samedi 21 janvier 2017

Nouvel an : liste des bonnes résolution de l'ANPAA


Grosse période d'hibernation sur ce blog.
Il fallait une perspective absolument ébouriffante pour me faire sortir la marmotte de sa léthargie.
L'ANPAA s'en est chargée, avec son habituel brio.

De quoi s'agit il encore ?
Oh, trois fois rien : l'ANPAA a interpellé les candidats à l'élection présidentielle sur quelques points que l'on trouvera en suivant ce lien ... mais que je vais, bien sur, reprendre et commenter.

D'abord une nouvelle taxe (il est vrai que çà manquait) : 
"mise en place d’une politique de prix minimum de l’alcool"
Cette politique, lorsqu'il s'agit de la lutte contre le tabagisme, a de longue date montré ses limites (sauf en ce qui concerne le budget de l’État). Il y a là dessus un débat d'experts (plus ou moins auto proclamés) qui est particulièrement chiant et dont on trouvera traces sur le net. Je ne m'y aventure pas.


Ensuite, pour la partie étiquetage, voici ce dont il s'agit :

"Chaque boisson doit contenir, a minima, les informations suivantes par unité ou par contenant :

  • la quantité d’alcool pur qu’elle contient,
  • l’apport calorique,
  • sa composition avec notamment la teneur en sulfites,
  • sa teneur en résidus de pesticides et autres produits phytosanitaires,
  • une mention plus visible du risque pour les femmes enceintes. Le pictogramme Picto femmes enceintes illustrant le "zéro alcool pendant la grossesse", doit ainsi être présent sur chaque contenant."

Reprenons tout ceci point par point :
"la quantité d’alcool pur qu’elle contient"

Il s'agit ni plus ni moins que de faire une énième resucée de cette infographie que tout le monde a rencontré au moins une fois :


Les étiquettes d'alcools indiquent d'ores et déjà le TAV (Titre Alcoolique Volumique), avec un % d'alcool dans la boisson.
Est ce que l'indication de la quantité d'alcool en grammes par litre sera un progrès pour l'humanité et l'information du public ? 
On peut en douter.
Il me semble, mais on peut ne pas être d'accord, que le % indiqué sur les étiquettes est une information simple, immédiatement compréhensible et bien à même de permettre des comparaisons entre alcools. 

Mais soit, va pour la quantité d'alcool pur. Exemples :

Un litre de bière à 5° ?
1 x 0.8 (soit la densité de l'alcool) x 5 / 100 = 0.04 kg, soit 40 grammes d'alcool

Un litre de vin à 13° ?
1 x 0.8 x 13 / 100 =  104 grammes d'alcool

Un litre de Whisky à 40° ?
1 x 0.8 x 40 / 100 = 320 grammes d'alcool

Si on vous dit que votre quille contient 104 grammes d'alcool (ou bien 114, ou pourquoi pas 100) serez vous mieux informé que lorsqu'on se contente de vous dire qu'elle titre 13% ? 
Cela vous éviterait il de vous biturer ? 
On me permettra encore une fois d'en douter. 
Car changer les graduations du thermomètre (ou ajouter une seconde graduation dont l'échelle diffère de la première) ne me semble pas la méthode la plus à même ni de lutter contre la fièvre, ni de mieux en comprendre les causes.

 "l’apport calorique"


Par le passé, cette pignolade m'a déjà défrisé les bigoudis de la marmotte.
J'en parlais abondamment dans un billet dont je ne saurais trop recommander la lecture.

Je me contente donc d'en reproduire ici un bref extrait :

"10% de l'apport calorique quotidien ?
Sur la base de 2500 kcal / jour pour un homme ça nous ferait 250 kcal provenant de la consommation d'alcool.
Pour en arriver là çà veut dire qu'un homme "moyen" se taperait au bas mot 400 ml d'alcopop (ou une grosse demi bouteille de rouge ou de blanc sec vers les 13°) par jour, chaque jour.

J'aurais tendance à dire qu'à ce niveau, le problème majeur ne viendra ni des calories ni de l'obésité (d'ailleurs l'alcoolisme chronique a plutôt tendance à faire maigrir de façon effrayante).
Rappelons en effet que selon l'OMS le seuil de consommation excessive d'alcool commence à 28 verres par semaine chez les hommes (14 verres chez la femme) ... soit pour un homme précisément 4 verres par jour, chaque jour : pile poil la valeur qui nous est indiquée pour atteindre ou dépasser les 10% de l'apport calorique quotidien."

 

Pour la faire simple et courte : qui donc peut croire (ou seulement faire semblant de croire) que l'idée de perdre sa ligne de sylphide fera renoncer un alcoolique en devenir ?

Mais soyons positif, cette mesure absurde aurait au moins l'avantage d'ouvrir un nouveau marché captif vers lequel les laboratoires d'analyse ne manqueront pas de se ruer avec délices.

Pour le reste, ainsi que je concluais le billet sus dit : 

"Je me vois bien, tiens, hésiter entre un Margaux et un Pauillac (ou même un Vin de France) et puis finaliser mon choix en fonction de leurs valeurs caloriques respectives ...
A pleurer.
Indiquer la valeur calorique sur l'étiquette du pinard ?
On a pas le cul sorti des ronces, je vous le dis ..."


