mardi 23 janvier 2018

Matinée des oenologues. 5. "Dialogue entre terroir et vin"



Dans mon précédent billet j'évoquais l'une des conférences au programme de la dernière édition de la matinée des œnologues de Bordeaux.

Elle m'avait laissé sur ma faim, au moins un peu ... et même, un rien dubitatif.
Du coup, je règle la question en abordant la présentation suivante (et, donc, en continuant à occulter le trio d'ouverture) qui m'a elle aussi laissé perplexe.



Plus tard, je reviendrai au cours normal de la journée, que j'ai bien mieux reçu et perçu.
Un ressenti que l'on a parfaitement le droit de ne pas partager.


Là le titre était "dialogue entre terroir et vin", la présentation étant faite par Margarethe Chapelle, d'Oenocristal.
On pourra la suivre en cliquant sur ce lien.

Autant le dire de suite : dès l'entame je sens le malaise.
Deux raisons à cela : très honnêtement, la cristallisation sensible c'est pas ma tasse de thé et j'ai, en outre, trouvé l'intro passablement agressive.
Le stress ? pour ma part, quand je stresse avant une conf je balance une connerie et çà détend tout le monde, surtout moi.

Bref la victimisation à la, je cite, : "vilain petit canard" me semble malvenue.
Quant à ce qui nous est annoncé : "la mise au point par des scientifiques avec des hypothèses de travail et des connaissances avérées" ... sans doute eut-il été utile d'en faire état au delà de l'effet d'annonce.

Car même quand t'évalues du qualitatif y a moyen de caractériser le truc. Sinon comment tu fais pour évaluer ? Puis c'est quoi les connaissances avérées ?
Où peut-on en trouver trace ? sur quelles bases se fondent elles ? qu'est ce qui est à même de nous prouver que c'est plus qu'une simple "vérité révélée" !?
Bref sur quelles bases se fonde la conférencière pour nous demander d'adhérer au truc ?
Pourquoi s'y fier ? parce qu'elle nous assure que c'est top moumoute et que les fondements sont d'une solidité à toute épreuve ?
Un peu léger non ?
Ça vient d'où, çà a été établi, qualifié, étalonné par quels moyens et par qui ?
A part Goethe, je veux dire.

Pour ma part : Goethe, depuis la Terminale D au Lycée Paul Gauguin (Papeete / Tahiti / Académie de Besançon), autant dire de suite que je lui voue une haine tenace.
C'est que mon prof d'allemand (ouais : allemand première langue. J'ai fait partie de la génération sacrifiée sur l'autel de la réconciliation franco allemande. Destin de victime.) nous faisait exclusivement bosser sur des textes de Goethe.
Déjà qu'en français ça me les brisait menu menu, je t'explique pas en teuton ...
D'ailleurs, à l'oral du bac l'examinateur m'a mis 9 (sur 20 hein ?) en disant "décemment je peux pas vous mettre plus". Vu que j'en espérais pas tant on s'est quittés bons amis ...

Rodin : La porte de l'Enfer (détail)
(Belle expo au Grand Palais, en 2017)
Bref Goethe j'ai du mal, donc la citation initiale me file des boutons.
Autant te dire que le seuil par lequel j'aborde le truc, c'est plutôt la porte de l'Enfer et que mes chakras étaient tout fermés.


Bref ...

"Chaque cristal donne une information".
Soit.

"Plus l'image est complexe, plus il y a d'informations".
Re soit.

Mais quels sont donc l'alphabet et la syntaxe de cette lecture que l'on nous promet si riche d'enseignements ?


Là dessus vient le Red Bull avec un discours convenu qui est censé nous caresser dans le sens du poil et qui, au moins en ce qui me concerne, tombe à plat.
Suis pas venu pour çà.


Puis cette joyeuseté : "intrant ou intrus".
Ah ah, trop drôle.

Et :
"Prévenir pour ne pas avoir à guérir : cette méthode permet d'anticiper les maladies, que ce soit sur vigne ou sur vin. On a décelé deux ans avant sa présence par analyse et dégustation d'un Lactobacille, grâce à la forme annexe qui s'était formée sur l'image"
Le truc permet de détecter un Lactobacille deux ans avant qu'il ne soit présent ?!

Gros soupir, là ...

Même si, bien sur, on sera d'accord que si l'on doit intervenir il faut le faire quand il le faut s'il le faut.
Et seulement s'il le faut.
Oui, sans doute trouvera-t'on encore des interventionnistes forcenés, fils spirituels d'Ali le chimique.
Pour autant je veux croire qu'ils ne sont ni majoritaires ni exemplaires et pas en voie de développement.
Dès lors pourquoi se fonder là dessus, quel besoin d'un repoussoir caricatural à souhait ?

