mercredi 10 juin 2015

A propos de la biodynamie, et de son cosmique de répétition




Tout récemment je me faisais dire quelque chose de ce genre :

"Vraiment, sur ton blog, faut arrêter avec les recettes de poire au sirop et tes autres trucs perso qui n'intéressent personne : fais y ce que tu sais faire, de la polémique."

Alors je tiens à mettre les choses au clair : je fais vraiment très bien les poires au sirop (mais, en effet, tout le monde s'en fout).
Pour le reste : ce ne doit pas être tout à fait faux puisque d'une part mes billets les plus lus et commentés ici ou là sont les plus acides (mais pas toujours les plus aboutis) et que, d'autre part, lorsque je bossais pour la grande maison j'y avais acquis - de haute lutte - le glorieux surnom de Poupon la Peste.

Et là, à ce stade de ma réflexion, voilà que débarque mon quasi jumeau : nous n'avons que 10 ans d'écart et absolument pas les mêmes parents, nous sommes donc de vrais jumeaux.
Cette gémellité est d'autant plus vraie qu'à la grande maison, son surnom à lui c'était Tullius Detritus (j'avoue : c'est moi qui le lui avais trouvé).
Bref : Tullius débarque sur ma boite mail en m'envoyant un lien vers un article. Et comme ce garçon sait dans quel sens mon poil de troll doit se brosser, il me met un extrait pour être sur de bien me ferrer :

"Le carbone est lié à plus de 400.000 éléments. Aussi, si le soufre s’immisce dans le fort intérieur du carbone pour lui donner sa mobilité et que l’on peut jouer sur la mobilité et le comportement de celui-ci, l’approche de la matière s’en trouve changée. 50 à 60 dilutions ont été testées sur des vins à tendance oxydative. Des résultats intéressants sont apparus avec les dilutions 4CH, 5CH, 27CH et 41CH. Chacune de ces dilutions apporte une caractéristique propre, les 4CH et 5CH offrent un côté plus esthétique et opulent au vin, la 27CH est proche d’un sulfi- tage classique, la 41CH verticalise et raffermit le vin".

Deux précautions valant mieux qu'une il ajoute, à toutes fins utiles :
"La pulvérisation de valériane par rapport au risque Brett est pas mal non plus …."

Là, je flaire le bon coup (les occasions de rigoler sont rares de nos jours) et fonce illico lire la chose, que l'on trouvera en suivant ce lien.
Encore tout entier dans le récent congrès des œnologues je me contente de mettre le dit lien sur Facebook, sans oublier de l'accompagner de quelques commentaires ricanants.

Forcément ça part comme sur des chapeaux de roue (y a de bons clients) et le point Godwin finit par voler bas.
Puis cette remarque m'est adressée à propos de mes réserves sur les délicieux "400 000 éléments liés au carbone" :

"Une ligne est sujette à caution sur 4 pages pleines de bon sens paysan et d'expérimentations poussées. Mais rejeter la méthode en bloc (philosophie, culture et vinif) laisse l'esprit tranquille."

Ben tiens, "bon sens paysan et d'expérimentations poussées". Voilà : je cherchais les mots pour décrire ce truc et en fait c'est tout simplement bon sens paysan et expérimentations poussées.
C'est cela même !

Allez, hop, pour s'en assurer voici une petite revue des éléments présentés tout au long de ces 4 pages pleines de bon sens paysan et d'expérimentations poussées :

"Travailler sur le vin représente symboliquement ce que l’on fait sur le sol lors d’un binage"
Euh, ouais.
Possible.
Pourquoi pas ?
Bon en fait j'en sais rien et je m'en tamponne le coquillard avec une patte d'alligator femelle de ce genre de truc qui repose sur rien mais qui doit pouvoir faire bien.
Des fois.
Passons.
Mais ça attaque fort, quand même ...
D'autant plus fort que cette phrase prend son sens avec celle qui la suit immédiatement :

"On l’ouvre vers les forces de la périphérie. De ce fait, la position des planètes dans le ciel au moment du travail va concentrer l’influence de celles-ci dans le vin."
Le lecteur attentif aura compris que quand j'écris "cette phrase prend son sens avec celle qui suit" ce n'est bien sur qu'une figure de style !
on ouvre le vin vers les forces de la périphérie ?
Oui, ça commence à sentir bon l'expérimentation poussée cette affaire ...
Puis viendront les planètes infra-solaires avec Mercure et Vénus, et ensuite les planètes supra-solaires avec Mars, Jupiter et Saturne. D’une façon générale, les planètes infra-solaires ont une action sur le calcaire et les forces de croissances. Les planètes supra-solaires plutôt sur la silice et les forces de structuration.

Les positions particulières d’alignements cosmiques auront une influence. Les oppositions sont marquées par une interpénétration des forces des planètes qui se renforcent mutuellement. Elles tendent à renforcer les processus de vie. Les conjonctions au contraire représentent des forces qui s’opposent entre elles.

On est là en plein dans tout ce que j'aime : ce hideux globiboulga new age qui a remis une couche de neuf sur les vieilles croyances de l'astrologie.
Faut il donc vraiment, encore une fois, rappeler ce qu'est l'astrologie ?
Car c'est bien, ici, d'astrologie qu'il s'agit !
Allez, on se la refait en vitesse : l'astrologie est une pseudo science qui remonte à plusieurs millénaires (un peu comme la peste et le choléra, qui sont aussi de vieux trucs paysans) et a cherché une signification au Monde et à la Vie.
Cette compréhension du Monde, elle a tenté de l'organiser en observant le déplacement du soleil au travers de groupes d'étoiles arbitrairement constitués avant d'être nommés grâce à des similitudes d'aspect avec certaines formes humaines ou animales.

