dimanche 24 septembre 2017

1917 : le chemin des Dames



C'était hier, le 23 septembre 2017.

Pierre Bernault nous ouvrait les portes de sa demeure en nous conviant à une verticale de son 1901.
"1901", pour l'année de plantation de cette partie des vignes de son Château Beauséjour, à Montagne.
Pour l'occasion il nous proposait un voyage depuis 2015 jusqu'à 2005 (2013 mis à part), pour reprendre l'ordre de dégustation.





Beaucoup trop de vins pour tous les passer en revue, je ne retiens donc que mes 3 préférés, mon podium.

Au préalable, deux observations tout de même :
- nous ne goûtions pas à l'aveugle,
- il y a un ou deux ans, passant chez Pierre pour y acheter quelques vins, je faisais rapidement une dégustation verticale et achetais mes préférés parmi les vins encore à la vente : 2010 et 2007.
Dès lors on peut considérer que je partais avec un putain d'a priori.

Mon préféré ?
2010
La robe est profonde et dense, comme tous les vins de cette série "1901", je ne reviendrai donc pas sur cet aspect.



Et ce d'autant plus que la lumière, propice à une belle soirée, n'était pas à même de permettre de déceler des nuances de teinte et de profondeur !







Attaque ronde, suivie par une jolie matière : tanins denses et soyeux. Le vin est profond, équilibré, harmonieux, avec cette fraîcheur "2010" qui contribue à sa trame tout en l'équilibrant. Équilibre donc, et harmonie.
Aromatique riche, fraîche et jeune encore.
Belle finale structurelle grâce aux tanins puissants mais enrobés, longue finale aromatique avec cet élevage déjà intégré.
Très beau vin qu'il va me falloir attendre encore (en particulier les magnums !).


Ensuite ?
2005
Par dessus le nez encore fruité et fleuri, il y a ce beau voile truffé. Superbe aromatique.
L'attaque est ronde, les tanins polis occupent la bouche avec suavité. Là aussi équilibre et harmonie, avec ce bouquet truffé qui revient.
Finale qui ressort encore un rien serrée après un milieu de bouche très suave, presque en retrait. Longueur sur truffe et épices douces.

Très beau vin, en particulier par son aromatique.

Et pour compléter mon podium il y a :
2007

Agréable aromatique (fruits noirs, épices douces).
Attaque ronde, milieu de bouche sur la souplesse.
Suavité et harmonie pour un joli vin prêt à boire.
Je fais un blocage sur 2007. Trouvant régulièrement si plaisants ces vins d'un millésime pourtant tellement décrié.
En fin de soirée, nous avons fait un mini sondage en demandant à chaque convive (nous étions une grosse dizaine) quel était son trio de tête.
La glorieuse incertitude de la dégustation a fait que l'ordre d'arrivée n'est pas le mien :

- 2010 est cité 8 fois et prend 3 fois la première place
- 2011, que je ne retiens pas, est cité 5 fois dont 3 fois premier
- 2006, que je ne retiens pourtant pas, est cité 4 fois dont 2 fois premier
- 2005 est cité 4 fois dont 1 fois premier.

("mon" 2007 n'est, lui, cité que 2 fois - moi compris -, qui plus est à la 3ème place)

Pour mémoire notons que je suis solidaire de mon voisin, Daniel Sériot, avec qui je partage les deux premiers mais qui met 2012 à la 3ème place (il est le seul à citer ce millésime qui me plait bien mais qui ne figure pas dans mon trio de tête pour sa finale encore serrée, ce qui est parfaitement normal à ce stade de sa vie ! alors que 2007 est si joliment accessible).


A propos de Daniel (et Isabelle) Sériot : je m'échine, souvent en vain, à leur sortir - à l'aveugle - des vins dont j'espère qu'ils auront le double mérite de leur plaire et de les faire sécher.

Ce soir là mon complice était "Le Retout Blanc" (2015), donc le blanc du Château du Retout.

A ma grande surprise tant Isabelle que Daniel (ni d'ailleurs aucun des autres convives) n'ont su retracer ce vin.

C'était pourtant d'une facilité déconcertante puisque ce Vin de France blanc, produit dans le Médoc, est issu d'un assemblage d'une folle évidence :
36% Sauvignon gris,
35% Gros manseng,
16% Savagnin,
et enfin 13% Mondeuse blanche.
Facilité déconcertante.
C'est surtout un joli vin.

