lundi 4 juillet 2016

Des vins de terrasse, un carambar et quelques gravures




L'invitation à déguster les inclassables lors de la soirée organisée par Terre de Vins le 23 Juin tombait à pic pour re-goûter quelques vins perdus de vue (perdus de palais !) depuis trop longtemps, mais aussi en découvrir d'autres que j'ignorais encore.

Il suffisait d'arriver suffisamment tôt pour échapper à la probable cohue (qui n'a finalement pas eu lieu ... il faut dire que "Bordeaux fête le vin" commençait sur la rive d'en face !)
.


Une fois sur place, d'abord faire un tour du côté du stand du Château Charmail.

Au delà du fait qu'il y a là de forts beaux vins (et un si beau lieu), d'une certaine façon Charmail est le point de départ de mon activité de conseil en Médoc.

La charmille de Charmail

Non pas que j'ai jamais travaillé avec eux en conseil ! C'est plutôt qu'en ce 1er Septembre 2011, alors que je découvrais - professionnellement parlant - le Médoc : je me trouvais dans le Château lorsque la grêle s'est mise à tomber sur Saint Estèphe (en particulier le plateau de Cos) et ses alentours plus ou moins immédiats.
Si les vignes de Charmail furent épargnées, la frayeur n'y a pas été moins forte.


Y a pas de hasard : ce soir là Bernard d'Halluin proposait son 2011 à la dégustation
(ainsi que le 2014) :

Château Charmail (2011)
Déjà très accessible et charmeur par son fruité (mûre / cassis) et ses notes d'élevage.
Bouche fruitée, fraîche et élégante.
Jolis tanins, bien extraits puis enrobés.
Sans sacrifier à la matière et en dépit d'une finale encore austère, c'est un beau vin dès maintenant et sur les années à venir.



Château Charmail (2014)




Là on change de registre avec une concentration supérieure, sans pour autant perdre en équilibre et en élégance.
Beau nez sur le fruit noir et mûr, les épices (poivre), et un élevage déjà bien intégré (le bois neuf est, il est vrai, limité à 25%).
La bouche est ample, ronde, de beau volume. Tanins élégants, bien mûrs et enrobés. De l'harmonie grâce une fraîcheur qui équilibre le vin et mène à une jolie finale aromatique.
Très joli vin à attendre.




C'était 
aussi l'occasion de croiser à nouveau Hervé Romat et de goûter à son






Grand Maison (2015)
:
un beau vin porteur de promesses 
qu'il ne lui reste plus qu'à confirmer en profitant de l'élevage en cours.
En l'état : beau fruit, jolie matière dense aux tanins déjà soyeux. Bon équilibre et longueur de bon aloi sur le fruit et déjà quelques notes réglissées.












Château Mauvesin Barton (2011)

Ce vin est lui aussi une sorte de réminiscence du passé, un passé récent dans le charme du parc du Château du Foulon.
D'ailleurs il y a de çà dans ce vin : c'est fin, frais, élégant et plaisant comme l'ont été certaines après midi.
Joli fruit, notes florales, bouche souple, ronde et légère. D'ores et déjà plaisant à boire, quasiment friand.


Château Mauvesin Barton (2012)
Robe sombre, nez de fruits rouges avec un élevage encore bien présent (grillé / vanillé). Bouche équilibrée, aux tanins fins. Longueur de bon aloi, avec l'empyreumatique qui prolonge le vin.
Joli matière, joli vin, mais finale encore raide du fait de la fraîcheur jointe à l'élevage qui durcit la fin de bouche ... comme la majorité des 2012 que j'ai récemment goûtés. Malgré cela : beau fruité / épicé final.
A revoir d'ici un an ou deux, car le vin sera certainement bien mieux en place tant il y a là une jolie matière sur un joli vin, quoiqu'il en soit de cette sensation finale.




Peu avant j'avais goûté un très joli 2001 du Château d'Aiguilhe.
Un vin qui, après un série de 2012 assez austères, m'avait littéralement enchanté.
Du coup je suis venu au stand avec curiosité, d'autant plus qu'il y avait les promesses du 2010 ... mais aussi un 2012 à comparer à ses petits camarades, encore tout frais dans ma mémoire.




Château d'Aiguilhe (2010)

Robe sombre et jeune qui annonce la concentration.
Notes de fruits noirs, d'épices, avec le toasté d'un élevage encore sensible.
Belle matière dense, mais sans dureté grâce aux tanins déjà polis. Jus de cassis. C'est rond, ample et d'une belle longueur. Et c'est à attendre. Longtemps, car çà en vaut la peine.
Gros vin !




Château d'Aiguilhe (2012)


La matière est plus légère que sur le 2010, avec une trame tannique moins dense mais néanmoins de belle qualité. Très beau nez de fruits rouges, fruits noirs, floral et notes épicées que l'on retrouve ensuite en bouche. Tanins suaves puis finale encore un rien austère. A revoir (et certainement à boire avec plaisir) d'ici quelques années.
Beau potentiel.





