samedi 12 août 2017

Primeurs 2016 : "les Clés des Châteaux"


Photo : Jeff Leve

Sur ce blog, j'ai déjà évoqué (bien tard !) la dégustation en primeurs du millésime 2016, par exemple en Médoc celle des Crus Bourgeois puis de quelques Crus Artisans.
Il y eut d'autres occasions de goûter une partie de ces vins de 2016. Par exemple avec Les Clés des Châteaux, au Château La Dominique.



A ce stade, sans doute faut-il préciser deux ou trois choses d'inégale importance :
- ces évènements sont le plus souvent accessibles sur invitation. Là, j'étais invité par Dany Rolland (que je remercie à nouveau).
- mis en place sur des tables thématiques, les vins sont goûtés étiquette découverte dans l'ordre qui convient à chaque participants.
- je suis loin d'avoir tout goûté. C'était juste impossible sans y passer plus de temps que je ne le pouvais ... j'ai donc donné la priorité aux vins des copains, et aux vins que j'avais pu goûter sur d'autres millésimes et que je souhaitais donc suivre sur 2016.

Pourquoi préciser ces éléments qui semblent évidents à qui est un tant soit peu habitué à ce genre d'évènements ?
D'une part pour éviter tout malentendu, d'autre part pour (essayer de) couper court à un certain nombre de critiques - à mon sens largement infondées - du type de celles qui m'avaient été faites l'année dernière à propos d'un autre évènement. (C'était à propos de mon compte rendu d'une belle journée au Château de Reignac).



Bref : les vins !




La Voûte - Saint-Emilion Grand Cru
Fruit frais (cerise, fraise écrasée), notes florales (violette), épices douces pour un nez plutôt aérien et très plaisant.
Jolie matière aimable, c'est rond et structuré, sans aucune dureté. Agréable fraîcheur qui tient le vin jusqu'à la finale, longue et aromatique. Beau vin.





La Clef de Voûte - Saint-Emilion
Jolie matière. C'est rond, fruité, bien construit bien que sur la légèreté, et s'achève sur une finale plus ferme. Structure correcte pour un joli vin de plaisir.







La Rose Perrière - Lussac Saint-Emilion
Déjà goûté précédemment. J'y reviens pour voir, pour vérifier.
Je fais bien : je l'avais agréablement goûté, je le goûte mieux encore.
Nez fin, frais, et ouvert. Attaque ronde, belle matière à la bouche charnue, bien garnie, avec des tanins déjà enrobés qui mènent à une finale plus construite et puissante mais sans dureté. Belle finale longue et aromatique pour un vin bien bâti.






Marquis de Terme - 4ème CC Margaux
Nez de fruits noirs mûrs, sur bel élevage au boisé épicé.
En bouche : belle matière. C'est rond, profond et déjà soyeux. Trame tannique impeccable. Beau fruit là aussi. Longue finale tenue par une fraîcheur séduisante en ce qu'elle soutient les tanins sans leur conférer d'agressivité. Très beau vin.


Lascombes - 2 ème CC Margaux
Bien sûr il y a les fruits noirs, les épices ... mais aussi un élevage très présent.
Bien sûr il y a cette bouche à la structure affirmée, aux beaux tanins ... mais aussi une prise de bois encore ingrate.
Bien sûr il y a cette longue finale qui serait élégante sans ce bois, là encore très présent.
Sans doute y a -t'il du vin, sans doute est ce du beau voire du très beau vin : mais c'est un vin que, au moins à ce stade, je ne comprends pas.
Il faudrait le revoir 
plus tard, un jour, pour en reparler. Un de mes lecteurs en achète et m'invite dans 10 ou 15 ans ?



La Brande - Castillon Côtes de Bordeaux
Beau nez de fruits rouges et noirs pour une bouche aromatique, montée relativement léger. Du fruit pour une jolie finale, malgré les tanins raidis par la fraîcheur du vin.
Joli vin dans un style frais qui ne fait pas l'impasse sur la matière.



