mardi 30 septembre 2014

En vert, et contre tout.


Certains des billets de ce blog pourraient laisser croire que je ne suis qu'un sale type vendu au Grand Capital, absolument pas concerné par le bien de la planète, le bio et la nature.

Il n'en est rien !

J'ai eu une conscience politique, j'ai été concerné par l'environnement : un vert activiste. Limite khmer !
Je faisais même mon pain, c'est dire si j'aimais la Nature !
C'est juste que j'ai été victime des circonstances, et que la Nature ne m'a pas rendu tout cet amour.

J'étais en fac, de bio, forcément : à Lyon I, sur le campus de La Doua
Là, parmi les espaces laissés vides par les tréfonds des amphis il y avait des salles tristes, plus que vaguement grises et poussiéreuses et, somme toute, assez mystérieuses.
L'une d'entre elles était indiquée comme accueillant le "groupe éco de La Doua".
Je trouvais ça curieux, qu'un groupe économie officie dans un repaire où se portent les tue l'amour en cuir de yak, les vieux jeans, pulls col roulé informes et autres coiffures approximatives.
Curieux autant que courageux j'ai fini, un jour, par pousser la porte : l'éco valait non pas pour économie, mais bien pour écologie
Les choses étaient en place.

Il y avait deux ou trois têtes connues : l'un élevait des phasmes (çà pue terriblement, un élevage de phasmes), l'autre jouait aux échecs (mieux que moi, mais c'était pas dur) et le dernier venait aussi des îles (pas les mêmes que les miennes, mais des îles tout de même).
Alors je suis resté.
C'est ainsi que je suis devenu membre d'une société sinon secrète du moins quasi souterraine et qui œuvrait, dans l'ombre des passages sous amphis, au bien de l'humanité et à la transformation du système depuis l'intérieur.
On récupérait aussi les vieux papiers (sauf le papier glacé) pour les recycler.

Nous étions prêts pour le matin du Grand Soir : le ver(t) était dans le fruit. Ou, en tous cas, aspirait à y entrer.
Et le Grand Soir est venu : 1981 aidant je me suis retrouvé sur une liste électorale vert automne (vert automne ? Oui : il y avait plein de nuances car c'était un vrai patchwork en poil de chèvre angora, cette liste !).
J'y étais installé bien au fond, dans un quasi anonymat réconfortant : réconfortant car il s'agissait de rien moins que de monter à l'assaut de la Mairie de Villeurbanne et, donc, de Charles Hernu.
Autant dire que, même en étant en tête de liste, les chances (les risques !) d'accéder à ne serait ce que l'antichambre du pouvoir local donnaient une très bonne approximation (par le bas) de l'infiniment petit ...

Notre campagne fut irréprochable !

S'il dût bien y avoir quelques tracts sur papier recyclé je me souviens surtout de ces improbables réunions publiques au cours desquelles nos têtes de liste déroulaient leurs idées et projets, les yeux brillant de champs de panneaux solaires et de vélos en libre accès (j'aurais été moins con, je serais sorti en courant pour aller déposer le brevet du vélib !)
Je me souviens surtout de l'absence de budget pour des affiches (même en papier recyclé) et donc de bombages nocturnes. Le point d'orgue de ce qu'il faut bien nommer "notre campagne" fut sans doute la pose nocturne de ce slogan qui n'entra fort heureusement pas dans l'Histoire : "le nucléaire caca, le nucléaire pipi,le nucléaire cacapipitalisme"



Comme quoi faire de la politique, même au seul niveau local, demande a fédérer de nombreuses bonnes volontés pour mener à bien les projets les plus ambitieux (en particulier quand on n'a pas l'esprit de synthèse, que l'on revendique une vague culture cinématographique et surtout que l'on se met en tête d'associer tout çà dans un méga bombage nocturne, sur un mur de l'EDF).




Au retour il y eut aussi cette affiche de la mère Denis

"Vedette le savoir faire"
finement complété du judicieux
Pipi


Car tenter de sauver le vaste Monde n'empêche ni d'avoir l'humour douteux, ni de finir de vider sa bombe de peinture.