Château de Côme (2012)

Robe soutenue, nez sur le fruit noir et la prune. Elevage encore sensible.
Bouche ronde, avec un joli fruit.
Vin plaisant, dans un style plutôt accessible grâce à son fruit sa fraîcheur. L'élevage est encore présent, compte tenu de la matière et du style du vin. A revoir d'ici une paire d'années, même si çà se boit bien dès aujourd'hui.



Quelques jours plus tard (oui, je triche) j'ai eu la possibilité de goûter - avec un accord mets et vin inattendu mais pas totalement délirant - à un autre vin du même propriétaire :

Château de Clauzet (20
09).
La matière est belle et le vin déjà très plaisant à boire.
Tanins de belle maturité, qui donnent du volume sans dureté. Du fruit, sur un élevage bien géré qui soutient et prolonge le vin sans masquer son expression. Un vin complet, déjà très plaisant et taillé pour la table. Toutefois il va gagner en complexité et en potentiel de plaisir d'ici quelques longues années.
Jolie quille avec un écho rigolo sur le Carambar : pourquoi faudrait-il forcément se prendre le chou pour les accords mets et vins ? (même si je doute reproduire la même expérience si un autre Clauzet 2009 finit sur ma table).

Petit Bocq (2013)

Pas le millésime le plus facile, 2013. On y trouve pourtant de belles réussites et de jolis vins.
Robe dense. Nez de cassis et pivoine. Notes torréfiées.
Bouche ronde, concentrée, charnue et équilibrée. Joli fruité. Finale qui se prolonge sur les épices boisées
. Presque prêt à boire. Beau vin.




Une fois la dégustation finie il ne restait plus qu'à prendre un peu de temps sur l'agréable terrasse de la Banque populaire, sans penser aux vins laissés de côté, pour profiter de la vue (et aussi de la Samba de rue en contrebas. Samba de rue qui était aussi, de toute évidence, une session de Samba pour les sourds et malentendants ...).
Quand ton verre est vide et qu'il est trop tard pour le remplir à nouveau, il ne reste plus qu'à profiter du paysage ...




C'est donc là qu'une voix a retenti pour
me dire :
"mais votre verre est vide !".
Le dit verre se remplissant aussitôt de :

Siran (2010)
Il y a pire remplissage !
Nez fin et élégant sur les petits fruits rouges, les fruits noirs et les épices douces (léger vanillé). Belle maturité.
La bouche est ample, dense et suave avec une matière là aussi élégante et presque aérienne. La finale est déjà en place, longue et élégante (élevage encore un rien sévère).
Jolie quille car on a déjà un vin de plaisir qui est bien en place. Mais il gagnera en complexité si on a la patience de l'attendre encore.
(Merci au généreux donateur !)


Au moment de partir on me remettait le n°40 de Terre de Vins. Riche idée, même si j'aurais bien sûr préféré En Magnum n°4 (un peu d'auto promotion ne peut pas nuire).

Quoiqu'il en soit : si l'intention est louable, il n'en reste pas moins que feuilletant rapidement la revue je tombais, vers la fin, sur un entretien avec Lalou Bize-Leroy.

Dans un autre billet de ce blog j'ai déjà fait état de mes réflexions à propos des déclarations de la dame en question. Je n'y reviens donc pas, j'y reviens d'autant moins que cette interview n'appelle pas grand commentaire ... du moins si j'arrive à faire abstraction de la photo qui l'illustre !



(c) Terre de Vins



Ouaip : en arrière plan on voit toute une série de (belles) gravures qui détaillent le plan de montage d'un remarquable grand pressoir vertical.
C'est très beau.

C'est très beau, mais l'ensemble de ces gravures a été ôté du deuxième tome du passionnant bouquin de Nicolas Bidet : "Traité sur la nature et sur la culture de la vigne", dont la première édition remonte à 1752 (il y en a une seconde dont la date m'échappe).
Et ça me gonfle à un point inimaginable, quand je tombe  au choix sur un bouquin qui a été découpé pour en enlever les gravures ou sur les dites gravures qui ont été enlevées pour être encadrées et accrochées à un mur, comme des trophées.

Là on n'a pas tué telle ou telle bestiole en voie de disparition plus ou moins prononcée, mais "seulement" un beau vieux bouquin au demeurant fort rare.

M'énerve.
Vraiment.

M'énerve car j'aime parfois me donner l'impression que ces bouquins, les collectionnant, je contribue à les sauvegarder.
Même si ce n'est qu'à une échelle infime.

Nicolas Bidet (1752) : "Traité sur la nature et la culture de la vigne" T2.

Enfin, positivons :  cette photo aura au moins eu le mérite de me rappeler que les miennes de gravures, faudrait penser à les restaurer. Au moins celles qui ont cette vilaine déchirure, histoire de m'assurer qu'elle ne grandira pas.


On a tous nos indignations qui au moins pour certaines peuvent sans doute paraître bien insignifiantes aux yeux d'autrui.

M'énerve quand même

Et c'est dommage de finir cette belle soirée sur une telle note ...





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