samedi 26 novembre 2016

Les 4 saisons du beaujolais nouveau



Avec "La Sarabande" de G.F. Haendel (grâce au Barry Lindon de Stanley Kubrick ?), "Les 4 saisons" d'Antonio Vivaldi fait (grâce à "Pôle Emploi" ?) sans doute partie des morceaux baroques (et plus généralement de "musique classique") les plus connus et entendus.


A tel point qu'il est de bon ton de les dédaigner, tout particulièrement "Les 4 saisons" : cette musique de - au choix - ascenseur / répondeur téléphonique / parking.

Certains pourront même se sentir autorisés à baver sur cette musique "mineure", tout en portant au pinacle des trucs électropunk branchouille d'un intérêt musical discutable.

Mais nous verrons bien qui, dans 3 ou 4 siècles, sera encore diffusé dans les parkings et les ascenseurs (s'il y en a toujours). Et ce même si prendre Vinci ou Roux Combaluzier Schindler comme arbitres des élégances musicales est un parti pris qu'on peut ne pas partager.

Pour faire écho à un de mes récents billets, je trouve la musique de Vivaldi à la fois très humaine et presque miraculeuse.
Encore que son "Gloria" (en particulier le "Et in terra pax", puis le "Domine fili unigenite") m'enchante et soit donc probablement la partie de son œuvre que j'écoute le plus souvent, j'aime beaucoup "les 4 saisons".
Aussi ses concertos pour violoncelle  ... mais il est vrai que l'Allegro final de sa Sinfonia in C major (à partir de 4'08"), n'est qu'un énorme copié collé de l'entame du "Printemps" !
Quelle grosse faignasse, cet Antonio.

"Les 4 saisons", je l'aime tant que j'en possède 3 (et non pas 4 ...) versions bien différentes :






Par ordre chronologique d'entrée dans ma discothèque il y a d'abord eu celle qui est dirigée par Trevor Pinnock.
C'est très orchestral, très bien léché et sans doute un rien planplan.
C'est propre, en fait c'est bien sous tous rapports. Tellement que c'est sans doute la version pour gendre idéal : rien à lui reprocher, si ce n'est de manquer un peu d'enthousiasme et de folie.

Après est arrivée celle de Janine Jansen.
Là, on bascule vers la "musique de chambre" avec, dans la chambre, un petit air de famille (car 2 autres Jansen figurent aussi sur l'enregistrement) qui amplifie peut-être le sentiment d'intimité et de complicité ?
C'est très beau, très gai, presque ludique.
"Vivaldien" quoi.
C'est tellement ludique qu'il n'est pas impossible qu'elle force un peu sur les pizzicati, dans l'Allegro final de "l'Automne". A la première écoute c'est étonnant, ensuite on s'y fait et çà fonctionne bien.
Pauvre Stradivarius quand même ...
Du coup, son automne prend un petit air sauvage que l'on retrouve ensuite dans l'hiver presque glaçant avec son côté "Quand la bise fut venue".
Un hiver à l'écoute duquel on se sent cigale fort dépourvue, et c'est très beau.


Plus récemment j'ai acheté l'interprétation de Nemanja Radulovic.
Et il envoie du bois, le garçon !
A tel point que son "Automne" pourrait sans doute servir de fond musical aux scènes de chasse des "Chroniques sauvages" de Jean Rouquet : ses pizzi, bien que moins marqués que ceux de Jansen, font tout de même de très honorables coups de 12 !

Au final il propose une interprétation qui déborde d'énergie (et de virtuosité) ... même si l'Allegro du "Printemps" me semble bien lent pour un allegro (penser à en parler à Didier Charton ... qui va finir par en avoir marre).

Bref : tout çà pour dire que côté musical je ne suis pas super porté vers les machins qui se font à grands renforts de claviers et de basses issus de la pétrochimie, et sont abondamment gavés d'électricité nucléaire sous des spots psychédéliques.
Mon truc à moi c'est la nature et la tradition sur instruments d'époque. Tradition toutefois un rien réinterprétée, parfois.


