Le Guiguide des vins b(i)ob(i)o


2023 a vu la parution du très dispendable "Guide des vins bio 2023".
Un guiguide que j'évoquais dans ce billet, avant d'en mettre une seconde couche (et de corriger une erreur) dans le second épisode.


Sans être sur de battre les records de durée de "The Walking dead" ou de "Games of Thrones", j'entame ici la seconde saison de ce qui, dès lors, devient une série.

Car voici venu le :

"Guide des vins bio 2024" !
(c) BBD Editions



Entre autres choses appétissantes, la quatrième de couverture annonce fièrement :
"Un QRCode donnant accès aux données nutritionnelles en partenariat avec dansmabouteille".

(c) BBD Editions



Alors j'ai eu envie d'aller voir.

Comme dès le début de la partie dégustation le guide met en avant 7 vins, je me suis intéressé au premier d'entre eux (que j'avoue ne pas me souvenir d'avoir bu).
C'est un Puisseguin Saint-Emilion de 2020, le Chateau Clarisse (vieilles vignes) dont voici la fiche :


(c) BBD Editions


Flasher le QRCode m'a amené une réponse enthousiasmante et plutôt de bon augure :

"Oups! La page n'a pu être trouvée."
J'adore.
Sur le site en question on ne trouve que la fiche du 2019 de ce même vin.
C'est ballot.
Regardons cette fiche :

- une rapide présentation :
(c) dansmabouteille



- quelques éléments objectifs puisqu'analytiques :

(c) dansmabouteille



"Objectifs puisqu'analytiques" ?
Enfin ... je demande quand même à voir les résultats analytiques et, en particulier, ceux des taux de graisses, d'acides gras saturés et de sel puisque (au delà du fait qu'en oenologie l'ajout de sel est interdit) à ma connaissance il n'existe ni méthode officielle ni, donc, de laboratoire d'oenologie réalisant ces analyses dans le vin.
Il s'agit donc de résultats probables et généralement admis, mais pas d'une analyse du vin.

-puis vient le NutriScore :

(c) dansmabouteille



Le site informatif couplé au guide de référence nous indique obligemment que :

"Le Nutriscore est un logo qui indique la qualité nutritionnelle des aliments avec des notes allant de A à F. Avec le Nutriscore, les produits peuvent être facilement et rapidement comparés".


Attends ... nous prendrait-on pour des jambons ? Enfin, plutôt des
Figatelli.
Car :
- le Nutriscore
F n'existe pas !
Le Nutriscore va de A à E. Pas plus loin.
Je précisais l'origine de ce
F (comme Farfelu) dans mon billet à propos du guide 2023, dès lors je n'y reviens pas ici.
- sur ce site tous les vins (T-O-U-S) sont d'autorité affublés d'un
F.
Pourquoi ?
Parce que ce sont des vins !
Tous les vins ?
Dès lors comment veut-on, ainsi que cela nous est doctement assené, que le consommateur utilise le Nutriscore pour facilement et rapidement comparer les qualités nutritionnelles des vins ?
Ce guide et ce site qui prétendent présenter et promouvoir les vins (au moins certains d'entre eux) le disent clairement : le vin c'est de la merde, à Nutriscore
F.
Le pire du pire. A éviter d'urgence, donc.
Bravo et merci, champions.

Dès lors le reste est anecdotique.
Mais jettons quand même un oeil amusé (ce qui n'empêche pas d'être, en même temps, désolé) à ce qui est écrit dans le guiguide :

"Le plus simple ne serait-il pas d'indiquer clairement sur l'étiquette ce qui est pratiqué pour l'élaboration du vin ?"
Ce qui est pratiqué pour l'élaboration du vin est l'objet d'une formation universistaire de niveau Mastère, qui s'appele le Diplôme National d'Oenologue.
Ce n'est pas simple. Et pas toujours clair.

"Mais voilà, l'Europe s'en mêle et demande, avant fin 2023, un peu plus de transparence : à partir du 9 décembre 2023, chaque producteur devra informer sur la composition de son vin."
Non !
Non, car au delà du fait que le texte entrera en vigueur à partir de la vendange 2024 (il reste un doute en ce qui concerne les effervescents issus de raisins vendangés en 2023) il ne s'agit pas d'indiquer la composition du vin mais les additifs utilisés dans le cadre de l'élaboration du vin.
Ce n'est en aucun cas sa composition.
Les mots ont un sens !
Mais :


"Par "composition", entendez uniquement les additifs et non pas tout ce qui permet d'élaborer le vin."