J'avais aussi amené un petit Savennières dont j'aurai bien l'occasion de reparler.
Le Chenin des Dames.
J'avais aussi amené, en deux fois (un de mes oublis ...) un caviar d'aubergines et un caviar de courgettes (que je prépare en suivant plus ou moins ce que je décrivais dans ce billet. "Plus ou moins" car, hier, j'ai grillé les légumes à la plancha, à l'aide d'huile d'olives).

Je zappe donc le Savennières, car il n'est rien à côté d'un joli cadeau (un joli cadeau de plus) que nous fit Pierre.

Pierre a, sous sa demeure, une cave qui n'est pas antédiluvienne mais qui date un peu quand même ! et qui, surtout, n'a pas été vidée avant qu'il en fasse l'acquisition.
On y trouve donc quelques vieilleries ... dont ce Château Fonroque (1917).




Il faudra qu'un jour j'évoque cette dégustation chez moi, avec les Sériot et mon fils. Une dégustation centrée sur quelques vins que mon fils ramena des tréfonds de la cave de son grand-père maternel.
Dans le lot il y avait un (soit disant) Brane-Cantenac (1942) qui était moins qu'un fantôme de vin.

Alors qu'en serait-il de cet autre vin de guerre, ce vin de l'époque du Général Pinard !?
mais qui n'était sans doute pas de ces vins que l'on buvait dans les tranchées.

Pas facile, lorsque l'on met le nez dans ce genre de millésime de faire abstraction de l'Histoire.
De ce qui prévalait lorsque le vin vit le jour.



Il y a un siècle, Septembre / Octobre 1917, temps des vendanges, était aussi le temps de sanglantes moissons au Chemin des Dames et ailleurs sur le front.
Le chemin des Dames, cette bataille mortifère, dura depuis le 16 avril 1917 jusqu'au 24 octobre de la même année.

Au delà de l'indispensable "Les croix de bois", on pourra lire
"Le réveil des morts", de Roland Dorgelès.
Il y évoque le chemin des Dames :


«on se l’est disputé, on s’y est égorgé et le monde anxieux attendait de savoir si le petit sentier était enfin franchi. Ce n’était que cela, ce chemin légendaire : on le passe d'une enjambée... Si l’on y creusait, de la Malmaison à Craonne, une fosse commune, il la faudrait deux fois plus large pour contenir tous les morts qu'il a coûtés. Ils sont là, trois cents mille, Allemands et Français, leurs bataillons mêlés dans une suprême étreinte qu’on ne dénouera plus, trois cent mille sur qui des mamans s’étaient penchés quand ils étaient petits, trois cent mille dont de jeunes mains caressèrent le visage. Trois cent mille morts, cela fait combien de larmes ? »
1917 - Salvador Fuster


Je ne sais si tel ou tel de mes ancêtres était au "chemin des Dames".

Je sais juste que du côté paternel, en 1917 Salvador Fuster était sauvé.
Il échappait enfin à l'enfer.
Certes au prix d'une jambe.

Mais je me dis parfois, sans en être sûr, que ce prix lui a peut-être paru bien doux !?



1900 - René Branchu

Je sais aussi que, côté maternel, c'est René Branchu qui fut rappelé et fit toute la guerre.

Il y contracta la fièvre typhoïde mais n'en fut pas pour autant libéré avant la fin de la guerre, guerre dont il revint vivant mais les poumons en lambeaux.






Sur la fièvre typhoïde, ses ravages et sa perception dans les tranchées, c'est Maurice Genevoix qu'il faut lire. Et pas que pour la fièvre typhoïde, car "Ceux de 14" est un livre magistral.
Sur la fièvre cependant :