Ce n'est que quelques années plus tard que je me suis radicalisé en passant du vert au kaki.
C'était à l'occasion des quelques mois passés à Saint Cyr - Coëtquidan. C'est aussi là que j'ai compris qu'être un visionnaire n'allait pas sans quelques menus désagréments : dans le wagon me ramenant pour une permission à Lyon, trois de mes condisciples parlaient politique en comparant les avantages respectifs du manche de pioche et de la matraque télescopique (je n'invente - malheureusement - rien) quand l'un d'entre eux me tendit sournoisement une embuscade en me demandant où je militais, moi ?
Pas de bol : il était alors de notoriété publique que j'étais extrêmement efficace à 600 mètres avec un FR-F1 en mains, mais qu'en close combat j'étais une truffe. Or le fusil de tireur d'élite dans un compartiment de train c'est moyen, et répondre le GUD ou Ordre Nouveau n'était pas un choix envisageable (même pour éviter de me retrouver attaché sur la voie).
Il ne me restait donc plus qu'à tenter un repli stratégique et en bon ordre en indiquant que j'avais fait partie des quelques téméraires qui étaient montés au combat contre Hernu, alors Ministre de la Défense (nous avions rassemblé 2.35% des voix, ce qui semble indiquer que nos mères n'avaient pas été les seules à voter pour nous. D'autant que la mienne n'avait pas voté pour moi.).
Me draper de ce glorieux fait d'armes contre un ennemi commun me valut sans doute de pouvoir rester dans le wagon, mais au prix de quelques "tu es la honte de l'armée française" ou "tu es indigne d'être officier".
Je résume.


Sans doute est ce pour cela que, le moment du choix venu, je décidai de renoncer au vert comme au kaki en optant pour le bleu de la tenue chasseur (les 3 autres partirent dans les paras).



Au delà du fait que j'ai occupé sans faillir et bien au delà de mon mandat initial la fonction prestigieuse (et essentielle à la Défense Nationale) de popotier du Club des Lieutenants du 19ème Groupe de Chasseurs j'y fus aussi (accessoirement) chef de section.

Lors de la préparation de ma première manœuvre de nuit, je reçus instruction formelle de mon commandant de compagnie de ne pas faire creuser de trous individuels aux hommes de la section : il fallait absolument utiliser les trous déjà creusés. J'imagine que c'est le respect pointilleux de ces instructions délicates qui me valut, quelques mois plus tard, de recevoir la Médaille de la Défense Nationale ?
En tous cas cela démontre que Charles Hernu était soit mal renseigné, soit pas rancunier : puisque ma tentative d'opposition municipale ne m'empêcha pas de recevoir la décoration qu'il venait de créer.
Si les instructions étaient précises autant que pressantes, c'est que les écolos locaux étaient du genre vindicatif et déposaient protestation sur protestation dès que nous creusions un peu trop, abîmant au passage les racines de ces chers arbres !
C'est ce dogme de la préservation des racines au prix de mon sommeil et de mes côtes qui sonna le glas de mes convictions écologiques : ceux qui, comme moi, ont passé plusieurs nuits d'hiver couchés dans un trou creusé de longue date et soigneusement tassé par des successions de bidasses qui en ont assuré l'inconfort dur et froid me comprendront sûrement !

Quoiqu'il en soit ce fut mon initiation à la biodynamie (: pas de camping en jour racine) et, plus généralement, le cruel apprentissage de l'éternel combat entre l'intérêt individuel et le bien de la collectivité.

dimanche 28 septembre 2014

"Nous comprenons la Nature en lui résistant"

On l'aura compris, entre Bachelard ("Nous comprenons la Nature en lui résistant") et Rousseau ("Tout est bien sortant des mains de la nature"), tout d'abord ma raison, et sans doute un peu plus tard mon cœur, penchent plutôt vers Bachelard.


Alors pourquoi ce billet et, surtout, cette introduction ?
Oh, c'est juste qu'une fois encore je suis tombé sur tel ou tel panégyrique de la nature en général et des vins (dits) "nature" en particulier.

Il est vrai qu'il y a une tendance lourde à faire du
Rousseau de nos jours, y compris dans le Monde qui me concerne plus : le pinard.
Or j'ai un peu de mal à concevoir comment on peut revendiquer
la Nature alors que l'on est en plein dans une activité humaine qui, de surcroit, a un tel poids historique, culturel, religieux et donc de civilisation.
Le déclencheur, car il en faut bien un, est
ici.