Mangot Todeschini - Saint-Emilion Grand Cru
Robe très sombre. Nez de fruits noirs et rouges, belles notes épicées, un séduisant côté aromates, bois précieux : y a du vin, et un élevage particulièrement bien réussi.
En bouche c'est un sérieux gaillard tout en muscles mais à la puissance contenue. Superbes tanins. Très bel équilibre avec puissance et fraîcheur. Belle et longue finale aromatique. Très beau vin.

Mangot - Saint-Emilion Grand Cru
Fruits noirs et fleurs : beau nez séduisant. Belle bouche à la matière dense mais aimable. Tanins bien enrobés, beaux arômes de bouche. Finit sur fraîcheur et tanins suaves. Là aussi une belle réussite, dans un registre plus séducteur que le précédent.





Reignac : Grand Vin - Bordeaux supérieur
Au nez : élevage déjà intégré qui se révèle par la réglisse en contre point de la palette fruitée / épicée.
En bouche :
beaux tanins ronds, fruit, élevage qui se fait plus discret. Belle et longue finale prolongée par la fraîcheur et le fruit. Bien bâti.
On reste dans le "style Reignac" qu'une récente verticale avait mis en évidence ... indépendamment de ce que sera l'élevage de ce vin, peut-être faut il donc s'attendre a une période plus ingrate dans les années à venir ?
Beau potentiel quoiqu'il en soit !


Reignac : Balthus - Bordeaux supérieur
L'élevage est, ici, plus sensible et domine les notes de fruits mûrs, épices. Aussi réglisse et café. La bouche est puissante : grosse matière, sur du fruit encore. Belle matière. Longue finale qui se prolonge par un élevage, ici bien intégré. Agréable fraîcheur qui allège un peu la fin de bouche. Belle longueur aromatique.



Fontenil - Fronsac
Nez expressif, ouvert, presque aérien sur des notes d'épices, de violette et de fruits noirs. Beau fruité.
Bouche ronde, ample. Superbes tanins, fraîcheur ciselée : le tout est très harmonieux. Longue finale dynamique.
Très beau vin dans un style à la fois puissant et délicat.

Le Défi de Fontenil - Vin de table
Nez d'expression
intense où l'on va des notes fumées / réglissées jusqu'aux fruits noirs et à la griotte.
Bouche sur le fruit et le boisé / épicé. Belle chair aux tanins puissants mais enrobés pour une bouche ample, élégante et bien construite (fraîcheur sous-jacente). Finale pleine, tout en longueur, dans laquelle l'élevage se fond.
Superbe quille !


Phélan Ségur - Saint-Estèphe
Fleure bon le Cabernet mûr (et c'est bien l'odeur du Cabernet mûr !).
Belle matière en bouche. C'est concentré et finit un rien austère, mais l'équilibre est remarquable et le vin de toute évidence très réussi !





La Tour Carnet - Haut-Médoc (4ème Cru Classé)
Fruits noirs, fruits rouges, boisé / épicé et notes empyreumatiques.
Attaque puissante, matière dense avec belle expression fruité / épicée. Tanins serrés, mais enrobés. Belle finale sur le fruit et les notes toastées.
Très beau vin.


Pontet Bayard - Puisseguin Saint-Emilion
Beau fruit. Agréable matière aux tanins suaves. Belle finale sur les épices et les notes empyreumatiques. Joliment fait.







Au bout d'un long moment j'ai commencé à fatiguer, j'ai donc posé carnet et verre.









Puis, l'heure du repas (au deuxième service tout de même) approchant j'ai fini par monter sur la terrasse rouge.

Le temps de profiter de la vue et de faire quelques photos, et le repas était servi.





Ce midi là, aux manettes il y avait Pierre Gagnaire (avec un pâté chaud de veau fermier pitchi).

Il y avait aussi, bien sur, quelques vins.
Je n'en citerai que deux :



BoRoBo (2007)
Syrah, Pinot noir et cépages bordelais ... bienvenue au Chili ! J'ai de vieux et bons souvenirs des vins de la Casa Lapostolle, l'amusant exercice de style de ce BOROBO (Bordeaux Rhône Bourgogne) les confirme. Chaud et mûr sans être brûlant, Puissant mais équilibré. Belle et complexe aromatique, élevage au cordeau. Ça envoie du lourd mais, pour autant, reste vraiment très buvable.

