mardi 21 juin 2016

Je te dis que c'est pas mûr (et qu'on est en jour racine)







Quand je suis allé chercher mes Clos Manou (2014) achetés en primeur, Françoise Dief m'a signalé qu'ils n'avaient été mis en bouteille que 2 ou 3 semaines avant et qu'il ne fallait donc pas que j'y touche avant un moment : ils se goûteraient trop mal.
J'ai promis de ne pas en ouvrir avant longtemps.
Et j'ai tenu parole : il m'a fallu 10 jours avant d'attaquer la première bouteille !

C'était en deuxième partie de la dégustation "Bordeaux Rive Droite 2005" organisée chez Isabelle et Daniel Sériot.
En effet Daniel avait lui aussi acheté du Clos Manou 2014 en primeur, des bouteilles qui l'attendaient à Saint Christoly. Comme il n'avait jusque là pas eu l'occasion de goûter ce millésime, il m'a semblé que c'était l'occasion de plier la première quille du lot pour qu'il y goûte, ainsi que les autres participants.
Et moi aussi par la même occasion :-).

Cette dégustation "Rive droite 2005" était la dernière séance du "Club de dégustation Jean Melin" animé par Daniel et Isabelle.
Et je commence à croire que tout cela est un complot, que Daniel et Isabelle sont des trolls qui cherchent à nuire à ma réputation jusque là irréprochable.

Oui : One Was Not Enough, car pour la seconde fois consécutive cette dégustation était en plein sur un jour racine !
et qui me lit sait l'importance que j'attache à ce genre de choses (pour ensuite pouvoir faire de la provoc à deux balles sur ce blog).





Comme à chaque fois nous étions une dizaine avec, donc, une dizaine de bouteilles à déguster et commenter. Bien sur à l'aveugle et après carafage conséquent.







Pour ma part j'avais amené un Saint Emilion Grand Cru : Grand Corbin Manuel (2005) ... qui s'est 
avéré bouchonné.

Bon, j'y suis pour rien, hein ? Mais çà fait braire quand même d'amener un vin bouchonné.
Dans la série, le Saint Emilion Grand Cru  LYNSOLENCE (2005) était, lui aussi, bouchonné. La faute à pas de chance, mais ç
a commence à faire 2 quilles sur 10.



Pour le reste quelques vins sortaient du lot, mais peut-être pas de la même manière pour tout le monde !?
Enfin, un vin surtout.


Je pense à La Gargone (2005), Bordeaux supérieur de François Dubernard, au Domaine du Bouscat.
Ce vin, nous sommes 4 à l'avoir mis en première place ... les 5 autres l'ont, eux, trouvé défectueux et ne l'ont donc pas classé.
Ça calme.
Compte tenu que les deux groupes étaient chacun sur une table distincte, bien que côte à côte, c'est peut-être qu'au delà du jour racine, l'une de ces tables avait été mise sur un nœud tellurique ?
Quoiqu'il en soit de l'explication de la chose, il est évident que le nez de ce vin était bien réduit. De là à dire que la réduction, et celle là en particulier, est un défaut rédhibitoire il y a un pas que je franchis d'autant moins qu'après aération il y a toute une palette de fruits accompagnée de notes réglissées.
Grosse matière en bouche, aux tanins présents en quantité mais soyeux. Du volume, de la puissance, du fruit ... et une finale qui a encore besoin de finir de se fondre, mais qui se fondra !
Très beau vin qu'il faut attendre (ou réserver à des plats solides). Alors si certains de mes lecteurs en ont en cave et estiment que ce vin est à rejeter je suis prêt à recevoir leurs offres.



C'est un festival, cette affaire là.
Un festival car sur la seconde place du podium je mets un autre Bordeaux Supérieur du même François Dubernard au Domaine du Bouscat : son Portes de l'Am (2005).
Encore un gros vin !
Nez de très belle intensité, fruits noir, fruits rouges, bois précieux.
Puissance et beaux tanins, du fruit.
Finale sur la puissance mais sans dureté. Belle matière, très bel équilibre.