 

Pourquoi celui ci et pas un autre ?
C'est qu'il y a peu je goûtais cette même
Cuvée Pervenche (Clos Puy Arnaud) et trouvais qu'il y avait bien là un fort beau vin de plaisir : un joli fruit tant au nez qu'en bouche, belle matière tout en rondeur, car on n'est pas sur le monstre bobybuildé mais bien dans le vin de plaisir.

Ca se boit bien dès aujourd'hui et doit même pouvoir attendre un peu.

What else
?
Par exemple que ça se boit d'autant mieux que le propriétaire, brièvement croisé, s'est avéré charmant (oui : je dois avouer avoir du mal à boire les vins - même bons - issus du travail de types bien plus imbuvables que leurs vins, alors forcément quand les deux font passer un bon moment ...).

Pourtant cette
Pervenche, toute porteuse de plaisir qu'elle soit, s'accompagne d'écrits qui me laissent au mieux perplexe :
La vigne est un être vivant qui doit respecté pour donner sa pleine mesure…
Bien entendu, il faut tout faire pour ramener le plus possible de vie dans les sols et utiliser toutes les possibilités de notre petit terroir pour introduire de la biodiversité partout ou cela est possible (préservation des bosquets et des bois, création de haies, plantation de plantes aromatiques, engrais vert un rang sur deux alternant plantes aératrices de sol et apportant de la matière organique et plantes mellifères apportant des niches aux insectes et aux oiseaux…
Nous essayons aussi de travailler à un niveau plus subtil grâce à la biodynamie, à la géobiologie et à la bioénergétique sur les équilibres Yin Yang de notre micro-environnement.

J'ai bien sur un peu de mal avec, entre autres choses, la revendication de la biodiversité quand elle se fonde avant tout sur la plantation de 5 à 10 000 pieds par hectare d'un seul et même cultivar dans un seul et même mode de conduite.

Mais chez le même "Clos Puy Arnaud" on trouve aussi ceci :

La conception actuelle de l’élite viticole tend vers une viticulture de haute précision à mon sens un peu trop esthétique et aussi trop soucieuse de son image. Il en découle un abus d’effeuillage, de rognages, de tonte de l’herbe, de vendanges en vert  etc….
A l’inverse une agriculture dite naturelle (à la mode elle aussi dans d’autres sphères) succombe peut être un peu trop à l’image d’Epinal (la nature s’occupe de tout  !) pour dédouaner le vigneron de ses efforts et de sa peine.

Alors j'avoue sans peine que ça me va plutôt bien, car ça me semble à peu près aussi équilibré que le vin qui m'a servi de point de départ.
On n'essaie pas, ici de nous survendre un ersatz de nature : la
Nature n'y est ni empaillée, ni mythifiée. Simplement on tend, autant que faire se peut, à s'en rapprocher ou du moins à se rapprocher de l'idée que l'on s'en fait (car honnêtement, après quelques millénaires d'activités humaines, c'est quoi la Nature : à part justement une image d'Epinal ?).


Mais il reste, bien sûr, à franchir l'écueil majeur de ce travail à un niveau plus subtil grâce à la biodynamie, à la géobiologie et à la bioénergétique sur les équilibres Yin Yang de notre micro-environnement. (ça me rappelle furieusement les théories scientifiques de Monsieur Spock).

La biodynamie ?
La biodynamie en agriculture résulte de conférences de Rudolf Steiner au tout début du XXème siècle.
Rudolf Steiner ?
Auteur et penseur prolifique dont on retiendra l'anthroposophie (Rudolf : tu sais ce qu'ils te disent, mon corps astral et mon corps éthérique ?) ... et la biodynamie.



Selon Rudolf :

L'idéal de l'agriculture biodynamique est l'organisme agricole avec la plus grande autonomie de production adaptée aux conditions locales et aux possibilités de travail locales.

On comprendra donc aisément qu'en monoculture viticole - même en y ajoutant 2 poules (dont une ne pond plus) - "la plus grande autonomie de production" c'est pas gagné d'avance ...

Ca pose un peu problème, non, quand l'un des principes de base posés dans le texte fondateur n'est pas le moins du monde pris en compte !?
On s'éloigne un peu de l'idéal, me semble-t'il ...
Mais l'écueil majeur ne me semble pas résider dans cette liberté prise par les biodynamistes avec les idées de leur père fondateur.