"Je me suis trompé : non que la pluie nous ait épargnés, mais nous sommes restés aux Éparges. On nous a dit pourquoi : les toubibs, à Belrupt, vaccinent le 3e bataillon contre la fièvre typhoïde. Dans deux jours, ce sera notre tour. Les hommes ne parlent que de cette perspective. Diable ! il paraît que ça rend très malade, ce vaccin anti... prononceront-ils jamais pareil mot ? ce vaccin antityphoïdique. Troubat, le rouquin, renverse sur sa poitrine la moitié d’un bidon d’eau pour montrer comment il procédera : « Dans mon gilet, je l’avale, leur choléra ! - Mais ça s’ boit pas ! proteste la Fouine. - Je m’en fous, je l’avale dans mon gilet. » Alors Durozier, une fois de plus, ricane et ronronne son mépris : « Tu l’entends, Du Chnock ? Il l’avale dans son gilet !... Attends pour voir, mon mignon... Quante t’auras leur seringue dans la chair... - Oh ! fait Troubat, impressionné. Leur seringue, sans blague... - Oui, leur seringue. I’s t’ l’enfoncent au milieu du dos ; i’s t’ jettent des saloperies dans l’ sang. Et tu enfles ; et tu t’engourdis ; et y a des bon’hommes qu’en clabotent. - Vingt dieux ! dit le rouquin. Mourir comme ça... - D’une façon, d’une autre... conclut Durozier. Puisqu’il faut toujours qu’on soye leur proie. »"


Allez, revenons au vin.
Revenons y tout d'abord en restant de 14 à 18 avec "les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier".
Louis Barthas fit toute la guerre de 14-18.
Toute la guerre.
Dans les tranchées.
Il n'y dépassa pas le grade de caporal (et encore fut-il cassé de ce grade), il n'y fit rien d’héroïque et ne fût donc ni cité ni décoré.
Il ne fit rien d’héroïque.
Il fit seulement toute la guerre.
Et il retranscrit sa guerre, cette guerre qui n'était pas que la sienne, dans ses carnets.
Il faut les lire, ces carnets de guerre du tonnelier de Peyriac-Minervois.

On n'y parle pas de Fonroque (1917) dans les carnets de Louis Barthas.
D'ailleurs va donc savoir s'ils avaient encore un tonnelier, à Fonroque, à cette date là ?
Cela, la cave de Pierre ne le dit pas.
Tout au plus sait on qu'ils avaient un bouchonnier pas trop déconnant : compte tenu de l'âge de ce vin, à mi épaule le niveau est tout à fait acceptable.
C'est devenu un bouchon d'archéologue, un bouchon à ôter avec des douceurs infinies.

Pour ce faire il n'est pas nécessaire d'être un Poilu, mais nous avons pourtant confié cette délicate mission de reconnaissance aux deux plus poilus de la soirée.



Imbibé jusqu'à la moelle le bouchon a donné un léger côté liégeux / champignoné au vin. Mais il reste du vin.
Un vin à bout de course, essoufflé, un fantôme de vin.
Mais du vin tout de même.
Tiens, plutôt que de m'essayer - en vain - à retranscrire des trucs qui ne sont pas du seul domaine du vin, de la dégustation et de la tentative d'objectivité, allez donc lire un dernier livre.
Une nouvelle en fait :
"Romanée-Conti 1935", de KAIKO Takeshi.

"C'est un vin à boire en dégustant l'Histoire.
- Mais il est mort.
- C'est un vin qui est au-delà de toute critique.
- Peut-être.
- On ne peut pas le critiquer.
- Quelqu'un a dit : une offrande faite au néant.
"
Lune depuis Beauséjour

vendredi 15 septembre 2017

Verticale du Château Pédesclaux - 5ème Cru Classé de Pauillac.




Je suis passé, et continue à passer, de nombreuses fois devant Pédesclaux. Le plus souvent je le fais avec un questionnement architectural qui n'a rien d'essentiel et peut se résumer à ceci :
"J'aime ou j'aime pas ?"
Ben je sais toujours pas, en fait.
Enfin, de loin je ne sais toujours pas.



Car de près le truc fonctionne bien, je trouve.



Et ce questionnement n'est pas qu'une question de rugby*.
Enfin si, un peu quand même. Franchement : les entrées en ruck de Lapeyre étaient pour le moins contestables ...



Nota : j'ai fait la photo ci dessus à Moga, à l'époque heureuse ou l'on pouvait encore aller voir un match à Bordeaux - enfin à Bègles - sans que çà coûte un bras, et qu'en sus un cerbère te fouille et t'interdise de rentrer avec un appareil photo.


Bref ce jour là il ne s'agissait pas de parler rugby, mais on aurait sans doute pu : Vincent Bache-Gabrielsen ressemble plus à un première ligne qu'à un danseur étoile.





C'est, en effet, Vincent Bache-Gabrielsen qui officiait.
Parapluie en main.