Hexameter (2013) - Napa Valley
Là aussi çà envoie du lourd !
Grosse structure, maturité avancée mais avec l'acidité qui va bien pour équilibrer çà. Bonne sucrosité en bouche. Corbeille de fruits noirs et rouges tant au nez qu'en bouche. Notes torréfiées et cacaotées complètent le fruité. Le boisé est bien géré et déjà intégré au vin qu'il complète agréablement. Long. Gros vin !


Comme, de toute évidence, on sait me parler : le repas s'achève sur l'association (réussie) de deux de mes nombreuses faiblesses : le chocolat noir et les framboises.
Qui faut-il tuer ?









En début d'après midi je me suis éclipsé pour aller goûter non loin (au Château La Gaffelière), à La Grappe (Derenoncourt Consultants).

Cette dégustation, ces rencontres là, je finirai bien par arriver à prendre le temps d'en parler ...









dimanche 6 août 2017

Hermann, le loir du val




Construite à l'approche de la première guerre mondiale, la jasse d’Armand est un peu plus que centenaire. Sa destination première, avant de devenir un livre, était d’abriter des brebis. Aujourd’hui elle sert de refuge à des loirs. Sauf bien sur quand, de temps à autre, elle n'accueille pas telle ou telle festivité … ou week-end à rallonge.


Elle est enclavée dans un bois de frênes, de chênes aussi.
Ce même bois qui a permis de lancer ce projet au parfum de nostalgie enfantine et familiale (il y a aussi de la chicorée) : la frênette.

La frênette : une boisson légèrement citronnée, à peine alcoolisée, aux fines bulles, et qui – avant tout - reste associée aux visites pré adolescentes à ma tante.


Si, au sortir du bois de la jasse, on prend le temps de marcher dans les environs, de crête en val, c'est au risque d’envisager soudain l’une de ces maudites éoliennes. Celles là même qui, au nom d’intérêts tant énergétiquement douteux que financièrement avérés, s'implantent par barres entières (par exemple à Barre) au sommet de paysages qu'elles défigurent.


Fort heureusement des pans entiers du rougier sont encore à peu près préservés, par exemple vers le beau château de Montaigut.







Au sein de son bois, la jasse s'enracine doucement dans la pente. A quelques mètres de l'une de ses longueurs se trouve un pré, orienté est-sud-est, qui descend régulièrement vers la vallée, avant les taillis qui cachent une pente bien plus marquée.
Peut-être, dans un avenir encore mal défini, y aura-t'il une vigne dans ce pré ? Pas grand chose, un rêve devenu confetti. Une sorte de pari qui, s'il est gagné, permettra à terme (et dans le meilleur des cas) de remplir deux barriques. Les remplir de quoi donc ? pas de frênette mais peut être bien de Chardonnay !
Certes, rien n’indique que le sol, pas plus que le climat, se prête particulièrement au Chardonnay ... ce qui ne saurait suffire à se refuser d'envisager cette implantation avant de très probablement s'y risquer. Il est vrai qu'il existe nombre de risques autrement cruciaux.

Cependant, à planter sur des critères aléatoires, peut-être faudrait il s'intéresser au Chenin ?
Moins que le sol ou le climat, ce qui m'y mène serait plutôt cet à-peu-près catastrophique : vinifier le vin du val du Loir.

En Loire, j'ai une faiblesse coupable pour le Chenin, tant à Vouvray qu'à Savennières.
Et si le lieu n'a rien d'un val, la jasse est bel et bien occupée par un loir, seul de son espèce à avoir - jusque là - triomphé de multiples tentatives de délocalisation (à base de pain d'épices).
Cette semaine il s'est toutefois trahi par deux fois vers 5 heures du matin. D'abord en faisant s'entrechoquer deux cintres porteurs de sous-vêtements. Puis, pour l’essentiel caché par une poutre, il n’a laissé voir que sa petite tête pointue et son œil rond, noir, vigilant (pas du tout globuleux, quoique certains puissent prétendre). Empanaché de sa queue touffue, il a fini par s'éloigner, sans hâte, le long d'une poutre maîtresse.
La nuit suivante il faisait tinter des verres en poussant de petits cris sans doute moqueurs, peut-être vengeurs ... en tous cas de petits cris de loir qui sait rester invisible pour mener sa vie de loir.

