lundi 20 juin 2016

Cotes de Castillon 2012 en jour racine, avec des marmottes


Les jours racine c'est quand la Lune passe devant un signe de terre. Autrement dit quand la Lune est en Taureau, Vierge ou bien Capricorne.
Ces jours là tu peux, tu dois, planter des patates ou des radis mais surtout ni fleurs ni fruitiers.


C'est curieux d'ailleurs cette différenciation de la fleur et du fruit : après tout un fruit ce n'est jamais qu'une fleur qui a réussi ! Du moins si l'on excepte les fruits qui n'en sont pas : baies, drupes et autres fraises ou figues. Du coup pas sûr que les fraises ou les figues puissent être mangées ni plantées en jour fruit avec bénéfice : elles ne sont pas des fruits
. Alors on fait quoi là ?
Car c'est bien de cela qu'il s'agit : en jour racine, tu plantes toutes les patates et les carottes que tu veux mais surtout, surtout, tu ne plantes ni ne manges de fruits sous aucun prétexte.
Ça
c'est pour les jours fruit.
Dès lors i
l ne faut pas, non plus, travailler le vin et encore moins le boire. Sauf bien sur si l'on veut mettre sa minéralité en évidence, ça va de soi.

Non, j'ai rien fumé récemment : j'indique juste quelques préceptes de la biodynamie, tels que Maria Thun les a fixés sinon dans le marbre, du moins dans son calendrier biodynamique.

Y a plein de gens qui dissertent à perte de vue là dessus (moi le premier, remarque), et qui en suivent les préceptes (moi non).
Personnellement je trouve çà assez stupéfiant qu'aujourd'hui encore on puisse se laisser guider par les choix faits pas les astrologues du 5ème siècle avant JC lorsqu'ils ont décidé de nommer tel ou tel signe et constellation et d'y associer tel ou tel pouvoir plus ou moins surnaturel.
Car nommer une constellation, l'assimiler à tel ou tel Dieu ou animal implique "évidemment" que naitre sous les auspices de ce signe confère de facto au nouveau né (ou au vin) un destin et des caractéristiques définis par le dit signe.

C'est généralement à ce stade que, jour racine ou pas, mes marmottes chéries sortent de terre pour un petit casse croûte.


 

Mes marmottes et moi, les jours racine on se contente de picoler et grignoter.
Minéralité ou pas.

Et pour cela j'ai des complices redoutablement efficaces, je pense en particulier à Isabelle et Daniel Sériot et leur "Club de Dégustation Jean Melin".
L'idée est sympathique : une fois par mois accueillir
un groupe d’œnophiles dont chacun vient avec une bouteille à partager, en respectant la thématique de la session. Et l'air de rien, c'est un vrai travail d'assurer la logistique et l'organisation de ce genre de chose !
Qu'ils en soient donc, encore une fois, remerciés.
Vivement remerciés.

Ces dégustations nourrissent irrégulièrement ce blog, ainsi - plus régulièrement - que le blog de Daniel.

C'est ainsi qu'il y a un peu plus d'un an je m'étais fait l'écho de la dégustation : "Rive droite 2012" et de sa petite sœur qui avait suivi presque aussitôt : "Rive droite 2012 : le retour".Et là, en ce mois de Mai 2016 (oui, il m'a fallu un mois pour pondre mon billet : je ne suis pas toujours rapide, pour les compte rendus !) paf, voici venir : "Côtes de Castillon (et autres Côtes) 2012".
C'est donc l'occasion, 1 an après, de goûter à nouveau les vins de ce même secteur sur ce même millésime, et potentiellement de re goûter certains des vins de l'une ou l'autre session de l'année précédente.
En fait je savais que ce serait un peu plus que potentiellement puisque j'étais (re)venu avec un de mes chouchous sur le secteur : le Côtes de Castillon d'Alain Tourenne, au Château Beynat.

Photo I. Sériot


A ce stade il faut noter que, grâce au travail préparatoire d'Isabelle, chacun goûte à l'aveugle. Même (surtout !) le vin que l'on a amené et qu'elle a préalablement carafé et anonymé.

Mais pourquoi mon couplet introductif sur les jours racine et leurs supposés effets délétères sur le fruité des vins ?
Bien sur parce que ce jour là nous étions bel et bien en jour racine et que certains participants l'ont fait remarquer avant, pendant ou après la session.



Et la dégustation des vins dans tout çà ?
Photo I. Sériot

Il y avait, par exemple, le Domaine de l'A (2012).
L'année précédente je n'avais pas noté la bouteille dégustée tant le vin était acescent. Là c'est un très beau vin au nez et à la bouche qui offrent un véritable panier de fruits (même en jour racine), harmonieusement complété et soutenu par un élevage de qualité. Bouche ample, équilibrée et finale des plus plaisantes.
C'est clairement mon préféré de la session.

Photo I Sériot
Et bien sur le Beynat - Côtes de Castillon (2012)
Là aussi beau nez complexe et ouvert sur une bouche bien construite ... du moins jusqu'à la finale trop rugueuse. En tous cas bien plus rugueuse que l'année dernière.
On pourra attendre un jour fruit pour l'ouvrir ou, me semble-t'il de façon plus sûre, attendre 1 ou 2 ans de plus pour y revenir, le temps que tout cela se fonde.
Il est dans mon trio de tête, mais avec un rien de déception au vu du plaisir que ce vin m'a apporté précédemment et que je n'ai pas retrouvé ce soir .