Ensuite je sors mon joker et n'en dis guère plus à propos de la géobiologie, de la bioénergétique, des équilibres Ying Yang et autres joyeusetés mises en sauce à grand renfort de forces cosmiques, de dynamisation, de position (géocentrée) des constellations et, last not least, de jour sidéral feuille / fleur / fruit / racine.


Juste que tout cela - il n'y manque que la physique quantique - me laisse quelque peu perplexe, quand ce n'est pas hilare.

D'autant plus perplexe que d'une part il semble y avoir autant de biodynamies qu'il y a de biodynamistes : il suffit pour s'en convaincre de discuter avec tel ou tel, ou juste de lire sa version de son travail en biodynamie (contre étiquettes et sites internet sont des sources quasi inépuisables), et que d'autres part tout cela manque cruellement de preuves scientifiques.

On m'a déjà rétorqué que la science c'est mal et qu'en plus c'est pas le bon modèle.
Ouais m'enfin : ce dont on dit que ça marche dans un modèle qui doit être pris dans sa globalité et surtout pas point par point, et que l'on se doit donc de l'accepter tel quel sans que ni la globalité ni les fondements ne soient prouvés par des méthodes qui ont fait leur preuve, franchement ...



Pas la peine d'en faire des tonnes : on l'aura compris je suis quelque peu sceptique. Et c'est un doux euphémisme.

Ce scepticisme sur le fond s'est renforcé sur la forme au cours du temps et des fâcheuses rencontres (mais il y en eut heureusement de fort belles : cette Pervenche, les vins de Ledogar, et bien d'autres encore !).

Côté fâcheux tant dans le vin que dans le discours, je pense par exemple à ceci, à cela, ou plus simplement aux tristes vins sur oxydés (et sur facturés) découverts régulièrement depuis plus de 15 ans à l'ouverture de tel ou tel millésime de la Coulée de Serrant.

Ca a pourtant été très beau, la Coulée de Serrant.
Je me souviens encore, en particulier, de cette bouteille ouverte il y a presque 20 ans un après midi pour le soir et qui s'est avérée fermée à double tour. Grosse déception. Le lendemain au petit déjeuner (oui, au petit déj, je sais ...) elle était splendide. Vraiment. Mais depuis, c'est régulièrement moche et le discours tant technique que commercial suite à ma remarque de vins morts et de bouchons indignes (et inversement) a été stupéfiant.



Passons pour mieux revenir sinon à la Nature du moins aux vins (dits) Nature.
Je l'ai déjà dit maintes fois alors une fois de plus ne fera pas grande différence : le vin n'est pas naturel, il est culturel (et cette tentative de confiscation de la Nature est un rien casse couilles). Les débats (si tant est que l'on puisse encore parler de débat) à propos de ces vins "Nature" en témoignent régulièrement.


Pour autant les vins "nature" - du moins ceux qui en parlent - peuvent être une inépuisable source de joies. Je pense en particulier à l'inénarrable jean-Charles Botte qui, entre autres joyeusetés, assène tranquillement ce genre de chose :

Depuis quelques années, les vins naturels sont présents et c’est une réalité. Deux grands styles de vins dans le monde sont présents :
- Style buccale : pas de rétro-olfaction dans les vins (la cause aux levures exogènes)
- style spirituel : grande rétro-olfaction grâce à la symbiose d’une agriculture bio et d’une vinification en levures indigènes



Le style buccal, le style spirituel et la rétro olfaction grâce ou à cause des levures, ç'aurait été dommage de rater çà ... ou pas.



Bon, n'ayant que peu de points communs avec Sainte Rita, je me détourne des causes perdues, au moins de celle ci.

Simplement, les soirs de grande détresse morale, un petit coup de JC Botte ça fait un bien fou.

En tous cas bien plus de bien que ces tristes vins devenus des terrains de jeux pour tel ou tel microorganisme bien vivant qui se délecte à démonter pièce par pièce la construction de vins qui bien souvent le revendiquent haut et fort, le vivant.

