lundi 12 octobre 2015

Sarayonara







C'était dans les tuyaux depuis un moment déjà
, c'est maintenant acté : Sarah est dans l'avion.
L'avion pour Los Angeles d'abord, Tahiti ensuite.
Après, de Tahiti ... vers où ?
Mooréa peut-être ? ou Apataki ?

Va savoir ...

Il y a quoi ? 37 ans ? Ouais : 37 ans !
Putain, 37 ans ...

Il y a 37 ans, c'est de Lyon que je décollais pour finir à cheval entre Tahiti et Mooréa.
Il faisait super froid à Lyon. A Toronto et Los Angeles encore plus.
A Faaa moins ...



A Faaa, une fois sortis de l'avion (la chaleur et l'humidité qui, de bon matin, te tombent dessus alors que tu viens de macérer dans tes fringues d'hiver pendant plus de 24 h parce que t'es un con de popaa farani qui n'a pas pensé à prendre de quoi se changer après l'escale de Los Angeles) le comité d'accueil nous avait oubliés.
Alors nous avons passé la journée à nous trainer comme des loques.
Journée moite suivie de la nuit dans un hôtel proche de ce putain de train qui a circulé sans cesse. Nuit de merde (bon, au matin, il s'est avéré que ce n'était pas le train qui roulait mais plutôt mais le Pacifique qui cassait sur le récif. Quand tu le sais tu dors mieux) et, le matin suivant, l'arrivée au Lycée Paul Gauguin.
Saucisse lentilles à la cantine, ou comment devenir externe en 2 minutes chrono.


Moooréa (1979).
Depuis le Motu Tiahure

Avant, nous nous étions très vaguement préparés à l'aide de quelques bouquins plus ou moins touristiques et/ou encyclopédiques.
"Vaguement" car à l'époque, va t'en trouver Opunohu sur une carte !?
Une fois passés la carte postale, Gauguin et bien sur les calendriers de vahine la préparation s'était donc avérée plus que théorique.
Les bouquins que je viens de te passer (de te prêter : t'as intérêt à me les rendre !) ne t'aideront pas davantage : à mon époque ce Tahiti là n'existait déjà plus.
Lis les quand même (ou prétends moi que tu les a lus).

Retiens en juste, puisque tu va arriver en pleine alerte cyclone, que les méthodes éprouvées sont les plus sures : il faut s'attacher solidement à un cocotier du genre trapu et qui n'a pas poussé trop près du bord du lagon.
A propos de lagon, les requins pointe noire c'est un peu comme ton chat : des fiottes (mais faut quand même pas les chatouiller de trop près : un de mes copains de Lycée, surfer, c'était fait bouffer un mollet. Et tu connais comme moi l'histoire de la palme de ta grand mère ... mais là c'était surement un requin marteau). Les requins citron, eux, faut pas les chatouiller du tout (même de très loin).
Côté bestiaire : avec les moustiques j'avais développé une technique élégante et bio : j'attendais qu'ils soient pris dans les poils de mes jambes et quand ils se mettaient a hurler "mon Dieu délivre moi de ces lianes sataniques" je les attrapais délicatement par les ailes, leur arrachais les pattes et les relâchais. S'ils survivaient au choc opératoire, ils se retrouvaient sans pattes et ne pouvaient donc plus se poser ni piquer. Mais je ne les tuais pas et avais ainsi limité mon impact sur l'environnement et la biodiversité (j'étais une sorte de précurseur de la prise de conscience écologique et environnementale). Sinon tu peux aussi leur exploser la tronche : aucun impact sur l'environnement, mais un gros impact sur le moustique. La méthode est efficace mais manque un peu d'élégance.
Une dernière chose : si sur le port de Papeete on te propose un hot dog, il n'est pas impossible que ce soit vraiment du chien.

Sinon, rassure toi : moi aussi mes 3 premiers mois ont été tendus (moins que les tiens, j'espère !).
Car c'était salement loin de tout et beaucoup de nos premiers contacts, forcément popaa farani eux aussi, vivaient là comme au bon vieux temps des colonies.
Alors forcément quand tu débarques d'Ardèche et que tu pratiques la plongée sous marine, le tarot, la photo et non pas le tennis et le bridge : tu as du mal à t'intégrer dans ce qui, de prime abord, semble être ton milieu.
Surtout si, de surcroit, tu fais pas d'effort car tu essaie de raconter 3 conneries en tahitien (aux tahitiens) et que, en outre, tu va te baigner - que ce soit à Tiahura ou à Papetoai - même quand les tahitiens sont là et non pas à l'office.
Ben ouais : les popaa se baignaient le dimanche matin mais l'après midi c'était bridge ou tennis.
Bon : le tennis j'ai quand même un peu essayé. Juste un peu, car ta grand mère me mettait des raclées monumentales et, comme tu le sais, elle a le triomphe modeste ...
Ça motive.
C'est pour çà que j'ai préféré continuer la plongée et le hand ball.
C'est aussi pour cela qu'en Polynésie, près de 40 ans après, l'immense majorité de nos contacts ne sont pas des popaa farani ... mais y en a quand même quelques uns de plus que sympas ! et tous, popaa ou pas, t'attendent.
Enfin, j'espère.