En fait le trio de tête est dans un mouchoir de poche, ces vins étant différenciés par leur note, puisqu'il en faut une ... mais ces notes, proches, je ne les précise pas ici, tant on est dans le relatif et le subjectif, ce qui est un comble quand on en vient aux valeurs chiffrées !

Bref mes trois préférés témoignent d'un choix et d'un goût très plébéiens : deux Bordeaux supérieurs ... et un Vin de Table.





Certes pas n'importe quel Vin de Table pour n'importe quelle table puisqu'il s'agit du Défi de Fontenil (2005).
J'avais goûté ce vin il y a un an, il était alors en magnum et n'avait pas été carafé ... et m'avait enthousiasmé (ainsi que les autres participants à la soirée).
Là c'est pas en magnum, çà a été carafé quelques heures avant et c'est vachement bon, sans toutefois égaler mon souvenir (le charme des premières fois, et tout ce genre de chose. Puis il y a aussi qu'on est en jour racine, faut pas l'oublier ..).
Superbe vin quoiqu'il en soit. Car il y  a du vin, et ce vin se fond bien avec le bois qui l'accompagne au lieu de le dominer. Belle trame tannique, en souplesse et délicatesse malgré la grosse matière. Beau fruit, finale qui resserre et s'achève longuement.
J'aime beaucoup. Beaucoup car il y a là un vin complet et équilibré, or ce soir là sur ces vins là j'ai régulièrement été sur la réserve du fait d'élevages encore bien trop sensibles. Et à ce stade (2005) j'avais aussi, surtout, envie de vin. Juste de vin.


Il y avait aussi un très beau Saint Emilion 1er Grand Cru 
ClasséBeauséjour Duffau Lagarosse (2005)
C'est mon troisième ex aequo, ce vin.
Très belle aromatique sur le fruit et la fleur, bouche ronde, aimable, aux beaux tanins qui font plus sur le charme que sur la puissance. C'est fin, harmonieux et équilibré et doté d'une finale plaisante, ce qui donne un vin qui n'est qu'au début de son existence.
J'aime beaucoup.

A propos de Saint Emilion 1er grand Cru Classé : il y en a un que j'ai eu plusieurs fois l'occasion de goûter chez Daniel et Isabelle (merci merci merci !) et auquel je n'arrive pas toujours à me faire : Pavie Macquin.
Qu'on ne s'y trompe pas : ici il s'agit plus d'une question de goût personnel que d'appréciation qualitative. Encore une fois cette histoire de validité de la note ... que Daniel a résolue de façon intelligente en mettant deux notes : technique et plaisir.
Si j'avais beaucoup aimé le 2012 , et moins aimé une autre millésime que je ne retrouve pas sur ce blog (...), dans la version 2005 c'est beau, c'est bon ... mais çà me parle moins que bien d'autres vins de la série.
Sans doute à cause de la fraîcheur qui tend le vin, et lui confère cette finale un peu raide.
Qu'y puis je ? A part attendre 10 ans de plus pour goûter à nouveau alors que l'élevage sera fondu ... ou quelques heures de plus, comme ce soir là, pour trouver une nette amélioration (mais à étiquette découverte et le palais peut-être un peu tapissé. C'est pourquoi je ne change pas ma première idée).

D'ailleurs, c'est cette fraîcheur plus ou moins décelable dans tel ou tel vin qui me donne une partie de mon titre, en rappel de délicieux échanges en forme de :
- "çà c'est pas mûr",
- "mais non : cette acidité là c'est une acidité mûre"
- "je te dis que c'est pas mûr"
Les intéressés se reconnaîtront et reconnaîtront le vin dont il s'agit. Puis ils me pardonneront peut-être.