Je pense par exemple à ce vigneron fort influent et honorablement connu à qui j'achetai de beaux vins de garde qui, après un an en cave, se sont transformés en bouillons de culture gazeux et malodorants. En un mot : nazes.
Il me répondit d'abord que je n'y connaissais rien, ensuite que je ne savais pas les servir car après deux ou trois jours d'ouverture ils étaient magnifiques (et là on voit la marmotte arriver en courant avec ses petites mains agiles pleines de feuille de papier aluminium).
A l'époque j'essayais d'en vendre, du vin ... surtout le sien, que je proposais tantôt avec du
saucisson de sanglier (argumentant sur la similarité des gouts et des odeurs), tantôt en disant "
j'aime pas, mais vous avez le droit d'aimer. Si ça vous plait je vous le facture, si ça vous plait pas on le met à l'évier et on n'en parle plus".
Y a des masochistes honnêtes : parfois j'en ai facturé.

Et je continue à attendre le sommelier qui un jour osera me dire les yeux dans les yeux : "oui, là le vin il est pas bon mais si je laisse la bouteille en vidange et que vous revenez la finir dans 3 jours ce sera merveilleux" ...

 


Je pense aussi à cette pauvre chose oxydée et complètement vitrifiée accompagnée d'une étiquette so cute et d'un discours so consternant.



Mon Dieu (Dionysos) que c'est pénible ces étiquettes et ces noms tellement drôles qui semblent  vouloir compenser l'indigence du contenu et qui, bien sûr, n'y arrivent pas.
Même accompagnées d'une contre étiquette au discours directement branché sur une constellation lointaine. Saleté de mode.


Ou bien encore cette récente dégustation au cours de laquelle un participant nous propose un vin en annonçant avec la componction d'un prélat te présentant une ostie : "c'est en biodynamie, tout nature". Le vin était au demeurant plutôt correct, encore que manquant un chouïa d'élégance.

Bien souvent on me rétorquera, de préférence d'un ton condescendant, que ces vins sont vivants et qu'en conséquence quelques bouteilles plus faibles (comprendre consternantes) valent bien les découvertes réjouissantes qui ont parfois lieu.
Quand je vais chez mon boucher chercher des côtes de bœuf, si j'en reçois ne serait ce qu'une immangeable car verte, je la lui fous sur la gueule et je le range illico dans la catégorie des malfaisants !
Pourquoi en irait il autrement pour le vin ? pour la Nature, ou pour la culture ? pour ce qu'est le vin ou pour ce qu'il est de bon ton d'en dire et penser ?

Car au nom de quoi un vin indigne, conséquence des choix techniques et surtout philosophiques (commerciaux ?) de son géniteur, devrait il être défendu, justifié, approuvé pour la raison surréaliste que toutes les bouteilles ne sont pas forcément toujours indignes, et que cette indignité est la conséquence obligée de leur naturalité et leur état de vie réelle ou supposée ?
Que vu qu'ils sont immuablement accompagnés du discours qui va bien, on peut et doit comprendre ces incidents de parcours. Voire même les encourager en continuant d'acheter et vanter les vins de ce vigneron rebelle si sympathique et aux étiquettes tellement tendance ?



Il disait quoi déjà le petit père Ch'eng Hao ?

"Si quelque chose est dit sur la nature, alors ce n'est déjà plus la nature"

J'aurais dû commencer par là.
En même temps ç'aurait été fini dès l'entame ...













samedi 20 septembre 2014

Le cochon avec des dents


 




C'est la lecture de "La Baie" (de Katherine Mansfield) qui a tout déclenché, tout fait resurgir.
Et encore un seul mot y a-t'il suffi : maua.

Maua
, ce coquillage que je croisais à chaque détour du lagon.

Maua ..
.
Peu avant cette résurgence du maua, il y a - bien sur - aussi eu Sarah avec son :
"je suis la seule de la famille a pas avoir fait un truc fou, alors je pars deux ans à Tahiti".

Maua ...
Et d'autres mots qui surgissent, d'autres animaux, ce qu'il reste de mon vocabulaire :

Pua'ahorofenua. Maupiti. 1979.

pua'a, le cochon.

Puis ses variantes qui s'enchaînent :

pua'ahorofenua, le cochon qui court sur la terre : le cheval.

pua'aniho, le cochon avec des dents : la chèvre.

pua'atoro, le cochon avec des cornes : le taureau.

Donc obligatoirement : punu pua'atoro, le cochon avec des cornes dans une boite (punu).
Le corned beef ...





Mais pour moi les "vrais" animaux sont alors les poissons ... 

Globicéphales. Au large de Tahiti. 1978

Poissons qui parfois n'en sont pas, à l'instar de ces globicéphales souvent croisés lors d'infructueuses parties de pêche à la bonite, entre Tahiti et Mooréa.