Alors forcément, si Pierre Guigui change le sens des mots au gré de ses intérêts : on n'a pas le cul sorti des ronces (un peu comme quand il promeut une lettre qui n'existe pas, sur le Nutriscore).
Car la composition du vin, c'est ... ce qui compose le vin. Que ça ait été ajouté ou que ce soit natif.
Et les additifs c'est uniquement ce qu'on a ajouté, même si ça préexiste sous forme native.
Enfin, ce qui permet d'élaborer le vin ne fait pas forcément partie de sa compositon ni de ses additifs.
Un exemple ?
La composition d'une meringue, c'est des blancs d'oeuf et du sucre. Et ce quelles que soient la méthode utilisée pour battre les blancs d'oeuf, ou la source d'énergie du four qui a permis la cuisson.
En outre, un additif c'est ce qui a été utilisé lors de l'élaboration du vin et qui reste présent dans le produit fini, sous sa forme initiale ou sous une forme dérivée. Donc indiquer qu'un additif a été utilisé n'implique pas nécessairement qu'il entre, au sens littéral, dans la composition du vin. Je m'explique avec deux exemples :
- l'ajout de sucre (Mout Concentré Rectifié) pour chaptaliser implique de dire que ce MCR fait partie des additifs ... pourtant il n'y a plus de MCR dans le vin, puisqu'il a intégralement été tranformé en alcool.
- l'utilisation de DMDC (le DiMéthylDiCarbonate, un truc pas super sympathique qui permet de flinguer la flore microbienne) oblige à le lister dans la liste des additifs alors qu'il sera intégralement transformé en méthanol. Pourtant on devra indiquer que le vin contient du DMDC, et non pas du méthanol.

"les éventuelles modalités de contrôle n'ont pas encore été décidées."
Pourquoi "éventuelles" ?
On pourra se référer à ce déjà vieux communiqué du service de fraudes.

"Vent debout aussi les fabricants de toute la panoplie des produits oenologiques, ceux qui les prescrivent et ceux qui les vendent. Ils constituent un lobbying ultra musclé et très virulent sur le sujet pour des raisons de business.
A titre d'exemple, le groupe AEB, qui ...
".
Ben non.
Car les "fabricants" s'adaptent, ainsi qu'ils l'ont fait avec les règlements précédents. Et leur lobbying n'est ni ultra musclé, ni virulent. Et je dois avouer qu'il m'arrive de le regretter car je me sens un peu seul lorsqu'il s'agit de monter au créneau pour remettre l'église au milieu du village.
Oui : les fabricants s'adaptent.
Un exemple ? les règles d'étiquettage des allergènes et la pression sociétale sur les produits d'origine animale ont mené au développement et à l'amélioration des colles végétales (pois et patate).
En outre, la référence au groupe AEB - qui se trouve être mon employeur depuis le printemps 2018 - est juste une mocheté de plus à l'actif de Pierre Guigui, le sycophante de service.
Depuis des années (en fait depuis qu'il avait commis à mon encontre un pseudo droit de réponse qui réussissait l'exploit d'être à la fois infondé en droit et mensonger) il me poursuit de sa vindicte, et là l'air de rien il vient me chatouiller du côté de mon employeur.
Témoignant ainsi une nouvelle fois tant de ses détestables procédés que de sa méconnaissance totale du marché des biotechnologies du vin. Car qui connait un peu ce secteur d'activité sait vers où il faut regarder pour trouver les leaders incontestables.

"Dernier tour de passe-passe, il ne sera probablement pas mentionné le produit utilisé mais sa "fonction", en d'autres termes on pourra lire, par exemple, "acidification" à la place de la liste des acides utilisés. Pour ce qui est du SO2, mais aussi de tous les autres additifs, il ne sera normalement pas indiqué les doses, seulement "contient ..."."
C'est faux.
Une fois de plus.
Et à ce stade çà n'étonnera plus personne.
C'est faux, car la règle est simple : il faudra indiquer les additifs qui ont été utilisés, et ils devront être classés par grandes catégories d'intérêt oenologique. A savoir : régulateurs d'acidité, conservateurs et antioxydants, agents stabilisateurs, gaz et gaz d'emballage, ...
Ainsi un vigneron qui aura utilisé de l'acide tartrique et de l'acide malique n'indiquera en aucun cas : "acidification" car il devra écrire :
"Régulateurs d'acidité :
- Acide tartrique
- Acide malique".
Et s'il a utilisé du SO2 ce sera :
"Conservateurs et antioxydants :
- Sulfites
"
"Sulfites" devant être indiqué en gras, puisque les sulfites sont considérés comme des allergènes.