Il faut quand même, aussi, citer les jolis d'Aiguilhe, Acapella (beau vin cet Acapella (2005) !) et Canon La Gaffelière.
De jolis vins au bon potentiel, mais qui - à l'exception d'Acapella - me semblent souffrir d'élevages encore trop marqués à mon goût.
D'autres vins, enfin, m'ont paru moins convaincants, je pense en particulier à Fleur de Saussac, Les Gravières et, enfin, Fleur de Bouard.
Tout ce "petit" monde étant, bien sur, en 2005.

Bien sur il ne s'agit pas là de l'opinion générale (mais vu que c'est mon blog à moi ...)



Du côté des bouteilles perso pour la deuxième partie de soirée, j'avais opté pour un vieux blanc et, donc, un jeune rouge : Bourgogne (Côte de Beaune) pour le premier et Bordeaux (Médoc) pour le second.
Savigny les Beaune 1er Cru (2005) "Aux Vergelesses" chez Machard de Gramont.
L'une des dernières bouteilles témoignant d'un passé heureusement révolu mais qui a laissé quelques belles épaves, comme celle ci.
La thématique était "rive droite 2005", compte tenu du double fait que ce vin est un 2005 et que Savigny lès Beaune doit bien être sur la rive droite de quelque chose, ce choix s'imposait de lui même !
Ce pinard a un peu plus de 10 ans et est toujours un jeune gaillard ! Nez de fruits à noyau, aux notes épicées. Belle bouche sur le fruit, léger épicé, très rond et ample. Fraîcheur qui tend le vin et le prolonge sur une longue finale.
J'aime beaucoup.
C'était la dernière : c'est ballot, çà peut encore attendre.


Et, donc, le Clos Manou (2014) tout juste sorti du chai, ou presque (pardon Françoise).
Pardon que dalle en fait : le vin était superbe. Il faut dire que je l'avais carafé à 15h30 et que nous l'avons bu vers 20h30 ou 21 h !
Superbe tant au nez qu'en bouche.
Très belle matière, élevage déjà intégré qui vient en parfait contrepoint du vin.
C'est dense, c'est beau, long ... et je regrette déjà d'en avoir acheté si peu (dont à peine 2 magnums).
Depuis 2013 : beau vin qui tire le meilleur (et peut-être un peu plus ?) du millésime, il y a me semble-t'il eu une sorte de virage au Clos Manou. Enfin pas un virage, plutôt une adaptation de la trajectoire.
Bien sur, avec ce 2014, à l’œil comme en bouche on
 est toujours sur la concentration, la maturité et l'extraction du meilleur du raisin, sans excès. Mais, en plus, la gestion du bois est devenue un peu moins "médocaine" pour s'affiner. On gagne donc en élégance, en pureté et en finesse sans rien perdre en puissance.

J'aime vraiment beaucoup ce vin (Aussi goûté, au chai, le Petit Manou (2014). C'est une belle quille précise, sur le fruit, avec une jolie matière. Beau vin de plaisir à boire dès maintenant et sur quelques années).
(et je précise, pour être sur d'être bien compris, que j'ai encore des 09 / 10 / 11 / 12 /13 à la cave et que, même s'il y a, me semble-t'il eu une évolution dans le style, tous sont superbes).


Par ailleurs, il y avait aussi le 2006 des Portes de l'Am.
Business as usual : dès l’œil ça envoie du lourd. Nez ouvert et expressif (ben ouais, il fait pas que des vins réduits ce garçon ...) où l'élevage est déjà bien intégré. Matière imposante mais avec une belle trame tannique, et un fruité plaisant. La finale se prolonge de belle manière.
Encore une très jolie quille.


Puis entre autres quilles il y avait un Gewurztraminer de bon aloi et d'âge respectable.
Était-ce un VT ou un SGN ?
Chez qui ?
Je ne sais plus : j'avais arrêté de prendre des notes.


Une preuve de plus qu'il faut :

Consommer avec modération.
L'abus d'alcool est dangereux pour la santé.


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