Sans être crucial, le sujet du loir avait été évoqué la veille au soir. Selon le principe qui veut que ce qui t’environne et que tu veux distinguer peut et doit être nommé, ce loir fut d'abord baptisé "Eischer" puis, plus simplement, "Armand" : en effet, la jasse éponyme est sa jasse.
Il me faut toutefois ajouter que selon une source généralement bien informée ce « Armand » pourrait bien n’être autre que la version francisée de « Hermann ».
Je me refuse, quant à moi, à porter le moindre crédit à une hypothèse selon laquelle Armand, le loir aveyronnais, serait en fait Hermann, un siebenschläfer boche.

Quoiqu’il en soit de son patronyme le programme vineux n'était pour rien dans l’apparition nocturne d’Armand : de Loire j'avais bien amené un Savennières ... mais il n'a pas été ouvert.
Car oui, ainsi que Nicolas Méro le remarquait :

"Mais tu te trimbales ta cave en vacances, André??"

La preuve :

Bordeaux Rosé (2015) d'Olivier Feyzeau (château La Capelle, à Arveyres)

Robe d'un rose légèrement soutenu, nez de petits fruits acidulés. Bouche fraîche, légère, mais à l'agréable douceur, plaisantes notes de groseille et grenadine.
Servi très frais, ça se boit comme on respire : tout seul.





Ensuite il y a eu le BSA de la Veuve Clicquot.
Sentiments ambivalents pour cette cuvée que je bois en pensant à la Veuve, son histoire, ses succès … et mes débuts avec le champagne. Donc avec un certain plaisir … mâtiné d’une bonne dose d'indulgence car depuis je suis passé à des Champagnes bien moins dosés ... en fait pas dosés du tout ! Des trucs vineux, secs au point d'en être presque austères.


Et puis ?
Et puis le Montagny 1er cru "Les Jardins" de Didier Charton (Domaine Charton-Vachet), en 2015.
Belle robe pâle et brillante. Nez de fleurs blanches, fruits à noyau et notes toastées. Léger grillé en bouche également, derrière le fruité / floral. Beau volume sur une trame acide qui tient et tend le vin. Ça se boit bien dès aujourd'hui (à condition de ne pas le servir trop froid : alors le boisé ressort en finale, sur de vilains amers).
Bonne tenue : le lendemain matin, le fond de bouteille laissé en vidange (et à portée de patte de loir) se goûtait fort bien. Bel équilibre, bon potentiel plaisir.

Sans prétendre à la garde du 2013, ce 2015 est une quille que l’on peut boire sur les 5 ou 6 ans à venir et que, pour ma part, je vais tâcher d’oublier pendant une paire d’années (puisqu’il m’en reste cinq en cave).

Peut-être y aura-t'il de l'ordre de 6oo pieds, dans le pré en pente douce.
Le problème est que si c’est un peu le val du Loir … c’est aussi, c’est surtout, celui des chevreuils.
Mais c'est une autre histoire.

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Breaking news :

j'apprends que, dans la nuit du 8 au 9 août, Hermann a été capturé (avec la complicité d'un respectable morceau de pain d'épice) après une résistance longue autant qu'héroïque.
Il a aussitôt pris le chemin de l'exil, vers une maison abandonnée.
S'il devait y avoir une suite ("le retour de la vengeance masquée d'Hermann" ?) je me ferais un devoir et un plaisir d'y faire un écho ému.




A l'exception de la photo du loir, qui n'est pas mienne, les photos ont été faites avec mon iPhone,
C'est l'une des raisons pour lesquelles leur qualité est discutable.
Cependant on peut, d'un simple clic, tenter de les regarder dans un format plus confortable.