Un peu comme le jour de ce match UBB - Racing Métro dont la fin avait été "un peu" humide ...







Mais il ne s'agissait donc ni de rugby ni de goûts architecturaux.
Ceci dit, une fois entrés dans le chai, force est de constater que je n'ai plus de questionnements du type "damned : mais finalement, j'aime ou j'aime pas !?".
En effet, de l'intérieur, de toute évidence ça fonctionne.
Ça fonctionne à l’œil, ce qui est bien.
Visiblement c'est surtout conçu pour fonctionner d'un point de vue œnologique et qualitatif.
Ce qui est quand même vachement mieux (et de toute évidence pas incompatible).




Après un tour complet sans être lourdingue - il faut dire qu'il cause bien ce garçon là ! -  des installations récentes et modernes, vient le temps d'un passage dans les tréfonds du chai pour y croiser les vestiges du passé.
Y a pas mal de vieux machins qui sommeillent là !
Je parle des bouteilles.



Ce n'est qu'ensuite que nous entrons dans le vif du sujet.


Château Pédesclaux (2009)
55% Cabernet sauvignon - 5% Cabernet franc - 40% Merlot noir
Robe intense, encore jeune.
Nez ouvert, sur les fruits noirs. Petit côté boite à cigares. Boisé épicé agréablement fondu.
Attaque ronde, jolie matière aux tanins souples. Retour aromatique sur les fruits noirs et de légères notes épicée. Ample, milieu de bouche qui gagne en puissance. Agréable fraîcheur. Jolie finale sur les épices douces.
Joli vin, déjà aimable ... qui plait beaucoup à mon fils (et à moi aussi) mais qui ne fait pas tout à fait l'unanimité.
Pour ma part j'aime bien là, maintenant, et sans doute sur quelques années ... même si l'on est probablement en droit d'attendre un peu plus d'un Cru Classé, à Pauillac, en 2009. Disons que c'est un vin très honorable et prêt à boire.


Château Pédesclaux (2010)
55% Cs - 5% Cf - 40% Mn
Robe soutenue, aux reflets jeunes.
Nez de belle intensité, ouvert, frais, lui aussi encore jeune. Sur les fruits noirs, les notes florales (pivoine), avec un bel élevage.
Attaque ronde, belle amplitude en bouche, de la mâche. Très belle trame acide, sur des tanins présents et bien mûrs. Long, sur le fruit. Finale intéressante d'un point de vue structurel (beaux tanins tout au long de la bouche) et aromatique (fruité / épicé / vanillé).
Bel équilibre, belle matière mais un milieu de bouche qui manque peut-être un chouïa de profondeur.
Beau vin mais pas totalement harmonieux, le genre de truc que tu notes en dégustation quand t'as les crocs et que t'es un chieur mais qui passe totalement inaperçu à table.


Château Pédesclaux (2011)
65% Cs - 5% Cf - 30% MnRobe dense, très jeune.Nez de fruits noirs et rouges, mûrs. Violette et épices. Très beau.
Attaque ronde, puis beau volume sur tanins soyeux. Équilibre, harmonie qui ne sacrifient pas à la puissance, malgré un élevage encore sensible en finale (mais ça va se fondre), là ça commence à sérieusement causer pinard, la plaisanterie. Belle longueur.
Très belle quille qu'il faudra savoir attendre patiemment.



Château Pédesclaux (2012)
65% Cs - 5% Cf - 40% Mn
Robe (vraiment) très soutenue.
Nez expressif, qui poivronne (dans le genre poivron rouge grillé. Donc cool), sur une jolie partoche fruitée / florale.
Bouche puissante, concentrée, où le Cabernet s'exprime pleinement avec le poivron rouge grillé et de bons gros tanins ciselés.
Grosse matière pour une grosse quille encore trop jeune : s'achève sur une finale encore sévère.
Très recommandable, mais à attendre un paquet d'années pour en profiter pleinement.


Château Pédesclaux (2013)
53% Cs - 4% Cf - 43% Mn (ce qui fait 100 % ... pourtant il me semble qu'il y avait un rien de Petit verdot)
Robe profonde, teinte jeune.
Joli nez sur les fruits noirs / fruits rouges.
Attaque ronde et souple, matière aimable. Beaux tanins, pour un vin monté léger,
sans renier ses origines, et qui se boit bien.
Propre, net et frais c'est un joli vin d'attente. Pas ridicule dans le contexte du millésime.



