dimanche 10 décembre 2017

La tête contre les murs


Je l'évoquais en clôture de mon précédent billet : un joli Jurançon sec (qui est bien bio) dont la fraîcheur bienvenue a remis les compteurs à zéro.
Ce Jurançon, c'est Leslie qui me l'a fait goûter et je l'ai donc récupéré au Clos des Millésimes à l'occasion d'une dégustation consacrée au Clos d'Entre les Murs.


C'était jeudi 7 décembre, le jour de l'anniversaire de ma fille ainée. Et ça n'a aucun rapport.
Par la même occasion je récupérais aussi quelques quilles du Rully 1er Cru (2015) de JM Boillot, un vigneron que j'ai croisé et évoqué sur ce blog à maintes reprises. La première fois c'était dans ce billet nostalgique (mais pas seulement nostalgique).


Bref : le Château de Parnay et son Clos d'entre les murs.

Au Clos des Millésimes - bel endroit - avec un nombre limité de participants.
Tout bien quoi !


Je partais avec un double a priori :
- positif car du même vigneron j'avais goûté et apprécié le Château Princé.
- quasi négatif, à tout le moins dubitatif, car le Clos d'entre les murs est une création d'Antoine Cristal.
Intéressant personnage qui créa tant le Clos d'entre les murs (blanc) que le Clos Cristal (rouge).
Or en fin d'année dernière, le Clos Cristal avait créé quelques vagues vaguelettes dans le Landerneau blogo pinardier après que l'association qui en avait la charge ait été liquidée et que le Clos ait été confié à la Cave Coopérative locale.

Le genre de polémique stérile qui me donne envie de retourner me coucher.
En outre, les revendications techniques qui ont prévalu à la conception de ces deux clos me laissent un rien perplexe.
Il faut dire que le truc me fait furieusement penser à cette histoire que faisait ma joie y a longtemps, quand j'étais en fac de bio : oui, le coup de la poule dont tu mets les pieds dans la glace pour lui refroidir le cerveau.

Ben là c'est un peu pareil : tant le Clos Cristal que le Clos d'entre les murs sont traversés de murs alignés d'est en ouest. Les pieds de vignes sont plantés au nord et le cep passe par un trou dans le mur pour que la partie fructifère soit exposée plein sud, au soleil. Le tout devant associer fraîcheur sur les pieds et maturité des raisins.
La poule dont tu refroidis le cerveau, je te dis.
Le concept est super rigolo, et donne une belle histoire (d'autant plus que le Clos d'entre les murs est classé Monument Historique) mais me laisse super perplexe.



En même temps perplexe ou pas on s'en cogne : l'important c'est le pinard, or je n'y avais jamais goûté.

Une verticale ?
C'était l'occasion !







Clos d'entre les murs (2009)
Robe encore jeune, d'un léger or pâle.
Nez qui évoque une belle maturité, du fruit à pépins, de jolies notes florales et un élevage réussi.
L'attaque en bouche est dans le même registre, avec du volume, du gras, une jolie matière. Mais la séquence me laisse perplexe puisque très rapidement c'est l'acidité qui prend le relais, qui prend le dessus.
La finale est très vive, avec des amers qui me gênent.
Ça me semble déséquilibré, sans grande harmonie, avec une finale bien trop agressive.
La poule a gardé les pieds glacés, et des pieds glacés c'est pas super glamour.
Même chez une poule.


Clos d'entre les murs (2010)
Là aussi robe jeune.
Nez élégant, fruit / fleur / notes beurrées épicées de l'élevage. Séduisant, qui s'ouvre au cours du temps pour devenir de plus en plus un beau joli Chenin.
Ici, bel équilibre de bouche. Du gras, un beau beau volume, matière et amplitude. Belle fraîcheur qui tend et allège le tout. Pointe miellée vers la finale, puis beaux amers qui dynamisent et prolongent la tenue en bouche.
Là ça me cause !
Re goûté en fin de session, çà me cause encore plus et mieux.

Clos d'entre les murs (2011)
Grosse perplexité tant au nez qu'en bouche car ça sauvignone un max.
C'est plutôt plaisant hein ? Mais c'est clairement pas ce que je recherche quand j'opte pour un Chenin de Loire, un Chenin dont j'ai envie qu'il me cause de par chez lui.
Et ce vin là, je sais ni de quoi ni d'où il me cause.

Clos d'entre les murs (2012)
Couleur d'un or plus soutenu, nez à l'unisson.
Bouche ronde et grasse, aux notables notes miellées.
Avec ce vin on est à un stade d'évolution qui me laisse perplexe et qui ne me donne pas l'envie (ni la confiance) suffisante pour envisager de le faire entrer en cave.

Bien sur il s'agit de mon avis personnel et privé sur ces bouteilles là, ce soir là ... et il n'est pas représentatif de celui de la plupart de mes petit(e)s camarades? par exemple celui de Leslie qui était visiblement sous le charme du 2009 (j'espère que son plan machiavélique a été couronné de succès et qu'elle a pu embarquer le fond de bouteille).

Nous avons fini par un rouge du même Château : La Coulée du Méridien, un vin sur lequel il y eut débat.
Réduit ? pas réduit ?
Pour ce qui me concerne ce n'est pas de la réduction mais des phénols volatils. Donc sans moi, sur ce coup là.
Là encore je ne fais pas l'unanimité (et n'ai d'ailleurs pas vocation à la faire), n'est ce pas Sylvain ? mais vu que sur ce blog c'est moi qui cause ...


Au delà du rouge et de la validité de sa description, la dégustation était intéressante : d'abord parce que c'est rigolo de goûter un vin qui est à la fois un concept et un bout d'Histoire.
Ensuite parce que, au vu du ressenti ce jour là sur cette mini verticale là, cela (me) pose quelques questions sur le terroir et son expression.
Le genre de question à laquelle je me garderai bien de tenter de répondre, au moins aujourd'hui.






Sinon, ouais : j'ai cassé un verre.
Même pas fait exprès puisque ce n'est qu'après que l'on m'a appris que c'était un verre biodynamique.
Je ne sais pas bien ce qu'est un verre biodynamique, mais je suppose qu'il a essayé de s'échapper ...









(* "La tête contre les murs" est un remarquable roman d'Hervé Bazin)

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