De là est né le zodiaque.
Zodiaque peuplé de Dieux divers et variés selon tel ou tel aspect de la planète. Passons sur le Soleil et ne retenons que Mars, Dieu de la guerre, donc lié à la planète rouge.
A partir de là certains prétendent s'arroger le pouvoir de lire dans les astres ce que nous sommes, ce que nous deviendrons et ce que nous devons faire.
L'Homme n'est plus libre : il est lié aux étoiles ... et à ceux qui savent en lire les signes.
Au secours !
Bon sens paysan, quand tu nous tiens ...

Jetons donc un voile pudique sur la détermination des horoscopes et des thèmes astraux qui voudraient que naitre alors que le soleil est dans la demeure de tel ou tel Dieu fasse qu'on en prend de facto les caractéristiques (Absurde : moi je suis scorpion, et pourtant je suis pas le mec vénéneux pour deux ronds).
Pourquoi ce laïus ?
Pour introduire le "travail" de Maria Thun !
Maria Thun ?
Maria Thun : une des grandes prêtresses (divineresses ?) de la biodynamie qui s'est "appuyée" sur le fait que les signes zodiacaux sont dits d'eau, de terre, de feu et de que sais je d'autre encore ?
En suite de quoi elle a proposé un calendrier biodynamique dans lequel les jours sont dits fleur, fruit, racine ou feuille. Ceci étant censé intervenir sur la qualité sensorielle du vin tant lorsqu'on l'élabore que lorsqu'on le déguste.
C'est de ce "travail" .... comment disait il déjà ? ...  ah, oui : tiré du bon sens paysan et d'expérimentations poussées que sort la suite du document qui m'occupe ici :

Dans son calendrier des semis, Maria Thun a déterminé les jours selon une qualification : fruit, fleur, racine et feuille, en fonction du positionnement de la lune devant les constellations dans le ciel. Chaque constellation est en rapport avec un élément : terre, eau, air et feu. Il s’avère que ces jours, s’ils sont très usités aux vignes, peuvent également présenter nombre d’applications à la cave
Si le vin présente un caractère très réduit ou trop fermé, le soutirer en lune montante peut lui être bénéfique, et en jour fruit afin de l’ouvrir davantage. Un vin trop ouvert peut être soutiré en jour racine pour le recentrer un peu sur lui même, le resserrer. La Lune descendante a un effet réducteur et resserre les vins.
Si je puis me permettre : si le vin est trop réduit, faites surtout un soutirage à l'air ...

Ensuite ça continue comme si de rien n'était :


La mise en bouteille
Eviter les jours feuilles, trop liés à l’eau qui donneront un côté aqueux aux vins et moins de caractère.
Sauf que c'est surtout les jours feuilles de nénuphar qui sont liés à l'eau, en fait.
Sinon, moi, ce genre de galéjade me fait furieusement penser à quelques autres feuilles aux propriétés bien connues, elles ...

Constituer un pied de cuve lors de coefficients élevés permet de démultiplier l’activité des micro-organismes et permet une bonne prise de celui-ci. Lorsque l’on veut relancer une fermentation languissante, le faire au moment de coefficients de marées élevés permet d’optimiser les chances de réussite.
C'est cela même, oui : la multiplication et l'activité de Saccharomyces cerevisiae sont étroitement corrélées aux grandes marées. C'est pendant les grandes marées que les cuves débordent, d'ailleurs y a plein de noyades dans les chais à ce moment là.
Tu peux y aller, garçon, pour relancer une fermentation languissante en te servant de la Lune. Putain, j'te jure ...
C'est comme les marmottes qui en ont aussi une activité frénétique, c'est pour çà qu'il y a régulièrement de si fortes hausses sur le cours du papier d'aluminium pendant les grandes marrées ...
(non, c'est pas vraiment une faute : y a deux "r" à marée parce que la marmotte est un running gag qui me fait toujours marrer. J'ai des joies simples).
Putain mais elle est où la biblio qui donne un embryon de crédibilité à ce genre de pignolade ?


Sur la lutte contre Brettanomyces ça fait juste peur.

On pulvérise de la silice de corne dans la cave et on met de l'extrait de fleurs de valériane dans le vin pour le recentrer sur lui même ?
Je serais Brett je m'inquièterais vachement ....
(bon, ok je suis pas objectif. C'est que Valérian et Laureline j'ai jamais rien compris aux scénarii : je préférais nettement Manara. Ses scenarii sont au moins aussi daubés, mais lui il dessine vraiment très bien les culs)




Là c'est grandiose.
Aux dernières nouvelles il n'y avait que 118 éléments chimiques connus.
Mais visiblement on s'en cogne, car le carbone lui il est lié à 400 000 éléments (c'est costaud quand on n'a que 4 liaisons de covalence à proposer).


Je passe sur la dilution multiple qui marche aussi bien que sans dilution du tout, ou sur celle qui verticalise et raffermit le vin qui sinon aurait été tout mou et horizontal, et ça aurait été dommage.
Sinon le fort intérieur du carbone c'est quoi ?
Un genre de fort Alamo avec des Bretts autour ?



Bon sens paysan et expérimentations poussées.
Voilà, c'est complètement çà.
Surtout en jour fruit quand la lune est gibbeuse et la marée vraiment à très très haut coef ...


(en bas du document est indiqué :
Cette publication bénéficie du soutien du ministère de l'Agriculture, de l'Agro-alimentaire et de la Forêt.
Suis content de payer des impôts moi, sur ce coup là ...)






1 commentaire:

  1. Pas mieux ! Le pire dans tout cela est qu'ils prennent (ces urluberlus) chaque jour un peu plus d'importance...

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