Château Pédesclaux (2014)
53% Cs - 47% Mn
Robe très soutenue.
Beau nez sur la pivoine et les notes minérales (oui : finalement, moi aussi je me mets à la minéralité).
Grosse matière ! Concentration et puissance sont au rendez-vous. Dense, équilibré par une belle fraîcheur. Très beau grain de tanins. Longue finale sur les fruits noirs et les notes boisées épicées (élevage remarquablement bien géré et intégré).
Gros vin !!
Là, ça commence à vraiment causer !
(nota : y en a dans ma cave mais il faut que je retourne en chercher, y en a pas assez !).


Château Pédesclaux (2015)
52% Cs - 42% Mn - 6% Pv
Attaque ronde, sur la souplesse.
Jolie matière grâce aux tanins dont le grain, fin, est déjà enrobé.
Ça commence en souplesse puis il y a une montée en puissance qui mène jusqu'à la finale, sans faiblir. Aromatique de fleurs et de fruits. Élevage déjà bien intégré. Belle et longue finale. Puissance, équilibre, harmonie.
Une autre très belle quille.





Château Pédesclaux (2016)
48% Cs - 45% Mn - 4% Pv - 3% Cf
Robe très dense, sur les notes violacées.
Belle expression aromatique, sur le fruit.
Grosse matière. Fruits noirs, fruits mûrs, notes empyreumatiques, moka. En bouche la palette aromatique est diversifiée. Tanins serrés. Bouche ample, profonde. Maturité, mais avec une a
cidité ciselée qui tient jusqu'à la finale qu'elle prolonge sans un pet de sècheresse.
Très belle réussite.
Un vin à suivre ...



Au vu des assemblages et de leur évolution au fil du temps, on comprendra la tendance à Pédesclaux : diminuer la part du Merlot (descendue, en 6 ans, de 48 à 39%), monter le Cabernet sauvignon à 65 ou 70% et intégrer le Petit verdot à hauteur de 6 à 8%.

Ce jour là il y avait aussi Lilian Ladouys et Fleur de Pédesclaux (tous deux en 2016).

Deux vins qui tiennent bien la route (mais j'avoue une préférence marquée pour Fleur de Pédesclaux qui, à ce stade, me semble plus abouti).


Nous avons bien sûr parlé terroir, viticulture et autres choses de ce genre.
Vincent nous a même parlé de son entrée en biodynamie, et je n'ai presque rien dit.
Mais ce presque rien a suffi à me faire apprécier (à ma juste valeur ?) d'une journaliste alsacienne - y a un foyer, là haut ! - mais ça c'est calmé ensuite, en discutant autour du beau repas pris en commun à Lilian Ladouys.
Il faut dire que Vincent avait laissé trainer certains ouvrages techniques qui sont, me semble t il, les fondements de la biodynamie.

Bizarrement, pendant le repas on a picolé.
Pour changer.
Par exemple :


Le Cygne de Fonréaud (2013)
Un vin que, de toute évidence, je bois trop souvent trop jeune (et/ou trop froid) car ici je ne retrouve pas cet élevage appuyé qui, trop souvent donc, me gène.
Là non. C'est bien. Très bien même.
Devrais je apprendre à attendre ?


Le Retout blanc (2014)
Jusque là j'ignorais tout de ce vin.
On doit pouvoir considérer que vinifier - dans le Médoc - un assemblage de Sauvignon gris / Gros manseng / Savagnin relève du gag ou de la gageure
Peut-être.
En tous cas le truc fonctionne bien et il faut que je pense à en faire entrer en cave. Et pas que pour le gag. Surtout parce que ça se boit bien cette petite chose !



Forcément, après, les choses deviennent un peu floues et j'arrête de prendre des notes.
Même si j'essaie encore de prendre des photos.








Il fallait un coup de grâce.
On y a eu droit.










* ouais : Jacky Lorenzetti, propriétaire du Château Pédesclaux est aussi - entre autres choses - l'actionnaire de référence du Racing 92

dimanche 10 septembre 2017

Wine trip


Je suis passé à plusieurs reprises en Croatie.
Pour le boulot à chaque fois.

Là aussi, mais pas que.