Message personnel :

Non, Nicolas, vraiment : ce n'est pas toi que je vise. 
Malgré ceci.
Mais tu devrais songer à écouter Purcell.  Écouter vraiment je veux dire. S'il y a, bien sur, Ambre Moueix : pour commencer va donc aussi faire un tour vers chez Christopher Purves dans le Cold song
!


Où est ce que je veux en venir ?
A ceci : ces 4 saisons, ce truc rebattu et archi connu que l'on entend mais que l'on n'écoute pas, ou plus (passant ainsi à côté de bien des choses), c'est un peu comme le pinard, non ?
Comme certains pinards que l'on boit sans les goûter et que l'on dédaigne car trop simples, trop faciles, trop popus ... voire trop banane.
Ouais : un peu comme le Beaujolais nouveau quoi !

Considérant qu'il est plus facile d'infliger à mes amis une "soirée dégustation de Beaujolais nouveau" qu'une "soirée écoute de différentes versions des 4 saisons" : c'est donc bien d'une soirée Beaujolais nouveau (2016) qu'il s'agit !
A l'aveugle la dégustation, siouplaite.

Car goûter une série de Beaujolais nouveau, ce concept hyper rebattu, pour y chercher les variantes d'interprétation d'une partoche tellement bien connue (ou que l'on croit tellement bien connaître ?) me semble en effet être un exercice similaire à l'écoute de diverses interprétation des 4 saisons.
A savoir une activité pouvant a priori paraître inutile mais qui, sur une base sans doute prévisible, peut-être à même de révéler de belles surprises dépendant de la vision et du talent de l’interprète.
Tout ce genre de choses que l'on retrouve depuis le terroir jusqu'à la partition.


Parmi les candidats de départ (voir photo d'entame) j'avais un Beaujolais nouveau et un Beaujolais Villages nouveau venant l'un et l'autre de chez G. Duboeuf . L'année dernière 
j'avais  dégusté leur gamme de nouveaux (et certains crus) de 2015 dans leur chai, et c'était vachement bien. Vraiment. Cette année ils m'ont envoyé 3 bouteilles, qu'ils en soient remerciés.
J'y ai ajouté 3 vins (2 Beaujo et 1 Beaujo Villages) achetés, eux, chez Stéphane Thierry, à la Cave les Millésimes (à Caudéran). On est là, bien sur, dans le bio / biod / nature.
Une autre bouteille, en provenance du 620Sainte Foy La Grande), a été ajoutée. C'est du Baraou inside, donc si tu veux plus nature : tu va brouter les grappes dans la vigne !

Le tout a été dégusté chez Isabelle et Daniel Sériot, à l'aveugle et - pour une fois - sans aération préalable puisque le parti pris a été que ce sont des vins de comptoir, des vins festifs. Donc des vins que l'on ouvre et boit au débotté, sans fioriture ni complication inutile.


A ce stade il faut préciser que tout ce qui précède a été écrit avant la dégustation.
Une sorte de mise en bouche.
D'espoir aussi.
L'espoir que ce soit du Vivaldi, peut-être pas le Gloria mais du Vivaldi tout de même.
Or ce fut plutôt du Bananarama, et parfois même Bananarama interprétant Wild Life !  
Tout ce que j'aime, on l'aura compris ...
 






Les commentaires sont retranscris dans l'ordre de la dégustation.










Beaujolais Villages Nouveau
Lucien Lardy - "Vignes de 1951"
Jolie robe. Nez marqué par la banane, un rien de cassis derrière. L'attaque est fraiche et franche, jolie structure légère mais plaisante avec un mix de banane et petits fruits rouges. C'est joli mais c'est rapidement dominé par une acide prenante qui mène à une finale stridente. Dommage : ç'aurait pu être très bien.