Le hand-ball c'était comme en Ardèche : au Lycée.

D'ailleurs côté Lycée j'étais à la rue complet : en Sciences Nats, en Maths et en Physique / Chimie (un détail quand t'es en Sciences ...) d'Aubenas à Papeete les profs avaient commencé par des parties de programmes différentes et j'arrivais en janvier ... donc avec un peu plus d'un trimestre de retard, mais aussi d'avance. C'est selon. Y a eu quelques lacunes.
Bien sur je te parle même pas du prof d'Allemand qui nous faisait exclusivement bosser sur des textes de Goethe (après çà certains font semblant de s'étonner que je puisse avoir du mal avec la biodynamie ...). A Tahiti c'est judicieux l'allemand et Goethe. Tu verra.

En revanche il y avait un labo photo au Lycée, or j'étais venu avec mon AE1 et son pendant aquatique : le Nikonos III.






La photo n'était pas la seule raison pour laquelle je fréquentais assidument les motu de Mooréa.
Nelly (1982)
Mooréa. Petit motu.

Motu fareone, Motu Tiahure, et surtout le petit motu ... je ne sais plus si ce petit motu avait un nom !? L'ais je seulement jamais su ?
Pour moi c'était le petit motu et c'était mon préféré : il n'y avait jamais personne. Aucun de ces (relativement) gros bateaux qui accostaient en tous points des 2 autres motu ne le fréquentaient : il faut dire qu'on n'y accédait qu'en pirogue ou bien avec un bateau type Boston whaler. Et encore fallait il prendre le bon chemin, en faisant gaffe aux patates de corail qui affleuraient de toutes parts.
Car l'approche était un rien sportive.
J'y allais donc avec la pirogue (pourtant c'était pas à côté !) ou, donc, le Boston whaler.
Ce qui, au demeurant, démontre la totale inexactitude des ragots colportés par ta grand mère : je ne cassais jamais la goupille de l'hélice du Boston whaler. Sinon je serais jamais revenu du petit motu !
Ou alors, si je la cassais, c'était vraiment très rare et c'est pour çà que j'ai oublié.



A ce propos : si tu dois me ramener un truc de Polynésie que ce soit de Mooréa, et autant que ce soit quelque chose d'utile : genre un peu de sable du petit motu ! et éventuellement un ananas de Mooréa - pourvu que tu le cueille à point - ou bien l'un de ces énormes et délicieux pamplemousses verts que je mangeais à la MJC de Tahiti entre deux parties de tarot.
Si tu parviens à piquer quelques avocats à Grey ce serait bien aussi (et çà perpétuerait un autre genre de tradition familiale)

En contrepartie je veillerai sur ton chat, qui de toute évidence, attend son premier skype avec impatience.

En tous cas ce ne sera pas la peine de me ramener du Vin de Tahiti.
D'abord, comme tu le sais : techniquement ce n'est pas du vin de Tahiti mais bien du vin des Tuamotu ... ce qui revient à peu près à dire qu'un vin de l'Oural vient de Bordeaux.

En outre j'y ais déjà goûté à 3 reprises et n'en garde pas un souvenir impérissable.
Le goût de terroir du corail peut-être ?
Bon, ce n'est pas que c'est vraiment mauvais, mais plutôt qu'au delà de l'origine ce n'est, franchement, ni transcendant ni même intéressant.


Bref : Sarayonara ... ou plutôt : nana Sarah !


Et ne te prends pas le chou avec le vécu familial (les vécus familiaux !), même s'il est abondant, car il remonte quasiment au paléolithique inférieur.


Juste enjoy, Sarah Joy.
On reparlera de tout ça dans deux ans.


PS : si, vers Papetoai, tu vois voler des hordes de moustiques sans pattes (qui évitent les Fuster comme la Peste) c'est que mes expériences ont réussi et que je suis à l'origine d'une nouvelle race de moustiques dont je suis le Dieu maléfique.
Ce serait trop cool, alors quelle que soit l'heure téléphone moi de suite : j'en parlerai a l'Académie des Sciences ou, mieux, sur mon blog.
PPS : essaie de leur arracher les ailes, au moins une, pour voir.





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