j'ai déménagé. Et passer du Médoc à Libourne est la meilleure preuve que je suis d'un éclectisme à toute épreuve, avec vraiment rien à cacher ni aucun aveu vinicole difficile à lâcher après mou(l)t hésitations  !

J'ai bien sur rangé les premières bouteilles arrivées en fond de cave. Puis les suivantes.
Et je les ais amoureusement regardées.
Car je les aime, je te dis !
Toutes !


Et c'est bien sur précisément
que je les ais vues : une petite dizaine de bouteilles sans étiquette, ni capsule, ni aucune inscription d'aucune sorte.
Tapies parmi les autres médocaines.

C'est à ce moment précis que j'ai compris que c'étaient elles que j'avais encavées, mais que je cachais, ne sortais que rarement, pas avec tout le monde, et le plus souvent en me cherchant des excuses.

C'est que j'ai quelques réticences, appuyées sur des doutes quant à leur qualité objective.
Si tant est que la qualité objective existe.
On peut au moins faire semblant d'y croire.

Pourtant je les aime bien : c'est qu'en matière de vins je revendique la subjectivité !
Un jour peut-être parlerai je de ces vins que j'appréciais mais ai arrêté de boire lorsque j'ai connu ceux qui les vinifiaient, les ai trouvés insupportables et, du coup, n'ai plus eu ni intérêt ni plaisir lié à leurs vins. Tout comme ces vins qu'on me vante mais que je ne peux boire sachant qui se cache si mal, derrière.
Puis aussi de ceux qui sont peut-être plus faibles mais qui me rappellent de bons moments, parfois avec leurs auteurs. Car la réciproque est, bien sur, tout aussi vraie.

Car oui : là, avec elles, c'est de cela qu'il s'agit !
Le vigneron était parfois un peu space, mais plutôt sympa ...
Le problème, s'il y en a un, c'est surtout qu'il n'est - de mon point de vue - pas décidé à tirer le mieux de ses terroirs pourtant superbes (à une parcelle près).
Ses impératifs ne sont pas vinicoles.
Alors j'ai parfois un peu souffert (intérieurement hein ? C'est pas Grey non plus !) lorsque j'étais son œnologue conseil.

La plus grosse partie de sa production part en vrac, rapidement et au négoce.
Mais il garde un certain nombre de bouteilles, ce qui m'a permis de goûter son 2009 qui était loin d'être ridicule ! Je le dis d'autant plus aisément que je ne bossais pas avec lui, à cette époque là ...
En même temps, pour rater un 2009 ...
Quoiqu'il en soit, lors d'une précédente dégustation à l'aveugle il avait été apprécié, son 2009.

Mais là, en cave c'est pas du 2009 que j'ai et, ouais, en plus  je travaillais avec lui ...

J'ai tout de même ouvert une nouvelle bouteille tout récemment, c'était dimanche dernier, à l'occasion de ma crémaillère libournaise. C'était surtout en me tenant intérieurement un discours du genre : "oui, bon : je sais, mais c'est pour les Vendredi du Vin".

Toutes les bouteilles avaient été anonymées.
Comme je ne savais pas quel était le numéro d'anonymat de telle ou telle quille, j'ai juste dit que dans le lot il y avait un genre de bouteille piège : un peu comme quand tu fais un aveu difficile mais que tu veux pas le reconnaître que c'en est un, d'aveu.
Je n'ai pas dit qui c'était ce vin : ni le gars, ni son château (de toutes manières rigoureusement inconnus), j'ai juste dit que c'était un genre de collector.
Tout çà mi gêné mi rigolard.
Car cette bouteille, j'aurais aimé la (re) goûter à l'aveugle, mais tout seul quoi. Tout seul mais sans savoir, essayer de m'approcher de l'objectivité.
Essayer, au moins. Tout seul. En secret.

Le truc impossible, quoi.

Alors, laisse tomber : je l'ai goûtée et fait goûter.

Il y avait quoi ? une quinzaine de bouteilles en tout, dont 10 de rouge. De divers horizons, les rouges. Avec, au final, de très jolies choses (du côté des blancs : très beau Riesling Herenweg (2011) chez Barmès-Buecher : mon préféré, de loin !) et d'autres qu'un bon jour je pourrais qualifier d'intéressantes, et puis aussi quelques trucs franchement très limite, dont une bien tapée par les Brett, l'autre déjà déviante même en tenant compte d'une belle matière (le genre de truc que jamais je ferai entrer en cave, quoiqu'on puisse m'en dire et Dionysos sait si on en dit beaucoup de bien !) et puis une dernière jolie, bien sur, mais avec ce truc qui me chiffonne et m'a fait penser à un manque de maturité : pas pleinement satisfaisante, quoi.



Et ma bouteille mystère dans tout çà ? ma bouteille honteuse ?
Bien sur elle s'est avérée manquer d'élégance et aurait gagné à avoir eu plus de matière, de profondeur et de longueur. Pour autant il y avait du vin, qui s'est bien laissé boire. Même une fois la bouteille dévoilée.
Plutôt pas mal donc !
Pas un grand vin, bien sur - quoique l'on puisse entendre par Grand Vin - mais clairement la bouteille que tu peux partager sans crainte et, donc, sans (trop de) honte. En particulier si tu l'habille d'une jolie histoire et l'accompagne d'un saucisson de compétition.


Un peu comme Mélissa et Fred : 50 nuances rigolotes, décalées, que tu te regarde pas en boucle, mais qui te font passer un bon moment.




Finalement c'est un mec cool, le président du mois.

Mais sur la bouteille et son producteur, je ne t'en dirai pas plus : faut pas pousser mémé dans les orties !


1 commentaire:

  1. Et, pour finir, le compte rendu du Président du mois :

    http://1098.fr/vendredis-du-vin-73-vos-50-nuances-de-vin-le-compte-rendu/

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