dimanche 6 mars 2016

La maman chèvre, les 7 chevreaux et le biodynamiste


  

Qui me lit de temps en temps peut légitimement croire que mon animal totémique est la marmotte : c'est une erreur fréquente, qu'hier soir encore certains de mes invités faisaient. Mais qui me connait plus intimement sait que c'est une erreur gravissime, car c'est de l'histoire récente : mon vrai truc a longtemps été le castor.

Le père Castor.

J'adorais tout particulièrement que ma mère me raconte l'histoire de la chèvre et des 7 biquets, un conte qui me provoquait des réactions plutôt ambivalentes : la fin atroce de ce pauvre loup mourant noyé, le ventre lesté de grosses pierres, au fond d'un puits, c'est vraiment un truc de psychopathe.
Il m'en reste une attirance coupable pour les belles histoires tristes avec des chevreaux.

Du coup j'ai été faible et, à la deuxième tentative, j'ai fini par arriver à regarder jusqu'au bout un petit film rigolo :

"IN VINO VITA"
Le pitch nous dit que "c’est un court documentaire que tu peux voir librement si tu veux comprendre la biodynamie."

Ça tombe super bien, tu sais ?
Parce que des fois, moi aussi j'aimerais comprendre la biodynamie.
Alors ton documentaire je l'ai regardé (en deux fois).
Toi aussi, mon lecteur, si tu veux comprendre la biodynamie tu peux regarder librement ce court documentaire.





Ça y est ? Tu l'as regardé ?
Toi aussi tu comprends la biodynamie maintenant ?
Hein ?
Oui, en effet : je trouve que les intervenants sont sympathiques et qu'on a envie de les croire mais, comme toi, je me dis que si tu fais parler n'importe qui sur ses pratiques - quelles qu'elles soient -, il tâchera d'être sympathique et convaincant.
Sinon il perdrait pas son temps à faire un documentaire promotionnel.
C'est fatal, tu le sais comme moi.
Mais tu sais aussi que ça fonctionne le truc car, comme moi, tu as lu nombre de commentaires sur les réseaux sociaux.
Des choses de ce genre :

"Oui ! C'est marrant de se dire que mes grands parents (et probablement beaucoup d'autres), sans savoir ce qu'est la biodynamie, en ont toujours fait. Je sais qu'ils plantent tels ou tels arbres, légumes, etc en fonction de la lune, du ciel et tutti quanti. C'est assez fou !"
Et puis il se peut que toi aussi tu ais regardé les infos sur la 2 ce week-end ?
Absolument : ce journal télévisé au cours duquel on t'a dit que la biodynamie c'est du bio avec la Lune en plus, et que si tu plantes 2 jours avant la pleine lune c'est trop cool pour la plante.
Voilà : la biodynamie c'est quand tu plantes 2 jours avant la pleine lune car la Lune elle joue sur les marées, donc elle joue sur la sève. Et c'est vraiment trop cool de refaire enfin comme nos grands parents.

Mais depuis le temps que tu me lis plus ou moins régulièrement, t
u commences à me connaitre et tu sais que je suis un chieur que les discours d'intention fatiguent un peu.
Beaucoup, même.

Or ici, une fois passé le couplet sur la Lune, sur le ressenti intime de la Nature et le respect du lien cosmique on a quoi de concret ?
Rien.
Ben ouais : c'est que la biodynamie c'est trop personnel pour être rationalisé, puis la Science officielle peut pas tout expliquer, hein ?

Mais je suis un vil rationaliste, alors j'aime bien le concret. Or le concret, l'opérationnel, c'est quoi en biodynamie ?

Sur ce coup là il me semble que l'on peut à bon droit se pencher sur la base opérationnelle de la pratique biodynamique : les préparations.

Les préparations, il en existe une petite dizaine. 