Un détail, mais c'est un détail qui me gonfle : sans remettre en cause ses compétences, ses qualités et la façon dont il remplit sa mission (car on doit, là, pouvoir parler de mission), dire à propos d'Aubert de Vilaine qu'il a : "fait la renommé de la Romanée Conti sur notre territoire et à l'étranger".
Sans déconner ...
Au XVIIIème le Prince de Conti compte pour que dalle, et c'est pur hasard s'il se bat avec La Pompadour pour remporter les enchères afin d'acquérir ce cru qui finira par porter son nom (grâce aux révolutionnaires qui l'ont confisqué).
Et puis l'arrivée d'André Noblet en 1940 est bien sur un truc totalement anecdotique. Comme le rôle de son fils, Bernard.

Donc bravo à Aubert de Vilaine. Bien sûr. Forcément.
Mais comment peut on oser occulter ceux qui l'ont précédé ?!
Un problème de mémoire peut-être ?
Pas comme la vigne alors, car :

"La vigne est un végétal intelligent avec beaucoup de mémoire"
C'est marrant : vendredi dernier j'étais à une autre série de conférences au cours desquelles on m'a exactement dit le contraire.
Un partout, balle au centre : aucun des deux conférenciers n'a amené le moindre embryon de début de preuve à l'appui de son affirmation.
M'enfin sur ce coup là ... la mémoire de la vigne, je crains qu'elle ne soit à peu près égale à la mémoire de l'eau.
Enfin, j'imagine que cela dépend de ce que l'on met derrière les mots intelligence et mémoire. Au delà de l'effet de manche, je veux dire.
Matinée philo ou matinée scientifique et technique ?


"Quand je regarde une image je sais déjà à quel moment le vigneron à récolté, et a pu tirer le meilleur parti, et les arômes qui vont en découler. Je dis souvent que je n'ai pas besoin de goûter un vin pour savoir le goût qu'il va avoir car c'est vraiment très très parlant."

Là, forcément, vu que (comme je le disais dans mon précédent billet) je suis un garçon plutôt poli et bien élevé j'ai mis mon cerveau en veille active en songeant profondément aux aléas de l'élevage d'escargot sur sol acides (la problématique est pointue, rapport à la coquille qui est calcaire), et j'ai attendu la fin.

Non, sérieux :

"Je dis souvent que je n'ai pas besoin de goûter un vin pour savoir le goût qu'il va avoir car c'est vraiment très très parlant"

Allez, je vous laisse écouter la suite, si vous le voulez et le pouvez.
Moi je me suis mis, et me remets, sur / OFF : car là il m'est demandé d'adhérer à un système de croyance qui me rebute viscéralement.
Aurais je l'envie d'essayer que cela me serait impossible.


Car le charabia psychologisant sur la mémoire innée et la mémoire acquise, appliqué à la vigne et au vin : çà me file de l'urticaire.

Ouais, si tu veux : je suis un scientiste rigide.
Ça doit être çà.




Mais pareil quoi : le signal de l'attaque du Botrytis cinerea 15 jours avant et le coup des principes fondateurs, comment te dire ...



Une dernière pour la route ?
Le final sur l'image Coca Cola ...
Franchement, franchement ...
Sombrer à ce point dans la facilité populiste ...
Oh, et puis non : rien.
Ouais : je suis décidément un type super bien élevé.



Pour info, en suivant ce lien vous aurez les questions posées à M Chapelle sur la validité de ses exemples et surtout l'origine et les modalités de sa méthode ... et bien sur ses réponses (à partir de la 12ème minute (car les 5 premières minutes c'est ma douce voix, mais je ne questionne pas sur la cristallisation)).
Je reste sur ma faim, fa
llait il le préciser ?

(21ème minute dernière questi
on, sur le cout de l'analyse.
65 à 90 €
l'unité)


Pour ce billet encore plus que pour celui qui l'a précédé :

il va de soi que ce billet (et l'ensemble de ceux qui vont le suivre) est une vision personnelle d'un évènement auquel bien des œnologues ont assisté ... et que vous pouvez suivre grâce aux vidéos proposées par les organisateurs.
Il est clair que chacun y réagira selon sa sensibilité et ses convictions, les lectures contradictoires sont donc les bienvenues et je les publierai avec plaisir si vous êtes timides et me les faites parvenir afin de rester anonymes.




2 commentaires:

  1. "je suis un scientiste rigide" : il arrive un âge où ça peut rendre service.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Manquer de souplesse ne présente, en effet, pas que des inconvénients.

      Supprimer