Je ne me souviens plus du nom tahitien de ces globicéphales : il est vrai qu'à l'époque je me destinais à la biologie marine et leur donnais donc, ainsi qu'à bien d'autres bestioles aquatiques (coquillages et crustacés, essentiellement), leur "vrai" nom : le scientifique, i
déalement en latin.


Opunohu. EPHE - Museum d'Histoire Naturelle. 1983


Aussi bien sûr quelques oiseaux notables ... mais tant à Mooréa qu'à Tahiti on ne les voyait déjà plus qu'exceptionnellement, si tant est qu'on ait encore pu les y voir.
Un Monde qui,
déjà, disparaissait.
Fou à ventre blanc. Tetiaroa. 1979




Grande Frégate. Tetiaroa. 1979













Lycée Paul Gauguin. T4D. 1979
J'étais alors inscrit au Lycée Paul Gauguin, ce qui me permet aujourd'hui d'être l'heureux détenteur d'un baccalauréat délivré par l'Académie de Besançon, bien qu'obtenu dans son centre d'examen de Tahiti.
Les joies des méandres administratifs ...



Membre assidu du labo photo du dit Lycée, depuis l'AE1 (puis AE1 program) de l'époque (malgré son compère, mon vieux Nikonos, avec lequel il était possible d'enfoncer un clou) je suis depuis resté fidèle à Canon, passant aujourd'hui au 7D .

Mes photos actuelles n'en sont pas significativement meilleures pour autant ...






Mooréa. 1983 : "Le Bounty"
Tahiti, c'était bien sûr le tournage de "Gauguin le sauvage" (avec David Carradine dans le rôle de Gauguin ...) en 1979, puis celui de "Le Bounty" en 1983.


Tahiti. 1979 : "Gauguin le sauvage"



Enfin ce fut, une fois le bac obtenu, l'occasion de lentement boucler ce tour du Monde qui, aujourd'hui, semble questionner Sarah.
J'avais, il est vrai, 17 ans et un soupçon d'esprit aventureux.

Rajasthan. Amber Palace. 1979


Bali. "Women at work". 1979



Tavi, devant chez Moustou
Mais non, en fait Tahiti ce n'était rien de tout çà, car mon Tahiti, c'était avant tout, et tout à la fois :
- Tavi chantant lors des interminables Tamaraa chez Moustouri (Tamaterai vahine)
- descendre chez Aré chercher un morceau de viande arrivé de Nouvelle Zélande et le dégager au piolet du congélateur qui ne marchait que la nuit (et peut-être pas toutes les nuits !?),
- voir l'autre épicier chinois vérifier le décompte de sa caisse automatique avec un boulier,
- dormir dans le faré du jardin, entouré de bougainvillées et de margouillats avec au réveil l'immuable baie d'Opunohu,

- le matin prendre le truck pour aller au Lycée au son de John Gabilou chantant "la vahiné elle est jolie, jolie madame, la vahiné a besoin d'une caresse" et voir le proviseur sortir en pyjama acheter sa baguette de pain,
Baie d'Opunohu. 1979
- ma première (et ma seule) expédition scientifique pour aller dresser le premier inventaire malacologique de Mehetia,
- "réviser" le bac sur la plage, avec Baloo le chien expansif, avant d'aller faire du ski nautique,
- l'attente de la voix qui traverse l'océan et ce décalage quand nous téléphonions à ma grand-mère, à Carcassonne,
- le Tamarii Mooréa et ses couleurs vives,
- l'appréhension de ces saloperies de murènes planquées dans leur trou,
- ma mère, par exemple, quand elle se fait bouffer une palme par un requin en montant sur le récif barrière et me crie d'arrêter de faire le con,
- le mérou grillé le matin au petit déjeuner,
- tant d'autres choses encore, relevant souvent de l'insignifiant !


Rien de tout cela n'existe plus, Sarah.
Je le crains.
Et sans doute est ce principalement pour cette raison que je n'y suis plus retourné ?




Tout çà n'existe plus et c'est peut-être aussi bien : car ton Tahiti t'attend ....

vendredi 19 septembre 2014

Le café du port (Bordeaux)



Le café du port ?
Ma première visite commence à dater !
Pendant quelques années elle s'est faite au rythme d'un ou deux repas par an : nous venions a deux - le chef de marché et ma pomme (pour le service technique) - voir notre plus gros client et néanmoins concurrent.
Amis schizophrènes : bienvenue parmi nous.