"Guide pour l'élaboration des
préparations bio-dynamiques"
Mouvement de culture bio-dynamique (2008)
Alors j'aurais pu te parler de la P502 qui est préparée en farcissant une vessie de cerf avec de la fleur d'achillée millefeuilles, ou bien de la P503 qui s'obtient, elle, en bourrant un intestin grêle de bovin de matricaire camomille.

Non, rien de tout cela : je me contenterai de la P505.
La P505 ?

Le process d'obtention de la P505 dure 6 mois, il achève au printemps et commence par la récolte d'écorce de chêne (en jour racine, bien sûr).
Cette écorce, il te faut la réduire en poudre avant de la bourrer dans un crâne de ruminant, mais ça fonctionne aussi avec les animaux domestiques, dont les chats.


Alors t'es gentil : à partir de maintenant, tu t'approches plus de mon chat : car il est essentiel que le crâne soit frais (moins d'un mois).
Ce crâne farci, si tu l'enterre dans un fossé boueux : 6 mois après t'es l'heureux propriétaire d'un super remède.
Voilà, la base de la biodynamie : les préparations, c'est ça.
Maintenant t'en penses ce que tu veux.




En tous cas ton grand père je sais pas, mais le mien il n'a jamais décapité ni chats, ni chevreaux pour enterrer leurs crânes dans un fossé. En fait mon seul ancêtre à avoir eu une relation avérée avec un fossé, c'est celui que l'on retrouva dans un fossé, mort et détroussé de son salaire de la journée.
 




Il s'agissait de René Branchu et cela s'est passé le 25 juin 1849 (c'était au XIXème siècle, la biodynamie n'existait pas encore). Le corps de René, journalier agricole, fut retrouvé à 20h au lieu dit "la Chutelière", qui dépend de La Ferrière. Mort à 38 ans, il laissait 2 enfants déjà nés et un dernier à naître ... qui fut baptisé René et dont je descends.





T'en penses quoi, toi ?
Faudrait peut être faire une adaptation du conte de notre enfance, non ?

Un truc gore qui pourrait s'appeler "la chèvre, les chevreaux et le biodynamiste"








Je sens confusément que tu ne me crois pas, et je tiens à te dire que ça me déçoit profondément. Alors je te suggère d'aller faire un tour par là, c'est édifiant.

Oui : sale temps pour les chats et les chevreaux.
Les petits cochons, je sais pas. Mais je serais à leur place je me méfierais quand même.
On sait jamais.







6 commentaires:

  1. A la question "T'en penses quoi, toi ?", je dirais que ce qui ne fait pas de mal à la terre ne peut pas faire de tort à l'Homme :-) Et à force de suivre certains vignerons, comme mon ami Marc Kreydenweiss, je dirais même que j'ai commencé depuis un bon moment à croire à certains contes de notre enfance ! ;-)

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    1. On est d'accord : nous sommes en effet dans un système de croyance, et j'imagine que celui ci ne peut pas faire de mal (sauf aux chats et aux ruminants, bien sûr).

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    2. Personnellement j'ai tendance à penser que toutes les croyances que l'on suit sans vérifier leurs fondements font du mal à l'homme, elle l’enchaîne, l'éloigne de ce qu'est réellement la Nature, et ainsi le privent de cette liberté chèrement acquise contre les dogmes. Les fidèles sont des enchaînés consentants, qui chérissent leurs chaines contre toute preuve qu'on leur amène.

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  2. Je viens encore respirer sur votre blog car cet après-midi je dois aller goûter quelques bouteilles d'un domaine en biodynamie... C'est en quelque sorte une bouffée d'oxygène avant une descente en apnée dans les profondeurs insondables de la biodynamie : le Grand vert. Parce qu'avant de goûter je sens que je vais avoir droit à l'hymne à la nature sauvage de la vigne et aux influences cosmiques, pauvre de moi.

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  3. Cette seule parenthèse me fait rire pour trois jours :
    (c'était au XIXème siècle, la biodynamie n'existait pas encore)

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