lundi 7 novembre 2016

Il voulait voir des anges

Il y a une belle programmation baroque, à l'Auditorium de Bordeaux. Et une tout aussi belle salle au service de cette programmation, ce qui ne gâche rien.
Cette année encore j'y suis abonné.



Le 3 Novembre c'étaient les 120 ans de la Librairie Mollat et, pour l'occasion, un concert un peu Campra (Messe Ad Majorem Dei Gloriam) et beaucoup Vivaldi, le tout sous la direction d'Hervé Niquet et, donc, avec Le Concert Spirituel.

Belle librairie, Mollat !

A Bordeaux j'en fréquente deux : Mollat donc, mais aussi la petite et agréable La Machine à Lire. Il y a peu, LML proposait une rencontre avec Jim Fergus, autour de son œuvre en général et de "La vengeance des mères" en particulier.

C'est un type sympa et intéressant Jim Fergus, un type qu'il a été très agréable de croiser, même aussi rapidement.

Mollat est d'une toute autre dimension, avec un choix et un éclectisme remarquables.

Leurs 120 ans, donc.
Avec un concert qui s'annonçait beau.

Merci Mollat
(merci aussi pour la belle idée du "Dictionnaire amoureux")

Dès le stade des présentations, H Niquet nous annonce que oui, oui, il n'y a que des femmes dans le chœur.
Dans les chœurs, que des femmes ?
Oui : nous serons donc "à voix égales" et c'est un genre de surprise puisque je ne connais le Gloria que par des chœurs mixtes. 

Le Gloria (RV 589) est sans aucun doute l'oeuvre de Vivaldi qui m'enthousiasme le plus et depuis le plus longtemps.
Aussi l'une de celles qu'il ne m'avait jamais été donné d'entendre en concert.
Il y en a plusieurs versions dans ma discothèque, chacune plus ou moins différente des autres, mais toutes sont joliment interprétées par des chœurs mixtes.
C'est ce genre de chose, ces différences plus ou moins marquées, qui nourrit mes interrogations sur l'intention d'origine, ce questionnement du genre :

"ouais, ok, c'est beau, c'est même superbe. Mais putain c'est pas pareil. Alors c'est quoi l'intention d'origine, c'était comment au début ? Le mec qui l'a imaginé, qui l'a créé : il l'a pensé, et entendu comment avant de l'écrire ?".
A l'occasion du Festival de Musique Baroque de Beaune il y avait eu une belle rencontre avec Didier Charton et ses vins, une rencontre avant (puis au cours de) laquelle le sujet avait été abordé et bien défriché.




Là, l'idée d'entendre le Magnificat, puis le Gloria avec le bonus de quelques Psaumes (le 121, le si beau 113 (In exitu Israel) et enfin le 147) dans une version chantée exclusivement par des femmes me fait penser que, peut-être, on s'approchera de ce que Vivaldi avait initialement conçu, à et pour la Pieta !?
Quand bien même c'est Vivaldi qui a, bien sûr, éc
rit la version pour chœur mixte.


Didier, à ce stade j'ai tout bon ou je suis déjà dans les choux ?


En tous cas, au delà de l'entame avec Campra (l'aixois que je connais d'abord et bien sûr pour son Requiem, puis au travers de Notus In Judea Deus, d'Exaudiatte Dominus et enfin du De Profundis), dès le Magnificat il y a une profondeur, une matière, une densité étonnantes dans cette interprétation.
L'
œuvre n'est, en rien, appauvrie par le double chœur de femmes.



Juste avant le Gloria viennent quelques mots d'Hervé Niquet contant la mésaventure de JJ Rousseau à la Pieta : 
"Il voulait voir des anges, il a vu les abîmes de l'Enfer. 
Ah, ah.
Bien fait."
Chacun sa croix : pour ma part plus que les anges et les enfers, de la Pieta je garde en mémoire un réjouissant "But why ?" très vivaldien.
Ensuite c'est donc le Gloria.
Et c'est très beau ce Gloria, ce qui - au delà de la question un rien stérile de l'intention de départ - est sans doute suffisant. Très beau, très familier et en même temps très nouveau.
Pour autant dans ce sentiment de nouveauté, de profondeur accrue, quelle est la part du double ch
œur de femmes et de l'écoute en vrai, dans une salle à la belle acoustique ?