Le café du port était alors la cantine de midi, le lieu où se réglait la couleur des timbres postes abordée le matin, bien sur avant de passer aux choses sérieuses l'après midi.

J'en garde un fort bon souvenir : la table était bonne, et n'étant pas directement implique par ces questions de marques et marges (ben oui : j'étais le technicien !) j'observais avec intérêt et sans (trop de) pression.



Pour être honnête il faut aussi dire qu'après quelques 6 ans passés a venir prendre des un ou deux repas de midi annuels au Café du port, j'étais débauché par le dit client.
Donc forcément mon "analyse" est sans doute un peu biaisée.

Après j'ai moins souvent mange au café du port.
Là, dernièrement, c'est seulement deux fois sur les deux dernières années.

Été comme hiver, ou que l'on regarde la vue est toujours aussi belle (et les photos prises avec mon iphone toujours aussi foireuses).


Hiver au calme dans la vaste et belle salle (presque) dans son jus, ou été au voisinage immédiat de l'eau (avec vue sur la police fluviale qui, ce soir là, alla chercher une barque qui dérivait ; oui, grosse ambiance !) ? 
Les deux ont, de toute évidence, leur charme indéniable !

Quoique j'ai pu en lire par ailleurs (où l'on ne dit pas toujours que du bien) : le service est présent sans  excès, disponible,  agréable et efficace.

La carte est bien construite, et attirante, et les assiettes tant bien composées que raisonnablement garnies.
Mon poisson était parfaitement cuit avec toutefois une sauce qui aurait dans doute gagné a être juste un peu moins aqueuse. Mais je dis çà seulement pour ne perdre la main en ne faisant pas de remarque.



Pour finir : un bel et bon mariage de la fraise et la rhubarbe pour un dessert qui aurait toutefois gagné a être servi plus vite ou plus frais : le sorbet (au demeurant savoureux) commençait a se répandre.



Carte des vins qui, en revanche, ne justifie pas le détour : on y trouve les habituelles références (bien faites et sans risque) de ce genre d'établissement.
On ne fera pas donc de découverte oenophile (on ne vient sans doute pas pour ça !) mais on y boira raisonnablement bon, pour un budget pouvant toutefois être significatif.

Plat + dessert + le minimum syndical en matière de vin : compter 55€ a 60€ par personne.  Sans doute y a t il une poignée d'euros en trop !?

Pour autant l'emplacement est unique (ou presque), et la soirée y est très agréable (malgré cette légère toux devant l'addition finale).


jeudi 18 septembre 2014

Vino Allégresse

 
Quand je bois un vin, je ne peux m'empêcher de l'associer à celui ou ceux qui se cachent derrière, plus ou moins visiblement. Ainsi je trouve régulièrement des mérites à des quilles certes perfectibles mais issues du travail et de la passion de gens charmants et/ou intéressants, alors que je recule devant l'obstacle de vinificateurs psychopathes et/ou prise de chou.
Je revendique la subjectivité ... qui me surprend toujours lorsque, dans un soudain accès d'honnêteté intellectuelle, je goûte à l'aveugle plus découvre ensuite l'identité des bouteilles et c'est parfois contrariant ...

 
Aujourd'hui, j'abandonne mes bottes Aigle (r) d'ex œnologue conseil pour chausser mes chaussures coq sportif de blogger spécialisé dans la picole et prêt à enquêter jusqu'au fond des bouteilles (surtout celles qui me plaisent)

Bref ... toute ressemblance entre cette entrée en matière ronflante et le début d'un "documentaire" qui vient de faire le buzz ne serait pas complètement fortuite.

Tout ça pour dire que ça y est : hop, pendant que le dit docu passe sur FR3 et que les avis s'opposent, moi j'organise (et surtout participe à) une verticale de Reignac dont l'idée est apparue suite à mes retrouvailles avec Nicolas Lesaint.



C'était le bon choix je crois cette dégustation ...
Le chat aussi était bien choisi. C'est vachement mieux que 2 poules, 1 chat ! (bon, allez, c'est promis : j'arrête avec les références plus ou moins fines - plutôt moins - à Vino Business : ça commence à bien faire)
A propos de "bon choix" : les fromages aussi ont été bien choisis. Peut être parce qu'il n'y avait pas de mimolette ?