Ajouter la dose utilisée, ainsi que Pierre Guigui le suggère, serait magique.
Restons sur l'acidité et admettons que le vigneron acidifie son vin avec 150 g/hl d'acide tartrique. Il faudrait donc dire que le vin contient 1.5 g d'acide tartrique par litre de vin ?
Cette idée saugrenue se heurte à deux problèmes majeurs : le fait que tout cet acide tartrique ne reste pas nécessairement dans le vin et surtout le fait que le vin contient naturellement 5 à 7 g/l d'acide tartrique dont il ne serait pas fait mention puisqu'il est natif.
Plus con tu meurs.

J'espère qu'on l'aura compris : à la différence de Pierre Guigui je fais autant que possible en sorte de ne commenter que ce qui relève de mon domaine de compétence. Je zappe donc toutes sortes d'éléments viticoles qui mériteraient pourtant d'être rectifiés.
Je n'en relève qu'un qui est peut-être un peu plus improbable que les autres, autant dire qu'on est rendus à un niveau himalayesque.
Voici la merveille :


"Les traitements chimiques de synthèse, également polluants, passent par le sol, puis la sève et nécessitent une moindre fréquence de traitement."
Sans déconner : les traitements chimiques de synthèse passent par le sol puis par la sève ?
Euh ... ils passent par le sol avant ou après que la marmotte les ait emballés dans le papier d'aluminium ?

Avant de finir, un délicieux passage à propos des pesticides :

"Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de résidus dans le vin qu'il n'y a pas eu de produits utilisés dans les vignes. D'autant que pour faire disparaitre certains résidus, il suffit d'utiliser deux produits oenologiques magiques qui rendent "plus propre que propre".
.../...
"Le premier est un clarifiant qui piège le fer jusqu'à 50% et le cuivre jusqu'à 65%."

Euh ... si j'osais (et je sens que je vais oser) je ferais bien volontiers deux ou trois remarques à propos de ce qui précède :
- ni le Fer, ni le Cuivre ne sont des pesticides de synthèse,
- aucun vigneron n'a jamais pulvérisé de Fer à la vigne ni utilisé de Fer en vinification, car le Fer est responsable des casses ferriques (casse bleue ou casse blanche, selon que les vins ont une robe rouge ou blanche) que tout vinificateur fait en sorte d'éviter. Ce n'est donc pas un résidu de traitement.
- réduire la teneur de Fer ou de Cuivre de moitié ne saurait en aucun cas permettre, ainsi que Pierre Guigui le prétend, de rendre le vin "plus propre que propre".

Bref : Pierre Guigui essaie une fois encore de noyer le poisson dans son habituel millefeuilles argumentatif dont une lecture même superficielle permet de se rendre compte qu'il ne vaut pas tripette et que, en outre, le sujet n'en est pas maîtrisé.
Aussi, pour ce qui concerne la réduction des résidus de pesticides, on fera mieux de lire le récent papier d'Amélie Bimont qui, pour Vitisphère, fait le point sur le sujet de la réduction des teneurs en pesticides. Il s'agit là de noyer le poison, à l'aide d'un produit extrêmement dangereux, puisque l'eau fait chaque année de trop nombreux morts par noyade.

Je ne reviens pas sur l'habituel couplet qui affirme, sans rire, que les vins bio et BioD sont meilleurs que les autres puisque ceci est basé sur une publication que j'ai déjà largement commentée, par exemple dans ce billet.


Non, ami lecteur : ne me remercie pas de t'avoir fait économiser les 32€ que coute le Guiguide des vins b(i)ob(i)o, car c'était avec plaisir. Je ne te demanderai donc même pas de me reverser un pourcentage de cette somme rondelette.
Je suis un bienfaiteur de l'humanité.
Le genre qui écrit un blog engagé et unique grâce auquel tu as enfin accès aux données objectives sur les guides que tu n'achètera pas.
(toute ressemblance avec une 4ème de couverture récemment parue serait bien sur purement fortuite).







Commentaires

  1. Excellente mise au point et très instructif. Votre humour est notamment délicieux 👏
    Patrick, vigneron.club

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