"sa composition avec notamment la teneur en sulfites"

Quand je lis ce genre de plaisanterie j'ai envie d'entonner le chant des partisans.

Mais mon pote le gris a une réponse bien plus efficace :

 

On la refait au ralenti : "sa composition avec notamment la teneur en sulfites".

Moi je veux bien qu'on oblige chaque buveur de vin à faire une première année de Diplôme National d'Oenologue. Remarque ça éviterait peut-être à certains commentateurs de dire tant de conneries. 

Pour ma part j'ai souffert en 1ère année de DNO. J'ai souffert car le cours de composition chimique des vins est un truc à peu près aussi gratifiant à apprendre que l'annuaire de la Haute Garonne.

Vous voulez vous faire une idée de ce qu'il y a dans le vin ?

Lisez donc ce bouquin, c'est ma bible sur la question : "Le vin. Composition et transformations chimiques" .

Ce bouquin, j'en recommande la lecture pour plein de raisons : 

- c'est à peu près exhaustif (enfin çà l'était en 2005, puisque depuis de nouveaux composés ont été découvertes), 

- ça a été écrit par deux de mes profs de DNO (Jacques Bonnet qui fut mon prof ... de composition chimique des vins (j'en ris encore tellement c'était, en ce qui me concerne, une cause quasi désespérée)) et Patricia Taillandier que j'ai eu sur quelques TD de microbio et avec qui je devais bien des années plus tard publier 2 ou 3 papiers rigolos (par exemple celui ci) .

- je figure dans la bibliographie du dit livre (le jour où je l'ai ouvert et vu que j'y étais cité - au demeurant avec un papier d'un intérêt extrêmement mineur - j'étais attablé vers la place du Capitole et c'était un peu comme un bâton de Maréchal qu'on me remettait par surprise, alors j'ai repris un deuxième verre de Tariquet).

Bref : indiquer la composition du vin sur l'étiquette c'est du pur délire. Le truc dont on sait que c'est matériellement et analytiquement impossible et que l'on demande donc juste pour pouvoir s'indigner de ce sale lobby qui va répondre que c'est impossible et, au demeurant, d'une crétinerie abyssale.

Quant à la teneur en sulfites, ce ne sera que la teneur en sulfites lors de la dernière analyse. Éventuellement après mise en bouteille. Ce sera une photo à un moment donné, en aucun cas représentative de ce qu'il y aura dans la bouteille au moment de la consommation (qui dépend en effet grandement de la qualité du bouchage, de la durée de conservation et des conditions de stockage). On peut donc considérer, en étant un rien tatillon et procédurier, que l'info portée sur l'étiquette sera trompeuse pour le consommateur, et non pas informative.

Sur le reste de l'argumentaire qui sent le soufre, là aussi je me mets en service minimum vu que j'ai déjà commis un long billet qui traite de ce sujet - en particulier d'un point de vue historique, mais pas que. 

 

"sa teneur en résidus de pesticides et autres produits phytosanitaires"

J'ai un peu de mal à saisir le lien qu'il y a entre l'objet de l'ANPAA (prévention en alcoologie et addictologie) et les pesticides. Enfin, si, y a un lien : l'envie de surfer sur la vague Cash Investigation. 

Chacun jugera de la valeur du procédé à l'aune de ses convictions personnelles, j'ai pour ma part tendance à le trouver consternant.

Rappelons que faire un screening complet veut, à l'heure actuelle, dire doser plus de 600 molécules. Ce qui pose deux problèmes majeurs : d'une part çà coûte un bras (et peu de labos sont capables de le faire de façon exhaustive et répétable), d'autre part aucune étiquette ne peut reproduire un tel bulletin d'analyse.  

Qu'on me permette aussi de répondre aux joyeux lurons que j'ai vu se taper sur le ventre en commentant ce point :

- "je m'en bats les ovaires : moi dans mon vin y a que du raisin"

Sauf qu'on te demande pas si y a que du raisin dans le vin, on te demande de fournir une analyse exhaustive des pesticides qui y sont, ou pas. Donc l'analyse tu la fais. Point barre.

- "bien fait : les industriels vont en prendre plein la tronche"

Raté. L'analyse, pour être représentative, doit être faite sinon par cuve au moins par lot homogène. Si tu fais 100 000 hl d'un lot homogène, tu fais une analyse et basta. Si tu fais 5 micro cuvées de 3 barriques chacune tu fais 5 analyses. Il va sans dire que les conséquences financières pour le Domaine et pour ceux qui en achètent les vins ne seront pas du tout du même ordre selon que l'on divise le coût des analyses par quelques dizaines, quelques centaines ou plusieurs (dizaines de) milliers d'hectolitres.

"une mention plus visible du risque pour les femmes enceintes. Le pictogramme Picto femmes enceintes illustrant le "zéro alcool pendant la grossesse", doit ainsi être présent sur chaque contenant."

 On est bien sur d'accord. On ne peut, pour une fois, qu'être d'accord sur le fond de l'affaire : picoler quand on est enceinte c'est vraiment pas une bonne idée.

La consommation de vin par les femmes enceintes sera t elle inversement proportionnelle à la taille du logo ? Je me répète : on me permettra d'en douter.

 

Salvador Dali ...

Sinon, je voudrais signaler que l'alcool est responsable d'environ 20% des cas de cancer colorectal.

On fait quoi par rapport à l'étiquette ?

 

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