Beaujolais Villages Nouveau
Georges Duboeuf
Plaisante robe jeune et relativement soutenue.
Nez réservé puis qui s'ouvre rapidement, dominé par les notes amyliques.
Attaque ronde, jolie matière aimable soutenue par une fraicheur présente mais retenue. Finale fraîche.
Ce joli vin finit sur le podium, à la 2ème place (à l'unanimité).

Beaujolais Nouveau
Domaine du Crêt de Bine
On est en bio et même en biodynamie, on est donc sensé exprimer le terroir (même si nous étions en jour carotte. Je veux dire racine).
La ça sent très fort le terroir, mais le terroir mouillé et accroché aux poils du setter. Chien mouillé et pharmaceutique : vin défectueux.

Beaujolais nouveau
Anthony Pérol - Pierres Dorées BIO
La couleur la plus soutenue du lot. Intense et brillante.
Cassis et banane caramélisée. C'est rigolo comme nez et donne envie d'en faire un vin de dessert sur des bananes flambées. Ou pas.
La bouche est ronde, dotée d'une belle matière. C'est équilibré. Le seul vin pour lequel la fraicheur soit contenue.
C'est bien ce vin bio et bon. En tous cas c'est mon préféré, et celui de l'ensemble des dégustateurs.

Beaujolais Nouveau
Georges Duboeuf
Robe soutenue, brillante.
Premier nez réduit puis notes amyliques et pointe de fruits rouges.
L'attaque est souple, et la matière plaisante avant de se laisser porter par la vivacité marquée.
Ça reste relativement plaisant, ce vin est donc lui aussi sur le podium (à la troisième place). 

PUR   
P.U.R. pour Production Unique Rebelle (...).
Jolie robe.
Puis au secours : c'est Chicken run !
Après un premier nez lactique : explosion  de fiente de poulet. 
Imbuvable et indéfendable.



Comme nous avons 3 bouteilles (quand on aime on ne compte pas. Quand on n'aime pas non plus, visiblement ...) nous décidons d'en sacrifier une autre, pour vérifier.  
Bonne idée !

Bonne idée car elle met en évidence la difficulté de l'exercice qui consiste à juger de la qualité d'un vin à partir d'une seule et unique bouteille (à moins que ce ne soit la mise en évidence de la difficulté que l'on a à produire une cuvée homogène et stable - même avec des délais de consommation si courts - avec le parti pris des producteurs ?)
Bonne idée, car si le nez manque de netteté c'est à un degré bien moindre et de toute évidence y a du vin, derrière.

En toute fin de soirée, quelques heures plus tard, j'y reviendrai avant de partir et cette bouteille aura bien tenu, restant plutôt plaisante en bouche. M'enfin faut pas jouer et la boire vite, ce qui est le propos de ce genre de vin.




Habituellement je ne cause pas pognon, mais là je vais faire une exception.
A l'exception du Beaujolais nouveau de G. Duboeuf (6.38 €) et de son Beaujolais Villages Nouveau (6.65 €) tous les autres se négocient allègrement entre 10 et 11 €. 
Or je trouve que 10 balles (ou plus) pour la plupart de ce que nous avons bu (surtout quand nous l'avons directement craché) çà pique un peu ...










nota :
la plupart des liens intégrés à ce billet mènent à de jolies interprétations des morceaux cités. Ce serait dommage de s'en prier en ne cliquant pas dessus !


1 commentaire:

  1. "A l'exception du Beaujolais nouveau de G. Duboeuf (6.38 €) et de son Beaujolais Villages Nouveau (6.65 €) tous les autres se négocient allègrement entre 10 et 11 €.
    Or je trouve que 10 balles (ou plus) pour la plupart de ce que nous avons bu (surtout quand nous l'avons directement craché) çà pique un peu ..."

    c'est même un vrai scandale quand tu peux acheter à 10€ des "grands" crus du beaujolais!

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