Les vins ...
2004
Robe rubis de belle intensité, notes tuilées.
Le nez est expressif, compoté, plutôt riche.
La bouche est ronde, bonne structure, on est surtout typé griotte et pruneau, avec une finale sur les épices douces. Petit côté alcooleux en milieu de bouche et en finale.
Faut pas la rater cette quille là : à l'ouverture il était un peu décevant, 1 heure après il a fait un carton ! mais en fin de soirée la bouteille en vidange et bien tapée, la chaleur en plus : il commençait à partir vers le vernis.
Clairement pas la bouteille à carafer, mais une oxygénation modérée lui a fait le plus grand bien.
Bien aujourd'hui (même si je préfère mes vins un chouia plus jeunes) et sur plusieurs années encore, pour qui aime les vins à maturité.
C'est le vin n° 1 pour 3 des 8 dégustateurs (la 9ème est enceinte et les femmes enceintes c'est un peu comme les viticulteurs et les pesticides quand il pleut : elles ont une excuse toute trouvée pour pas faire comme tout le monde)
Epuisé au Château

2007
Belle couleur rubis intense.
Au premier abord le nez est réduit puis avec l'aération vient le boisé (joli) puis les fruits noirs et la réglisse. C'est pas bouleversant mais ça fonctionne bien.
En bouche j'aime beaucoup en revanche : ample, rond, joli fruit, tanins fondu, finale douce malgré une trame acidulée.
A boire là maintenant tout de suite c'est remarquable, comme beaucoup des 2007 que j'ouvre depuis presqu'un an. Ca peut attendre, bien sûr, mais c'est pile poil comme çà que je les aime.
C'est le n°1 pour 2 des 8 participants.
Disponible au Château (19 €)

2008
Très concentré et d'une belle jeunesse il est carrément verrouillé.
La matière est belle, tout comme la structure. Joli fruité en bouche. Finale un peu sèche du fait de la trame acidulée et des tanins qui dépassent un peu.
Va falloir l'attendre celui là. Du coup personne ne le met en N°1.
A revoir ...
Disponible au Château (19 €)

2009
Noir, mur, concentré et de très bel équilibre. Belle expression du Merlot. Encore un peu ferme en fin de bouche.
Un très beau vin à attendre sagement et patiemment.
2 sur 8 le mettent en N°1
Disponible au Château (22 €)

2010
A l’œil ça annonce la couleur (facile, je sais, mais je ne recule pas devant la facilité)
Au premier abord le nez est cadenassé. Ensuite viendront fruits noirs, et un chouïa de réglisse (en clair est sans décodeur : le boisé est d'ores et déjà bien intégré, contrairement à ce que j'ai pu lire de ci de là)
Très concentré, dense, mais déjà rond et gourmand. Encore austère ce n'en est pas moins équilibré, malgré la puissance. Puissance car il y a visiblement (ou alors je suis une truffe, ce qui est une hypothèse plausible) une recherche de maturité et de puissance. Elles y sont, avec ce qu'il faut d'équilibre, même si on n'a pas la fraîcheur observée sur les millésimes antérieurs.
A attendre, forcément !
1 sur 8 le met en n°1 (j'ai respecté ma propre consigne en mettant le 07 en 1 ... pour autant il est clair que sur le potentiel plaisir je mets le 2010 en 1 mais, au jour de la dégustation c'est le 07 qui me convenait le mieux).
Disponible au Château (21 €)


2011
Noir à l’œil, (fruits) noir au nez (depuis la cerise jusqu'au cassis, on passe la série en revue avec toujours cette pointe de réglisse, et les notes épicées). Toutefois, le bois est encore présent : il faudra attendre qu'il se fonde plus et mieux.
Belle et longue finale avec, cependant, cette fraîcheur plutôt plaisante même si elle rend la finale encore un peu sèche. A attendre.
Disponible au Château (20 €)


(pour mémoire, le 2012 est actuellement - pendant les foires au vin - à 15.99 au Château (c'est bien) ou chez Leclerc (c'est moins bien))

Sinon pour le moment je n'ai qu'un retour des autres participants. Gageons que ça fera bouger le reste de la troupe (ou pas) :



Sinon, il faut aussi s'intéresser à la vision d'Eric Bernardin