Bien sur il y avait cette conférence à FestiWine Dubrovnik : microbio appliquée à la vinification du Sauvignon blanc. Mes copines les levures, ce qu'elles sont, font ou ne font pas ... et pourquoi elles le font ou pas, selon les conditions dans lesquelles le vinificateur les met.

La routine, en anglais. Sans doute awkward l'english (sans parler de l'accent), mais english tout de même.
Puis, bon, Oxford est assez loin de la Croatie ...

Mais il y avait aussi le gros avantage de causer à une manifestation du genre FestiWine Dubrovnik : c'est Festi et en plus il y a plein de producteurs qui font goûter leurs Wines.



En voici quelques uns :


Bratoṧ Vina
(Croatie)
Malvasija dubrovački (2016)
Agréable nez de fleurs blanches et fruits secs.
Attaque ronde, belle fraîcheur, beau fruité de bouche. Tension qui mène à une finale saline très plaisante.







Franica Sunj Pezo

(Croatie)
avec Radoslav, qui fait une production de l'ordre du confidentiel. Il s'agit de rouges ... ce sont donc deux des rares rouges que j'ai goûtés sur ces deux journées.
Plavac mali Sunj (2016)
Couleur soutenue.
Nez de fruits noirs et d'épices.
Attaque ronde, puis bouche fraîche. Retour aromatique sur les fruits noirs.
Fraîcheur finale qui prolonge le vin sans agressivité. Joli. Gagnera à être attendu.



Dingac Sunj (2015)
Couleur intense.
Notes de fruits cuits, sur mûrs. Chaleur.
Matière dense, tanins serrés, maturité sensible. Finale puissante.
C'est mûr, c'est chaud sans être brûlant et c'est joli, dans un style puissant.




Degrassi

(Croatie (Istrie))













Viognier Contarini
(2015)
Fleurs blanches, fruits secs (amande) au nez
Rond, gras, mais équilibré par une jolie vivacité. Amplitude. Joli vin.

Malvazija istarka Bomarchese (2015)
Nez ouvert, sur les fleurs blanches et les agrumes (citrus)
Bouche ronde, charmeuse, charnue. Feurs blanches. Bel équilibre

Chardonnay Ferne (2015)
Fruits jaunes, amande.
Belle trame acide qui sous tend le gras et la chair du vin. Bel équilibre.
Joliment fait

Malvazija istarka Bomarchese selekcija (2015)
Mon préféré de la série pour sa minéralité (pierre à fusil), et ses notes florales.
Très long, tension et charme. De la chair. Remarquable équilibre/ Très beau vin.


Kobal Wines
(Slovénie)
Sauvignon Kobal (2016)
Le Sauvignon de Bojan reste mon préféré dans sa gamme. Cette année une empreinte des thiols peut-être un peu plus marquée que pour le millésime précédent. Du gras, beau volume, acidité ciselée qui équilibre tout çà. Très belle bouteille.

Sipon (2016)
Nez fin, ouvert, plaisant sur les fleurs et fruits exo et à chair banche. Léger épicé.
Attaque ronde, belle sucrosité (mais sans sucre résiduel), bonne structure acide. Gras, long et fin. Belle réussite.
J'aime beaucoup le Sipon (autrement dit le Furmint)





Medugorje Carska Vina
(Bosnie Herzegovine)





Carska Zilavka (2015)
Nez fin sur les épices et les fleurs, herbes aromatiques aussi.
L'attaque est ronde, beau volume, belle matière. De la tension. Aromatique florale et épicée.
Belle quille.

Carska Blatina (2014)
Couleur de bonne intensité, encore jeune.
Cassis et fruits noirs au nez (20 % Cabernet sauvignon).
Bouche ronde, belle matière, retour sur les fruits noirs. Équilibre et harmonie. Belle densité.
Joli vin.

Domina Zilavka (2015)
Ça sent la garrigue, sur des notes boisées épicées / coco (type bois américain, ce qui n'est pas trop ma tasse de thé même si c'est pas vilain sur ce coup là).
C'est frais, tendu, et très plaisant en bouche.


