dimanche 24 mai 2015

A propos de gondoles, de vongole, de Madone ... et de chat sourd

Même pas peur, ou juste un peu : il n'y a presque personne qui ait écrit à propos de Venise et, la plupart du temps, c'est très mauvais ... alors aucun risque d'être ridicule en m'y risquant, après ce troisième long week-end sur la lagune.

Le premier était un centenaire, mais il ne remonte qu'à 3 ans. Le camp de base était dans le Dorsoduro et, en dépit du tremblement de terre, la prise de contact avec la ville avait été facile : nous nous étions rapidement apprivoisés.

Ancré dans le quartier du Rialto - tout près de la Chiesa dei Miracoli - le deuxième, il y a deux ans, a amplifié la familiarité et le côté vie de village à peine effleurés lors du précédent séjour .

S'il avait fallu chercher un signe au troisième, qui s'est achevé il y a peu, c'eût été celui du Commissaire Brunetti : je ne suis pas (je ne suis plus !) un grand lecteur de polars. Pour autant, ayant découvert Venise, je me suis mis à lire ceux de Donna Léon : moins pour les enquêtes qu'elle y raconte que pour la vie, les personnages et les lieux vénitiens qui y transpirent. En outre j'avais survolé sa récente interview à Géo, interview dans laquelle elle confessait vivre dans ce même secteur du quartier du Rialto.
Itinéraires de Brunetti en tête, l'y croiser aurait été amusant.


Et puis non : à peine les pieds à Venise, la familiarité et l'impression d'être au bon endroit étaient de suite là mais, pour autant, ce n'était pas Donna Léon mais Pégase qui s'annonçait au détour d'un canal.
Dans le beau palazzo, une expo, du violon et du Bellini (ce n'était, bien sur, pas encore la saison des pêches mais, pour autant, cet ersatz était assez plaisant pour donner envie de s'y essayer, une fois bien sur que Jean-Emmanuel, mon fournisseur officiel de pêches, proposera les premières !).


Dans la cour du Palazzo, au delà du violon et des Bellini, entre autres suspensions, se trouvaient quelques photos de Pégase lors de son périple, faisant écho à d'autres cordes à linge.

Ce n'est qu'après qu'Elvis et sa groupie sont passés.
Oui : Elvis n'est pas mort et il vit sur une île de la lagune (et il devrait arrêter de se nourrir de protéines).
Pégase et Elvis ? Venise, en ce début de biennale, était d'un éclectisme à toute épreuve.
Un peu trop peut-être, car quelques installations vues ensuite dans tel ou tel Palazzo exceptionnellement ouvert pour l'occasion faisaient cruellement regretter la Galleria dell'Accademia.







La Galerie de l'Académie ? Des Bellini, là aussi. Comme s'il en pleuvait !

Une série de Madone d'une beauté et d'une fraîcheur incroyables.

Mais pas que des Madone, pas que des Bellini.
"Cristo morto tra due angioletti"
Marco Basaiti
Ce Christ et ses deux angelots ...



 



Oui, c'est encore à l'Académie que l'on a le plus de chances de croiser un chat vénitien.
Sauf, bien sur, à savoir où débusquer ce cher vieux Gaston.

Les chats n'écoutent jamais rien de ce que tu leur dis : ils s'en foutent de ce que tu leur dis, les chats.
Gaston a une bonne excuse : il est sourd, Gaston.
Sourd mais pas manchot.
Fort heureusement Gaston ne sévit qu'à l'heure du petit déjeuner.

Il faut dire qu'il ne va pas chez Alberto, Gaston !






Alberto ?
Une belle adresse non loin des Miracoli !

La réservation y est obligatoire, les vongole à tomber et le Prosecco sec et aromatique à souhait.

Quoi d'autre ?
Service efficace, agréable, et totalement francophone.

Très hautement recommandable ! (et tarifs sans commune mesure avec ceux qui sont pratiqués dans bien des gargotes !)

Bien sur, Alberto n'est sans doute pas totalement au niveau d'Al Remer.

La Taverna Al Remer est l'autre adresse incontournable du secteur, enfin, incontournable ... incontournable quand tu sais où elle se niche. Sinon jamais tu la trouves ni ne t'y arrêtes (malgré la belle vue nocturne sur le Grand Canal et le Pont du Rialto).
Cette année les deux musicos n'étaient sans doute pas au niveau de ceux d'il y a deux ans : on était passé du clone (vocal) de Paolo Conte à un genre de Sting version Englishman in New-York.
Ca fonctionnait moins bien.


Ca fonctionnait d'autant moins bien que le cuistot ne sait visiblement pas faire cuire les Saint-Jacques.  Dommage car ces Cape sante e scampi arrostiti su crema di patate viola s'annonçaient bien.



Cruelle déception que les belles langoustines ne
suffisent pas à faire oublier.

Fort heureusement, le Prosecco y est toujours aussi sympa.

Et, surtout, le plat de nouilles (Tagliolini neri con polpa di granchio, code di scampi e pomodorini) est un pur bonheur !





Oui : manger et boire Prosecco, Spritz et, donc, Bellini ! C'est que le commissaire Brunetti passe beaucoup de temps à manger et boire !



Il passe aussi beaucoup de temps à arpenter Venise, partant de ou revenant à son bureau de la Questure.


Bon, la Questure n'est plus là, ce n'est plus qu'un commissariat mais, bon, hein ... il y a au moins, parfois, une pâtisserie ou tel ou tel marchand de primeurs.
La ville n'est pas (pas encore ?) qu'un gros Disney-Land mais bien un endroit qui vit. Encore.

Du moins si l'on sait s'éloigner des itinéraires fléchés et des hordes de touristes fraichement débarquées.

Pour autant on croise assez régulièrement des gondoliers en quête de passagers.
Enfin, quand les gondoliers n'ont pas un petit
creux à vite combler par une banane ou, bien sur, quand il ne pleut pas.




Quand il pleut, car parfois il pleut : c'est alors l'occasion de s'abriter dans l'un ou l'autre bar et d'y boire un nombre de verres de Prosecco directement proportionnel à la durée de la pluie et, parfois, d'y faire une rencontre. Là c'était avec Madama Gioia.


Et, à tout prendre, sans doute vaut-il mieux prendre deux ou trois (plutôt trois) verres de Prosecco avec Madama Gioia plutôt que de lâcher 110 € pour un tour en gondole ... et passer un quart d'heure sous un pont à attendre la fin de la pluie !




Vie de village, aussi.
Puis approcher du Paradis.

Faire quelques rencontres ...














Faire quelques rencontres jusqu'à, enfin, trouver Claudio Monteverdi.
Puis peut-être aussi l'instrument d'un de ses lointains descendants ?



Ensuite, la nuit aussi : marcher plus ou moins au hasard.









Au matin, le Dimanche matin 10h30, la messe solennelle dans la Basilique Saint-Marc.

Forcément.




Puis Venise encore, entre arbres, opulence ostentatoire qui parfois s'écaille et, toujours, vie de village.





Avec, partout, cette sensation d'intemporalité, de ville immuable.

 

Ce qui devrait laisser le temps de revenir, encore ...





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Les photos prises
dans la Galerie de l'Académie ont, bien sur, été faites sans flash.

Et, pour qui souhaite passer un bon moment à Venise :





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