mardi 29 septembre 2015

Premiers Crus


Premiers Crus
?

C'est beau, c'est très beau.
C'est tellement beau que j'ai envie de le dire deux fois : c'est beaubeau.

Y a de belles anatomies et de belles gueules, de beaux bâtiments, de belles barriques et bien sur de belles vignes dans de superbes passages viticoles. Des mains aussi. C'est un bon concept la main : çà humanise.
Tout çà à tel point que très rapidement on n'est plus en Bourgogne mais à Epinal, avec en fil conducteur un beau héro parisien qui retrouve ses racines et son héritage. Et qui va mériter le tout car, accessoirement, il va leur montrer ce que c'est que de faire du vin de terroir, à ces ploucs corrompus par la facilité d'un progrès trompeur.

Sinon, quel est le message du film ?
Simple : le salut de l'exploitation - comprendre le salut de la Bourgogne, donc du vin - passe par le retour à un passé et une tradition largement fantasmés.
C'est en quelque sorte une histoire de rédemption par le foulage aux pieds (de raisins de table car les vrais bourguignons n'allaient quand même pas gâcher un vrai 1er cru de Pinot noir pour ce film), le retour au cheval et bien sur l'arrivée des amphores.
Elles sont essentielles les amphores, c'est pas des amphores d'ailleurs : ce sont des paraboles ! La meilleure preuve en est que les voyant, le père désabusé et couvert de dettes tente quelques pointes humoristiques convenues et éculées qui sont censées illustrer le dinosaure qu'il est devenu en oubliant les acquis du passé et de la tradition (ouais : ça donne aussi dans le paradoxe).
Pour autant il fait bien le regard désabusé et fatigué, Gérard Lanvin.
Quant à savoir si c'est  parce qu'il est pénétré du scénario, ou plus simplement qu'il a pleinement conscience de son indigence ...

Quoiqu'il en soit on comprend vite que c'est le mal la modernité, car la modernité mène visiblement à la résignation et à la faillite.
Alors la modernité il faut l'abandonner, comme les pesticides, le soufre et les engrais. Mais çà c'est devenu le service minimum : si tu fais pas au moins ce renoncement là, t'es trop pas crédible.
Alors çà ne suffit pas : après avoir abandonné l'insupportable modernité il faut bien sur revenir à la tradition et à la transmission (à ce stade là je devrais parler des bâches mais comme je suis pas cruel je le fais pas).
Oui : il faut avant tout hériter la terre, puis la mériter. Ou l'inverse.

Travail, famille, amphores.

Ça c'est l'autre message subliminal (un peu appuyé le subliminal) par lequel le film nous fait bien comprendre que les éventuels acheteurs, fâcheux étrangers, sont de facto illégitimes : aucune chance qu'ils méritent un jour ce qu'ils achèteront peut-être.
A ce jeu là les japonais sont éliminés d'office, de suite. L'américain c'est plus long : il a une culture du vin. Mais pas la bonne, alors exit le yankee.

C'est çà l'essentiel : la transmission de la terre et de la tradition qu'on y rattache sans forcément trop bien savoir quand finit la tradition et quand commence l'ère moderne.
Enfin : la transmission de la terre et de la tradition et le retour des amphores.
Parce que sinon y a quand même souci : après 2 siècles à faire des vins - et des grands parait ils - les mecs découvrent que le secret pour déclencher les vendanges c'est de gouter les raisins.
Là on confine au grandiose : d'autant plus que c'est fait avec des raisins qui ressemblent autant à du Pinot noir que moi à la Reine d'Angleterre (faut dire que vu la gueule des vignes tu comprends bien que les vrais raisins çà fait un bail qu'on a arrêté de les goûter pour les mettre en cuve). OK : c'est un détail, m'enfin çà pique grave les yeux quand même.


Sinon, finalement c'est simple le pinard : avoir un cheval et être un héritier méritant sont les deux seuls pré requis indispensables à la réussite du vin.
Bien sur avec les amphores, mais c'est quasiment fourni en un lot indissociable du mérite, les amphores. Peut être faut il aussi une paire de sécateurs ?

Au demeurant, c'est devenu supra cool le cheval : après 6 ou 7 ans dans le Marais, dès que l'héritier méritant se met au cul du quadrupède il l'a à sa main. Ulysse était reconnu par son chien, lui est reconnu et intronisé par le cheval, alors il plante son soc et tout s'ouvre et se retourne devant lui, tellement il a été attendu longtemps, le sauveur.
Un peu comme quand il se met non pas au cul du cheval mais à celui de la voisine.C'est quand même plus long avec la voisine car elle est bourguignonne, alors c'est comme la terre : faut mériter.

Mais ouais : y a une voisine.
œnologue, aussi. Elle fait des super vins - enfin sa mère - parce qu'elle sait qu'il faut goûter les raisins avant de vendanger. Limite sorcières ces deux là !
A ce stade il me semble essentiel de prévenir celles et ceux qui auraient une soudaine vocation œnologique en regardant ce film : il y a aussi beaucoup d'œnologues gaulé(e)s comme des barriques, dont ce qu'il reste de dents est irrémédiablement niqué par les tanins et l'acide tartrique.
Et le fait de savoir cracher en longs jets précis ne change rien à l'affaire, en outre çà s'apprend pas à la fac alors autant gagner du temps et des efforts inutiles en vous y essayant dès ce soir dans votre cabine de douche (en visant le bas du mur). Mais comme en Technicolor c'est moins glamour, ceux là d’œnologues on les montre pas dans le film.
Toutefois force m'est de constater que les œnologues se baignent en effet (souvent à poil) dans les piscines pendant les congrès (insistez pas : j'ai pas de photo et c'est dans doute mieux comme ça !). Mais leurs assistantes c'est plus rare.


Bon en fait ce film c'est un remake de  Vino Business sans les poules mais avec Gérard Lanvin : on y trouvera en effet le même message simpliste et appuyé.
La différence majeure c'est que le film, il faut payer pour le voir.
Remarque : on a échappé à Vin Diesel, alors çà valait peut-être la peine de payer ? Surtout qu'ils m'ont fait la réduction demi tarif pour les œnologues.


Un film évitable, quoi ...

A la limite regardez plutôt la belle - et déjà un peu ancienne - campagne de pub bourguignonne
"petites parcelles grand savoir faire"
On y est sur les mêmes reco, sauf que là c'est joli, bien foutu et surtout on ne t'y donne pas de leçons de morale sur le salut viti vinicole.

Mais y a pas d'amphore.








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