Pas mal d'autres quilles encore, pas toujours réussies d'ailleurs.
Ma conférence et son after - bien sûr avec une dégustation - ont été l'occasion d'échanger agréablement (mais trop brièvement) avec Siniša Lasan. Nombreuses questions et remarques petinentes. Il faut dire que  Siniša Lasan est sommelier et a pour but de devenir le premier maître sommelier de Croatie ... d'où sa présence à ma conf (J'espère qu'il y aura trouvé ce qu'il espérait !?), il officie à Proto, restaurant de Dubrovnik.
Une table du genre hautement recommandable.
A Dubrovnik on peut aussi aller manger au 360. Remarquable table et belle carte des vins, mais des tarifs (justifiés !) du genre significatif.
J'y ai bu un superbe Posip (2014). Probablement ce que j'ai goûté de mieux en Croatie : c'est le Posip de "Mike" Grgich. A lui seul, ce vin pourrait justifier le déplacement. C'est dire.



A propos de déplacement dans des régions viticoles méconnues par chez nous vous vous offririez bien un bon gros wine trip " en mode découverte ?
Il y a une option clef en mains !
C'est Satori World Travel qui propose çà.
"Çà" ?

Un séjour en Moldavie, du 6 au 12 Octobre, à l'occasion du Festival du Vin de Chisinau.
Le (beau) programme, amplement pourvu de belles rencontres viniques et autres dégustations (mais pas que), est consultable en suivant ce lien.

Magnez vous : c'est bientôt !

samedi 26 août 2017

Le vin, la côte de boeuf, les vegan et les pissotières.




Rendons à Jules ce qui est à César : c'est Marion Bazireau (La Vigne) qui m' a mis le truc sous le nez, et c'était sur Twitter.

Oui : je suis sur Twitter. Parfois.
Spas mon truc, Twitter : ça me rappelle trop les graffitis de pissotières. Faut y faire court, clivant et prétendument drôle. J'ai du mal.
Mais j'y passe parfois. En faisant court. Comme les pissotières, je te dis !

Là j'y suis passé et je suis tombé sur ce truc.

Comme il fait trop chaud pour aller faire le tour du Lac des Dagueys, à la place je ponds un billet.

Marion relayait un billet de Vitisphère, billet que l'on pourra lire en suivant ce lien.

Je n'ai aucune attirance pour les tribunaux populaires, pas plus que pour les procureurs auto proclamés autant que partiels et partiaux.
Donc forcément, sur ce coup là, gros tropisme négatif (oui : puisqu'il s'agit de vegan, autant prendre des codes langagiers de l'ordre de la biologie végétale).

De quoi s'agit-il ici ?
En apparence de railler une contre étiquette qui suggère d'associer vin vegan et viande rouge (ainsi que fromage).
Or ni les viandes rouges ni le fromage ne sont vegan, ça n'échappera à personne.






Voilà : so what ?


J'étais récemment en Catalogne - alors que mon patronyme et mes ancêtres paternels sont valenciens - et j'y goûtais pas mal de vins, en particulier en Montsant et Priorat, dont un qui me plaisait bien (sans toutefois me convaincre totalement).
Un vin kasher.
Sans doute suis je passé à côté faute d'être catalan et d'avoir fait ma Bar Mitsvah !?

Car n'ayant ni les bons ancêtres, ni la bonne religion : étais-je à même de goûter et commenter ce vin ?
Il semblerait que non.

OK : je force le trait.
A peine, toutefois.
Pourquoi donc serait il antinomique (et/ou ridicule) d'élaborer un vin vegan (que les vegan pourront donc boire) et, dans le même temps, de faire remarquer qu'il s'accommodera bien d'une côte de bœuf (tant pis pour les vegan) ?
Que faudrait-il mettre sur la contre étiquette ?

"ce vin vegan se livrera au mieux avec du tofu bouilli" ?!
Tout comme le vin kasher devrait être réservé à la carpe farcie ?

A ce stade : note bien que je n'ai rien de vegan, même si - parfois - j'aime bien les conséquences du veganisme.
En revanche, je trouve les arguments foireux particulièrement casse couilles (y compris ceux des vegan, mais c'est une autre histoire).

Que disais je plus haut ?

"De quoi s'agit-il ici ?
En apparence de railler une contre étiquette qui suggère d'associer vin vegan et viande rouge (ainsi que fromage).
Or ni les viandes rouges ni le fromage ne sont vegan, çà n'échappera à personne."