Photo I. Sériot
Également le Clos Puy Arnaud 2012
Si ce vin était l'un de mes préférés lors de la précédente session, grosse déception sur ce coup là : si le nez reste plaisant, la bouche me semble bien légère et la finale marquée par une acidité et une sécheresse excessives.
Il n'y a plus guère de plaisir sur ce vin, à ce stade. Peut-être faut-il aussi l'attendre ?

En tous cas je n'aime pas du tout et le mets donc fort - de mon point de vue - logiquement en dernière position à égalité avec un Fontbaude (2012) dont la finale me donne elle aussi des frissons rétrospectifs et qui, en outre, me semble un peu chargé en volatile.
P
our être complet j'ajoute que j'ai jugé défectueuse la quille de Franc La Fleur - Cuvée Mouna (2012) qui nous a été proposée et que je ne l'ai donc pas notée.

Le second de ma top list a été le très beau d'Aiguilhe ... mais celui est sans doute hors concours puisqu'il s'agissait d'un genre de pirate : un 2001.


Après quelques autres vins dont il ne me semble pas utile de parler (ce billet est déjà bien trop long), vient le moment du repas et de la seconde série de vins que certains ont amenés pour les partager.
Là, bien sur, l'apporteur (et lui seul) ne goûte pas à l'aveugle.

Pour ma part j'étais venu avec deux blancs de Loire que j'affectionne particulièrement.
Deux belles expressions du Chenin :


Domaine des Baumard (Savennières) : Clos du Papillon (2006)
Belle robe qui commence à virer à l'or tout en restant pâle.
Nez de poire mais aussi de coing et de truffe, pour autant ce qui marque au premier abord c'est la minéralité exubérante de ce vin.
Bouche ample, ronde, tendue. Beau fruit, minéralité encore qui tire vers le naphte (on est en jour racine, faut dire). Longue et belle finale.
J'aime décidément beaucoup ce vin.

Il m'en reste trop peu : je ne sais pas attendre.


Benoit Gautier (Vouvray) : Cuvée Saint Martin (2011)
C'est la version bec à sucre des vins de Benoit, et c'est un infanticide.
Mais infanticide ou pas : c'est quand même vachement bon !
La poire toujours, bien sur les épices et le coing, le tout enrobé de douceur. Encore très jeune, ce nez.
Bouche ample et douce, très belle aromatique. Belle chair autour d'un squelette acide qui allège le vin.
Longue, très longue finale pour couronner le tout.
J'oublie les bouteilles qui me restent pour quelques longues années (enfin, j'essaie de les oublier et ce ne sera pas facile).


Parmi les surprises de fin de soirée il y avait aussi cette bouteille du
Domaine du Bouscat, avec l'un des 3 Bordeaux sup de François Dubernard : La Gargone (2006). En fait il y avait aussi un 2011, mais comme j'ai préféré le 2006 ...
Comme toujours, la teinte et sombre et le vin de toute évidence concentré et encore fort jeune.
Nez attirant avec un beau fruit épicé, mais un élevage encore un peu trop présent.

Ça peut faire craindre la bouche, il n'en est rien : la bouche est elle aussi concentrée, mais avec un beau volume et des tanins de grande qualité. Beaucoup de fruit et les épices douces de l'élevage qui, ici, se fait discret. Belle finale aromatique, en douceur, où l'élevage est fondu.
Très beau vin à boire (après grosse aération) ou, mieux, à attendre.


Bon ...

*
Aucun palais - et surtout pas le mien - n'est une machine 100% reproductible et 100% infaillible.
* Aucun vin, qu'il revendique ou pas la Nature, n'est figé pour l'éternité : il subit tout au long de sa vie des variations dans son expression. Pour faire simple et caricatural : il passe du fruit frais de sa jeunesse au bouquet truffé de son apogée.
* Les conditions extérieures influent tant sur les dégustateurs que sur les vins. Et par "conditions extérieures" je ne veux absolument pas parler de la position de la Lune devant telle ou telle constellation ! mais, plutôt, de l'appétit du dégustateur, de son état physiologique et sa fatigue éventuelle, de la température et la pression atmosphérique au moment de la dégustation, du type de verre utilisé, de la taille et la forme de la carafe, du temps de carafage, etc .... etc ... sans oublier les variations que l'on peut avoir de bouteille à bouteille (quel lot ? quelles conditions de bouchage et conservation ? j'en passe et des meilleures ...).

Il me semble donc périlleux d'attribuer les variations constatées par tel ou tel groupe de dégustateurs à l'effet de la circulation de la Lune devant les galaxies lointaines.
Pour autant et pour certaines bouteilles, nous avons bien d'une année à l'autre observé des variations de la qualité ressentie. Et ces variations pouvaient être considérables.
Ceci dit
hors défaut rédhibitoire, comme pour l'A dégusté en 2015 et, peut-être, le Franc Lafleur - cuvée Mouna ou le Fontbaude (2012) dégustés en 2016.

De là à attribuer ces variations entrainant, parfois, une perte de qualité ressentie au fait que la Lune se trouvait ce soir là en Taureau ou en Capricorne, comment dire ...

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