Bien malin qui sait y répondre.
Moi je ne sais pas.

Et peut-être est on là, à nouveau, dans un questionnement très esthétique (pour ne pas dire esthétisant) qui pourra rappeler bien d'autres questionnements verbeux (et vineux) à propos de l'approche et la dégustation du vin !?

Quoiqu'il en soit voici un lien vers un enregistrement récent de ce même concert par ces mêmes interprètes :





(Le Magnificat commence à 9:16 et le Gloria à 31:30)

Vin et musique ?
Le même soir il y avait une dégustation au Wine Boutique Hotel, juste à côté donc. 
Une dégustation sur une thématique intéressante : "soirée vins du Monde" (de l'Amérique Latine à la Nouvelle-Zélande en passant par l'Espagne et les Balkans).




Au sortir de l'Auditorium, après le rappel (superbe "domine fili unigenite") il était facile de glisser jusque sous le lustre du lieu où Martin officie (il y a aussi une belle cour intérieure mais il commence à salement cailler). 



Glisser, mais trop tard pour la dégustation et presque trop tard pour manger quelques agréables petites choses goûteuses en buvant un Savennières - Clos du Papillon (2014) du Domaine Closel.





Très joli vin, ce soir là.
Très joli vin par son ampleur, son gras et sa vivacité qui relance le tout.
C'est long et doté d'une intéressante aromatique sur le fruit mûr, les agrumes et les fruits secs. Belle complexité encore augmentée par les premières notes d'évolution.

Notes d'év
olution ?
Du coup je suis un peu circonspect : si ce soir là c'était vraiment très agréable à boire, 
pour qui le mettrait en cave ce (encore léger) côté évolutif sur un 2014 me laisse perplexe quant au potentiel d'évolution de ce vin sur les 10 prochaines années (il faut dire que je suis en train de finir - avec plaisir mais quelques regrets de les voir déjà épuisés - les 2006 de ce même Clos du Papillon, interprété par le Domaine des Baumard).

Le lendemain c'était mon anniversaire.
Je suis un peu plus jeune que la Librairie Mollat, ce fut donc un anniversaire sans Vivaldi (mais avec un peu de Purcell).

Ensuite suivait un beau week-end s'achevant "en matinée" (donc à partir de 15 h) en ce même Auditorium, cette fois avec l'Armide de Gluck, Opéra baroque (en version concert) dirigé par Marc Minkowski.
De beaux interprètes au service d'un intelligent livret (c'est pas si fréquent ...) qui nous raconte la triste histoire de Renaud, chevalier qui, dans son armure passée au Miror, a tous les attributs du con glorieux lorsqu'il dédaigne l'amour d'Armide, une bombe sexuelle démoniaque malheureusement dotée d'un cœur de midinette (j'ai toujours préféré les sorcières (surtout aveyronnaises) aux Blanche Neige).

Mais c'est une autre histoire ... que je raconterai plus tard puisqu'elle s'accompagne de belles personnes et de beaux vins lors de la si agréable soirée d'anniversaire (surp
rise).


2 commentaires:

  1. Merci pour tous ces partages; un bonheur de se promener sur votre blog

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    1. Ben non : merci à vous !

      Ceci dit, mes commentaires sont bien sur à prendre avec précaution et on n'est jamais obligé de les partager, à preuve cet extrait d'un récent échange à propos de ce concert, avec Didier Charton que j'évoque dans le billet :
      "En concert, c'est toujours bien plus agréable (sauf effectivement s'ils sont très mauvais, mais en général je pars avant la fin si c'est le cas :D )
      Pour la version voix de femmes, il faut que je me pose pour l'écouter sereinement et je te redirai, mais pour ce que j'ai écouté, il me manquait vraiment quelque chose, que le changement d'effectif ne comblait pas par autre chose. En fait, la profondeur des basses qui assoient l'harmonie et le timbre des ténors qui l'enrichit ou la fait sonner, me semblaient manquer. Mais ce n'est qu'un avis à deux balles à la va-vite ;)"

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