Source : Imgrum.org  @sulpeb
En apparence.
En apparence seulement.
Car, au fond, ne s'agit il pas plutôt de faire du buzz à peu de frais et, au passage, d'alimenter en toute mauvaise foi et de façon parfaitement idiote, une petite vendetta qui cible le système coopératif viti-vinicole ?


Nota :
sur Facebook, Dany Rolland me fait à juste titre remarquer que tout a en fait commencé ... sur Facebook, par un message de Jean-Michel Deluc (le petit ballon) : voir photo ci contre.
J'ignorais ce point de départ, et fais donc cet ajout a posteriori.

lundi 21 août 2017

Le loup et la cigogne



"Les Loups mangent gloutonnement.
Un Loup donc étant de frairie,

Se pressa, dit-on, tellement

Qu'il en pensa perdre la vie.

Un os lui demeura bien avant au gosier.

De bonheur pour ce Loup, qui ne pouvait crier,

Près de là passe une Cigogne.

Il lui fait signe, elle accourt.

Voilà l'Opératrice aussitôt en besogne.

Elle retira l'os ; puis, pour un si bon tour,

Elle demanda son salaire.

Votre salaire? dit le Lloup,

Vous riez, ma bonne commère.

Quoi ! Ce n'est pas encor beaucoup

D'avoir de mon gosier retiré votre cou !

Allez, vous êtes une ingrate ;
Ne tombez jamais sous ma patte.
"


(Jean de La Fontaine - "Le loup et la cigogne")





La menace fantôme ...





Celler Cecilio
L'Udol (2016) - Priorat
Carignan blanc. Fermenté en cuve inox. Élevage court (8 mois).
Nez frais, expressif, élégant, sur les notes de fruits à pépins, d'exo et d'aromates.
Bouche ronde, de belle expression aromatique. Agréable fraîcheur qui équilibre le gras du vin. Léger amer final, bien dans le style, qui allonge la structure du vin. Beau retour aromatique.
(Nota : l'Udol est le cri du loup.)
V
in découvert et acheté en Mai 2017 à l'occasion d'une tournée vinique autant qu'espagnole (enfin ... catalane) que j'ai commencé à évoquer.
De l'ordre de 10 € au chai.



Château Beynat
Sauvignon by Beynat (2016) - Bordeaux blanc sec
Sauvignon blanc
.
Fermenté en cuve inox. Élevage court (5 mois).
Après quelques soucis techniques dus au tire bouchon mais ni au bouchon, ni au vin : nez frais et joliment expressif depuis l'exo (fruit de la passion) jusqu'aux agrumes (pomelo).
C'est moins pétard que les millésimes précédents, mais ce n'est pas moins plaisant.
Bouche ronde, avec un beau volume : de la sucrosité, mais sans sucre résiduel. Belle expression aromatique. Tension qui tient et équilibre le vin, avant de le prolonger (belle finale).
Les conditions du millésime (pas top pour le Sauvignon blanc !) ont de toute évidence nécessité une adaptation tant à la vigne qu'au chai et le style du vin s'en trouve légèrement modifié ... et c'est plutôt réussi puisque ce que l'on perd en intensité et en fraîcheur on le gagne en complexité et en volume, sans pour autant dénaturer ce beau Sauvignon.
De l'ordre de 7 € TTC au chai.


Vins bus (enfin ... re-bus !) le Dimanche 20 août avec David et Christelle qui avaient, comme il est d'usage avec eux, amené des bulles :


Royale Réserve Non Dosé - Philipponat
Un de mes Champagnes de chevet !
Là, à titre perso, je suis sur la version Millésime 2012, dégorgé en Juin 2016 ... alors qu'ils sont venus avec le Millésime 2011, dégorgé en Septembre 2015. Également 30% de vins de réserve élevés sous bois dans le "2011", contre 48% dans le suivant. Ce soir là, on y gagne de jolies notes de début d'évolution qui complexifient le vin (fruits secs, fruits à pépins, légère note épicée). Ça reste franc, droit, sec et sacrément bon !


7 Crus - Agrapart & Fils
Bulle fine et abondante.
Beaux arômes fruités (fruits à pépins, fruits à noyaux, agrumes, fruits secs). Bouche quasiment crémeuse. De la structure et de la fraîcheur. Belle longueur. 
Très belle quille.









Passons sur la plancha de poissons, les jolis légumes et le dessert jubilatoire pour ne retenir que les vins, et la soirée jubilatoire (et un peu arrosée).